Pas de problème, La Poste est là

Parfois, j’ai du mal à vraiment comprendre la novlangue. Déjà, parce que je ne sais pas toujours que c’est de la novlangue, et ensuite, même quand j’arrive à le percevoir, je rate quand même ce qui se cache derrière.

« On a tous à y gagner »

Quand on est au cul des vaches, en zone de grande relégation de la modernité triomphante, quand il faut sortir la voiture pour à peu près tous les actes de la vie quotidienne en dehors d’aller pisser, la dématérialisation des démarches administratives apparait un peu comme une bénédiction, voire une franche simplification de la vie. Enfin, surtout quand on ne vit pas dans une zone blanche, auquel cas, c’est carrément le cumul des mandales.

Le maitre mot, c’est simplification.

Soyons clairs : il faut être un sacré gros dinosaure pour s’opposer à la simplification. Rendre les choses plus simples au pays des mammouths administratifs, n’est-ce pas là une noble tâche ?

Sauf qu’au bout du chemin, ce qu’il reste, c’est surtout une immense disparition. Parce que voilà, retirer, enlever, ne pas remplacer, au final, c’est surtout monsieur Moins qui remporte le morceau et c’est toujours au détriment des mêmes que se fait la grande disparition.

« Pas de problème, La Poste est là »

La Poste vous l'apporte

J’ai déjà écrit à plusieurs reprises sur la dégradation des conditions de travail de nos amis postiers. Sur la désertification rurale, la casse sociale, ce genre de choses. Mais bon, au final, je me suis surtout contentée de déserter les guichets sans trop me rendre compte qu’ils nous le rendaient bien.

Ce matin, mon père me demande donc de lui trouver sur Internet le prix d’un envoi vers la Belgique, parce que moi, j’ai Internet. Mais comme il habite dans un gros bourg touristique, il dispose, à mon sens, de tout le confort administratif nécessaire et je le convie à se rendre à La Poste pour y faire expédier son courrier.

— Non, mais ce n’est pas possible, tu comprends, au moins avec Internet, tu as toutes les réponses.
— Mais de chez toi, le plus près, c’est le bureau de Poste, de toute manière, non ?
— Oui, mais c’est devenu compliqué.
— Tu demandes au guichetier de le faire pour toi.
— Mais c’est fini tout ça! Il ne reste plus que deux guichets ouverts : un pour la banque et un pour les colis. Même que la première fois, je n’avais pas lu les panneaux et comme il n’y avait personne, je suis allé au premier guichet ouvert. Là, la dame m’a engueulé en me disant que c’était la banque et qu’elle ne s’occuperait pas de moi, il fallait aller au guichet à côté. À côté, il y avait déjà 7 ou 8 personnes qui attendaient. Alors je lui ai dit que c’était idiot, vu qu’elle ne faisait rien, mais rien à faire, elle est restée toute seule à son guichet vide.
Le pire, c’est que le guichet à côté, ce n’est que pour les colis, alors, elle m’a rembarré aussi.
— Ben alors, comment tu fais pour une lettre ?
— Il faut aller à l’automate.
— Ah ben, c’est mieux, non ?
— Non, pas du tout : c’est tellement compliqué que la machine s’éteint avant que j’ai eu le temps d’arriver au bout de toutes les questions.
— Bah, ce n’est pas si difficile que ça, quand même…
— Mais non, tu ne comprends pas : à 84 ans, je n’arrive toujours pas à bien utiliser le téléphone portable que tu m’as offert. Je n’y comprends rien à tous ces trucs, il me faut du temps, mais voilà, les machines ne supportent pas d’attendre les vieux et elles s’éteignent avant que j’ai fini.
— Merde, ça craint. Je ne voyais pas les choses comme ça. Ben écoute, tu demandes à ce que quelqu’un vienne t’aider depuis le guichet.
— Mais ce n’est plus possible. Au début, il y avait un jeune, debout à côté des automates qui aidait les vieux qui n’y arrivaient pas, mais au bout d’un moment, il a disparu et maintenant, il n’y a plus personne. Alors, on essaie, mais ça s’éteint trop vite et comme il y a toujours la queue aux automates, les gens râlent et donc, on laisse tomber.
— Mais ce n’est pas possible, ça! Il faut gueuler pour qu’on vienne vous aider, ce n’est pas normal!
— Tiens, l’autre jour, il y a une petite vieille qui a tenté d’affranchir une lettre. Elle avait deux cannes, elle avait du mal à tenir debout. Elle a demandé de l’aide au guichet, la femme l’a envoyé promener en disant que ce n’était pas à elle de le faire, qu’elle devait se débrouiller. La petite vieille est repartie en larmes…
— Merde, mais alors, comment vous faites, les petits vieux ?
— C’est très simple : on ne fait pas…