Il parait que les Français ont le sentiment que leur pouvoir d’achat a baissé ces derniers temps. Une question de ressenti, somme toute…

Le coup du pouvoir d’achat réel et ressenti, on nous le ressort à toutes les sauces. Est-ce que j’ai le sentiment de m’être appauvrie ou suis-je vraiment plus pauvre?

Voilà une question qui mérite qu’on gratte un peu sous la croûte des certitudes et des déclarations péremptoires.

J’ai donc décidé d’exhumer toutes mes fiches de paie et revenus de substitution des 10 dernières années, c’est à dire à partir du moment où j’ai trouvé mon premier vrai boulot, à la fin de mes études. C’est la courbe violette. (cliquez sur le dessin pour le voir en plus grand, sinon, il y a un PDF à la fin)

Si on regarde l’ensemble, on se dit que j’ai eu des hauts et des bas et si l’on tire une moyenne de ces revenus, on en déduira que je me suis quelque peu appauvrie depuis Août 2005.

Dans le détail :

  • Novembre 96 à juillet 97 : job de vacataire dans un célèbre institut de sondage. Quand on a un contrat, on bosse, on gagne, sinon, on se bouffe la semelle des godasses. D’où les revenus en dents de scie. Totale précarité qui nous maintient durablement sous le seuil de pauvreté et ne nous permet pas de faire face aux dépenses courantes.
  • D’août 97 à novembre 97, 4 mois d’allocations chômage pour un montant légèrement supérieur au RMI de l’époque.
  • Ensuite un an de RMI… pour deux, soit 1/2 RMI chacun… ça ne fait pas lourd pour payer les frais de timbre et de ma première connexion Internet… grâce à laquelle je trouve mon premier vrai boulot dans l’élan des emplois jeunes tous neufs du père Jospin.
  • En fait, je ne suis pas éligible pour un emploi jeune… ben oui, souvenez-vous des 4 mois de chômage que je me suis goinfrée en 97 : ça me disqualifie. Faudra un jour que je vous raconte cet instant particulièrement délicieux où, le stylo sur le point de signer ce fichu contrat de travail qui va me sortir au moins 3 mois de la misère, le conseil juridique de la boite déboule dans le bureau en hurlant : ne signez pas, elle n’est pas éligible!
  • Finalement, commence enfin une période faste qui démarre au SMIC + la prime de précarité + le 13e mois.
  • En août 99, hop, une petite grimpette : je remplace la chargée d’études économiques au pied levé et décroche une petite augmentation. Cool, non? Sauf que j’ignorais, grosse bêtasse que je suis, que lorsqu’on remplace quelqu’un, on hérite de son statut et de sa rémunération. Je ne deviens pas cadre et surtout, j’apprendrai par la suite que je touchais précisément la moitié de son salaire!  Manière, je n’ai que des CDD (pleins!), je profite de la fin d’un pour me tirer ailleurs pour un CDI et un meilleur salaire : c’est le premier pic de mars 2000. Et oui, comme je ne prends pas mes jours de congés, je suis remboursée à la fin de mon contrat!
  • Progression laborieuse par la suite, avec un deuxième pic en décembre 2001 : une prime de fin d’année!
  • Avril 2002, hop, je passe cadre aux forceps et arrive à mon palier de salaire maxi : 1496,00€ net. J’y crois, je suis une winneuse et j’enclenche la reproduction.
  • D’où le méga pic de 2003, regardez-le bien, y en n’aura plus des comme ça : mes congés payés pas pris avec mon solde de tout compte.
  • Le gros creux, c’est la période de carence des ASSEDIC dont je vous avais déjà parlé.
  • Le plateau en dents de scie qui suit, c’est l’ARE : 23 mois d’assurance chômage à 66% de mon dernier salaire… et un léger ressenti de perte de pouvoir d’achat.
  • Le tassement en août 2005, c’est le passage à l’ASS, 14€ et quelques par jour… février est toujours un sale mois pour les chômeurs. et nous voilà à moins de 30% du denier salaire… une vague sensation d’étranglement à l’heure de faire les courses. Le discounter devient mon ami…
  • Puis, évaluation lissée de mes revenus depuis la mise à mon compte… sans grande signification. Un coup je bosse, un coup… je prospecte. En ce moment, je suis plutôt dans une phase où je dois jouer à l’agent de recouvrement… pas drôle.
  • Au final, un léger sentiment d’un pouvoir d’achat tout pourri!

Mais bien sûr, tout le monde n’a pas eu un parcours chaotique comme le mien.

D’où la nécessité de se raccrocher à des données extérieures : le montant du SMIC net plein temps en durée légale, en rouge. Un truc qui concerne 15% de mes concitoyens, au bas mot. Pas gras à l’heure de dégainer la carte bancaire, à la caisse!

On voit bien le décrochage des 35 heures en 2000. Certains y sont passés plus tard ou pas du tout, mais en moyenne, ça a surtout représenté un gros tassement du revenu disponible…

Et en vert, l’évaluation de l’évolution du coût du logement pendant la même période. Je suis partie de mon appart’ de 1996 : 36m² à 3600 FRF, soit 15€/m²/mois et j’ai appliqué dessus l’ICC et l’IRL. Petit décrochage de la courbe en 2003, qui correspond à une extension de la surface habitable du fait de l’arrivée d’un nouveau membre au foyer, soit passage de 36 à 50m² (putain on se goinfre!). Bien sûr, c’est une estimation, puisqu’entre temps, on est parti de plus en plus loin des centres-villes, en partie pour compenser le renchérissement des loyers…
De toute manière, en cette période de goinfrerie locative, quiconque doit déménager doit sortir entre 25 et 50% de loyer en plus pour retrouver quelque chose d’équivalent à ce qu’il a quitté… sans compter le foutu dépôt de garanti de mes deux, mais ça, c’est encore une autre histoire!

Transports, énergie, santé (part restant à charge des assurée croissante), alimentation… etc. je n’ai pas tout rentré et calculé, mais je pense que le ratio entre revenus disponibles et dépenses contraintes doit aller dans le sens d’une super compression du budget des ménages "modestes", ce qui peut faire un sacré gros tas de gens en fonction de l’emplacement choisi pour coincer le curseur de la modestie.

Précarisation professionnelle, chômage, modération salariale, inflation immobilière, crise énergétique : je ne vois pas par quel miracle le niveau de vie de la plupart de mes concitoyens laborieux ne se serait pas un peu tassé.

Mauvais temps pour les prolos!