Au-delà des discours, des chiffres, des grandes déclarations et des formules à l’emporte-pièce, le chômage est une réalité quotidienne avec laquelle des millions d’hommes et de femmes se coltinent chaque jour. Certains finiront par s’en sortir, d’autres non.
Loin des discours simplificateurs, voici juste un témoignage, un parmi tant d’autres… à lire sans jugement de valeur.

Je me présente: chômeur depuis 3 ans, 49 ans, reconnu travailleur handicapé.

Le marché du travail ne veut pas de moi, parce que je suis trop vieux, parce que mon CV ressemble à un gruyère, parce que ça fait longtemps que je n’ai pas eu de contrat "sérieux". Enfin, bref.

Que le marché du travail ne m’aime pas ne me gène pas outre mesure (et d’ailleurs c’est réciproque). Ce qui est plus gênant pour moi est la question d’argent. Ca fait longtemps que je ne définis plus ma valeur d’homme par mon statut social ou par un travail valorisant, une "carrière" (et il vaut mieux si on veut éviter la déprime). J’ai développé d’autres intérêts, d’autres valeurs. Je ne m’ennuie pas dans la journée. Il n’y a pas de travail pour moi? Ok, d’accord. J’accepte, pas de problème. Alors qu’on me donne juste un peu de fric pour que je puisse vivre, et qu’on me foute la paix. Ca me suffirait largement.

Ca paraît provocant, bête (encore un allumé, un fainéant…) mais je le pense vraiment. Je suis pour un revenu de base pour chaque citoyen(ne), qui est donné sans aucune contrepartie et sans contraintes, sans contrôle.

Il y a un paquet de chômeurs qui cherchent du travail depuis longtemps et qui pourraient occuper leur temps autrement, mieux, mais non ils n’ont pas le droit, ils doivent chercher. J’ai la forte impression que le fait de ne pas trouver du boulot n’est pas important du tout. Ce qui compte avant tout c’est que l’on cherche. Il y a un bon nombre de contrôleurs qui surveille les cherchants, et les cherchants doivent chercher. Ce qu’il faut éviter à tout prix c’est que le chômeur dispose du temps pour soi, pour réfléchir, pour s’engager autrement dans la société, pour développer des idées critiques, facheuses. Alors ça c’est interdit. Et si le chercheur de travail arrêtait de chercher, les controleurs n’auraient plus de travail, ils auraient aussi du temps pour réfléchir. Mon dieu – pas ça!

Le contrôleur est forcé à forcer d’autres gens à chercher quelque chose qui n’existe pas, comme ça tout le monde est bien occupé.

C’est bien. Allez, cherche. Il n’y a rien à trouver? On s’en fout. Cherche. Mais il n’y a rien, ou si il y a quelque chose, ce n’est pas pour moi. Rien à cirer, cherche, connard, et ferme ta geule. Voilà l’ordre du jour.

Alors on envoie les cherchants aux stages d’écriture de CV à ne plus en finir, on établie des "projets professionnels", on convoque le chômeur tous les mois pour contrôler son assiduité de recherche d’emploi.
Une machine gigantesque d’absurdité.

Le CPE est juste un "petit détail" de plus pour que les gens ferment leur gueules et bossent sans rechigner (si jamais ils trouvent).
Un jeune qui aura "la chance" d’avoir déniché un CPE va ainsi dire oui à tout, il va lécher les bottes à qui il faut, il va aller bosser avec 40° de fièvre, il renoncera à toute revendication ou de remarques critiques. Il sera juste une goutte d’huile de plus dans la machine à fabriquer de la richesse à laquelle "la goutte d’huile" ne participera pas. Le CPE est juste un élément de plus dans la précarisation ambiante et l’intimidation du salarié, et il y aura d’autres "détails" d’intimidations qui suiveront, j’en suis sûr.

Je crois que le changement de société qu’il faudrait faire pour faire un monde dans lequel on viverait mieux et de façon plus juste est tellement énorme, ça remettrait tellement de choses en cause que les dirigeants préfèrent empêcher toute réflexion à ce sujet, inclus eux-memes.


Par Diety, sur actuchômage