Freetux est l’un de ces aimables manchots que je visite régulièrement.
Il me fait l’honneur de me solliciter pour sa première interview de Bloggueur (se).

Pour commencer peux tu te présenter en quelques lignes ?

Arf, ça commence mal, on dirait tout de suite un entretien d’embauche!
35 ans, PACsée, une naine et deux greffiers. Vit aux culs des vaches au cœur du Pays d’Armagnac, chez les irréductibles Gascons.
Et contrairement à ce qu’une lecture superficielle de ce blog peut laisser croire, je suis plutôt quelqu’un de très joyeux et épanoui dans la vie (mais pas facile à vivre non plus… ).

Depuis quand blogues tu ?

Stricto senso, depuis novembre 2004, ici même. Mais j’avais commencé mon opération de déstabilisation politique via le Net, début 2003, après la naissance de ma fille, en commençant par participer à l’Echo du Village où j’étais hébergée, sous le pseudo d’Aggie. J’y ai rencontré des tas de gens très intéressants, comme Nathalie, ma copine chikungunyé ou Jean, fondateur d’Altermonde auquel j’ai collaboré jusqu’à l’ouverture de mon blog.
Quant au Net, j’y suis présente depuis novembre 1996, moment où j’ai mis en ligne mon premier site qui s’appelait "Cinéma et éthologie".

Pourquoi blogues tu ?

J’ai toujours aimé écrire, mais je n’avais pas eu le "déclic". La naissance de ma gosse a tout changé. Déjà, je me suis retrouvée au chômage. Ensuite, vu la tournure que prenaient déjà les choses de la vie politique, je me suis dit qu’il fallait vraiment que j’arrête de radoter dans ma barbe et que mon cher et tendre n’était pas obligé d’être le seul à supporter mes très nombreux coups de gueule. Donc, j’ai commencé à écrire un peu sur des forums, et l’écriture s’est débloquée, est devenue une nécessité que je conçois comme un geste citoyen, la participation à ma vision de la démocratie directe. A partir du moment où on prend le risque de propulser un gosse dans cette vallée de larmes, on ne peut plus se contenter d’être le spectateur de sa propre vie. On a une obligation d’action, la nécessité de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour lui laisser les chiottes au moins aussi propres que nous les avons trouvées en arrivant (en l’occurrence, on va être sympa, et on va essayer de faire mieux que ça et de rendre les gogues nickel!)
Il va sans dire que le fait d’écrire régulièrement mes points de vue sur tout et rien a grandement contribué à l’amélioration des conditions de vie de monsieur Monolecte.

Quels sont les sujets que tu abordes le plus souvent ?

L’ensemble est assez social-politique : il suffit de visiter par catégorie pour s’en rendre compte. De toute manière, tout est politique : détaillant ou supermarché, bagnole ou bus, tirer la chasse un coup sur deux, boycotter les marques qui puent, ne plus acheter de marques, souligner les incohérences du système.
Ce qui marche le mieux, ce sont mes carnets de chômage. D’ailleurs, j’ai rejoint un autre groupe d’activites dangeureux avec plein de vrais morceaux de vécu.
Mais je parle aussi de trucs plus légers, comme la cuisine ou le ciné.

Sur la partie technique, peux tu me donner le moteur de ton blog, son hébergeur, ton registar ?

Merci Olivier Meunier pour Dotclear, le blog francophone que toute la blogosphère nous envie.
Et merci Le Nours de m’héberger : c’est un vrai ami, même si je ne le vois pas assez ces derniers temps. Je lui dois toujours 3 litres de moules marinières…

Concernant le design de ton blog, c’est une création perso ? peux tu l’expliquer ?

100% maison, roulé sous les aisselles!
En fait, j’ai commencé par écrire. Puis, au bout de quelques mois, je me suis dit que c’était craignos de toujours avoir le thème par défaut. Imagine, quelqu’un arrive sans faire gaffe et s’imagine être chez Lemeur… pas possible.
Quelqu’un m’avait vannée peu de temps avant parce que mes créations graphiques faisaient trop "fille". Comme s’il fallait avoir honte! Du coup, j’ai fait fille à fond, avec des bouts de photos à moi, dont la naine, en bandeau haut!

Un beau blog est il forcément bon ?

