Du 16 au 22 octobre, c’est la Semaine Bleue. A l’origine, c’était la journée des vieillards, mais c’était en 1951.
Du coup, je suis allée faire un reportage sur une soirée spéciale vieux, organisée au bled.

les vieux

Paroles de vieux

On ne cesse pas de rire quand on devient vieux, on devient vieux quand on cesse de rire

Il s’agit là de l’un des textes préparés par les pensionnaires des maisons de retraite qui ont participé à l’élaboration de la soirée « semaine bleue » qui a eu lieu le mardi 10 octobre à la salle d’animation du bled. Épaulés par la bienveillance des animateurs, les résidents du bled et de pas mal d’autres bleds alentour ont conçu et présenté un ensemble de scénettes, chansons et danses sur le thème de la vieillesse.
Ensuite, ils ont laissé la place au docteur May Antoun, médecin gériatre au centre « Les Arbousiers » à la Teste, près d’Arcachon.

Cette femme dynamique est une militante assumée du mot vieux, lequel devrait toujours s’entendre dans le sens de la bonification, comme pour un bon vin. Elle a donc fortement insisté sur le fait que la vieillesse n’est ni une tare, ni une maladie, ni un handicap et qu’avec un minimum de bon sens et d’hygiène de vie, la vieillesse devient un moment privilégié de la vie, où l’on peut enfin vivre pour soi.

Bien vieillir, même au-delà de 100 ans, c’est garder son autonomie et avoir toute sa tête. Ces objectifs sont facilement atteignables avec un peu d’effort et l’aide de l’entourage.

Devenir un bon vieux en trois leçons, par le docteur Antoun

1. Conserver sa tête. Cela s’obtient grâce à quelques exercices réguliers et la stimulation de l’entourage : s’intéresser à la vie sociale, rester actif, participer à des activités collectives, échanger, parler des choses pour les fixer, partager avec les autres ses lectures, les émissions favorites, prendre du plaisir à sa socialisation quotidienne, ne pas s’enfermer, ne pas s’isoler.
La sénilité n’existe pas, il faut juste continuer à s’intéresser à la vie, aux autres, à ce qui nous entoure.
2. Conserver ses jambes. Il faut bouger : moins on fait, moins on fera! Mais il faut tenir compte de l’usure de la machine. Il est clair qu’il n’est pas question d’avoir les performances de ses 20 ans, mais toutes les activités physiques restent possibles jusqu’au bout à condition de respecter deux conditions :

  • L’effort progressif : il convient de faire les choses à son rythme, selon sa force, sans à-coup, il n’est pas question de compétition, chacun doit trouver sa manière de faire.
  • Les efforts physiques réguliers, avec des sports doux et respectueux du corps, comme le vélo ou la marche. Le piétinement du ménage ou du jardinage n’est pas du tout satisfaisant. La douleur peut être présente, comme celle de l’arthrose, qui est l’usure corporelle héritée des mauvaises postures et activités physiques de la jeunesse (une bonne vieillesse se prépare tôt!), elle peut être soignée, ne serait-ce, justement, que par une activité douce et régulière. Moins je marche, plus je souffre!

3. Bien se nourrir. Une bonne santé passe par une bonne nutrition, laquelle n’a rien à voir avec les régimes restrictifs. Bien manger, c’est prendre du plaisir à manger, c’est aussi et surtout, partager son repas. Inutile de se jeter sur les produits allégés, qui n’allègent que les poches, le régime gersois est l’un des meilleurs au monde : moins de sucreries, plus de sucres lents, comme les pâtes, les pommes de terre, les haricots secs, moins de gras et plus de protéines maigres pour nourrir les muscles, comme le poisson et les viandes blanches. Des fruits et légumes variés. Et surtout, bien boire, sans attendre d’avoir soif et sans avoir peur de l’incontinence. Le docteur Antoun explique fort bien que l’incontinence n’est pas une fatalité, mais juste un comportement à avoir : aller aux toilettes régulièrement, avant même d’en avoir envie, car avec l’âge, l’envie arrive trop tard.
Il faut penser aux révisions régulières de la vue, de l’audition et de la dentition : ces trois organes sont importants pour conserver intact le plaisir de manger et de partager avec les autres.

Enfin, il ne faut pas oublier l’essentiel dans tout cela, ce qui fait qu’on a toujours envie de voir ce que nous réserve le jour d’après : l’amour. La capacité à aimer reste intacte et le besoin d’être aimé est plus important que jamais. La sexualité des personnes âgées reste étrangement tabou dans notre société, alors qu’elle reste possible et même recommandée jusqu’à la toute fin de vie. Il s’agit alors d’une sexualité plus complexe, plus tendre, qui fait la part belle aux sentiments.

Une bonne vie de vieux passe aussi par une nécessaire adaptation du reste de la société pour prendre en compte l’ensemble des besoins des vieux, comme des toilettes publiques accessibles en plus grand nombre, une meilleure insertion dans la vie sociale, dans le partage et l’échange inter-générationnel. Car il ne faut jamais oublier qu’un vieux reste une personne à part entière, un membre de notre société humaine, au même titre que toutes les autres personnes.