La guerre blanche

Branle-bas de combat au Ministère de la Santé! Les petits soldats en blanc sont sur le pont. Les épidémies de l’hiver n’ont qu’à bien se tenir!

Cela fait plusieurs jours, voire plusieurs semaines que les dépêches d’informations spécialisées dans la santé ressemblent à s’y méprendre à de la communication de guerre

Plan blanc, mobilisation générale, vigilance… mais quel est donc cet ennemi sournois qui nous attaque sur notre territoire et met en péril la nation? Philippe Douste-Blazy est monté en première ligne : courage, citoyen, nous luttons contre les fléaux qui nous assaillent!

En fait de menace nationale, ce qui focalise toute cette attention ce qui alimente ce déploiement de dépêches, ce sont les traditionnelles épidémies de saison : la grippe et la gastro!

Suis-je donc si vieille? Je ne me souviens pas avoir passé un seul hiver dans mon existence sans qu’il n’y ait eu de la toux et de la chiasse dans ce pays. C’est un peu comme les impôts ou la rentrée des classes, cela revient tous les ans, inévitablement. C’est donc un événement des plus prévisibles, des plus planifiables qu’il soit. Et pourtant, à lire les dépêches, j’ai l’impression que nous sommes au bord du gouffre, sur la corde raide. Les hôpitaux sont à la limite de l’engorgement : il va falloir appeler l’armée bientôt pour canaliser les miasmes qui prennent la nation en otage!

Alors pourquoi cette inflation de communication?

  • Pour nous laisser penser que le gouvernement se préoccupe de notre santé? Il fallait peut-être alors réfléchir un peu avant d’instaurer la médecine à deux vitesses grâce à la réforme de la Sécu dont personne ne veut.
  • Pour nous faire oublier progressivement l’épouvantable cacophonie de la canicule de l’été 2003? Le message subliminal serait alors : "Regardez comme on s’occupe bien de vous, été comme hiver"! Au mieux, c’est inefficace, au pire contre-productif en ce que cela focalise l’attention sur le dénuement de plus en plus visible de la santé publique française.

Et oui, en des temps plus reculés, nous faisions courageusement face aux grandes épidémies de l’hiver sans se retrouver en situation de crise aiguë. Nul besoin de rappeler les personnels soignants en vacances, de rouvrir des lits et des services en catastrophe. Parce qu’en des temps reculés, nous avions une gestion du système de santé basée sur les besoins, généralement prévisibles et quantifiables. Parce qu’en des temps reculés, il y avait un maillage sanitaire du territoire satisfaisant en médecins généralistes et spécialistes : personne n’allait aux urgences pour une gastro ou une grippe, sauf les personnes très fragilisées.
Ce que ce déploiement de dépêches et d’annonces me dit, c’est un appauvrissement chronique et organisé de nos structures de santé, c’est une gestion à court terme et inconséquente de nos moyens en personnel qualifié et en matériel de santé, c’est un grand recul sur le front de la santé publique dans un pays qui n’a pourtant jamais été aussi riche.

C’est un peu comme si un grand restaurant appelait en catastrophe une boîte d’interim parce qu’il est midi, que les clients arrivent et qu’il n’arrive pas à faire face!
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