Non! Mais on peut toujours y aller se rincer l’œil…

Un bon blog c’est quoi pour toi ?

Mouarff… je n’ai pas de critère. Ça accroche ou pas. Par exemple, Lemeur est encensé. Moi, je ne le supporte pas. Je laisse Torpedo s’y abîmer les yeux et nous raconter ce qu’il y a lu.
Un bon blog, c’est celui où tu es bien, c’est quand ça te parle, que tu y reviens, que tu ne t’y ennuie pas… Un bon blog, je le syndique dans Firefox… comme le tien, Freetux, par exemple!

D’après ce que j’ai pu voir il y a pas mal de commentaires sur ton blog, tu prends le temps de tout lire, tu modères, Tu réponds ?

Bien sûr que je lis tout. L’idée n’est pas tant de parler de mon nombril que de susciter le débat. C’est un carburant, ça fait avancer, ça élargit les horizons, la façon de penser.
La modération est nécessaire, dans la mesure où le proprio d’un blog est responsable de ce qu’il s’y dit. Ceci dit, c’est très rare que je censure.

Tu réfléchis avant de poster ou tu rédiges sur le vif ?

Ça dépend. Souvent, ça marne quelques heures, quelques jours. Un truc qui m’énerve, souvent. Ou qui m’obsède. Et puis je trouve l’angle d’attaque et là ça part tout seul. La plupart de mes billets sont des premiers jets. Ensuite, je relis pas mal de fois à cause des fautes. Mais j’en laisse toujours.

La première chose à laquelle tu penses en te levant le matin ? et la dernière quand tu te couches ?

Oups… Heureusement pour moi, c’est toujours différent. En gros, le matin, c’est déjeuner pour la gosse, thé et tartines pour moi, puis revue de presse sur le net.
Le soir, c’est le seul moment où je suis super tranquille, une fois au pieu, passé minuit, le plus souvent. En général, c’est à ce moment que je lis, Alternatives Economiques, auxquelles je suis abonnée, ou le bouquin du moment (là, c’est Les nouveaux chiens de garde de Serge Halimi!). C’est le moment où se dessine le champ de mes réflexions.

D’après toi qu’est ce qui fait la force des blogs ?

Tu présupposes que les blogs ont une force. Personnellement, je pense que rien n’est moins sûr.
Combien de personnes me lisent vraiment? 1000, 2000, 4000? C’est mieux que bien des bouquins qui sortent quasiment sous le manteau, c’est mieux que l’auditoire standard d’une soirée entre potes à refaire le monde autour d’une bière, mais à l’échelle du net, c’est à peine mon pâté de maison.
En gros, les blogs ont réellement une portée très limitée. Leur force, c’est de contaminer le débat public. C’est que les hommes politiques, échaudés par la volée de bois vert du 29 mai 2005, se sont mis à courtiser les bloggueurs en vue et à faire entretenir leur propre blog par leur stagiaire. C’est comme ça que Sarko s’est fait podcasté par l’inimitable (heureusement!) Loïc Lemeur ou que Maître Eolas a été invité à la très officielle sauterie du ministère de la culture.
Je trouve que ça redynamise le débat politique, mais que ce n’est pas suffisant en soi, ne serait-ce que parce que l’accès au support est loin d’être démocratisé. Les Blogs pèseront réellement quand ils sauront faire les audiences de TF1.

Cites moi 5 choses que tu adores ou admires et 5 que tu détestes ?

Les choses simples :

  1. Juste après la pluie
  2. Ma petite famille
  3. Tenter de faire de ma vie quelque chose d’utile et non courir après des choses vaines
  4. Voir et sentir le temps qui passe. Le savourer
  5. Rire un bon coup avec ceux que j’aime

Beaucoup trop de choses :

  1. La dictature de l’économisme. Si on se penche un peu sérieusement sur les théories économiques, c’est d’une connerie sidérale : "soit des agents parfaitement rationnels et informés…". Y en a qui devraient sortir de leur tour d’ivoire pour aller renifler l’odeur de la vie et du vrai monde!
  2. La con-sommation : je dépense donc je suis. Gaspillage, inconséquence, on a des mentalité de gosse de 3 ans… et je sais de quoi je parle!
  3. Sarko, mais je n’ai pas le temps de faire la queue! Ceci dit, il est interchangeable avec ses clones, tous chantres de l’économisme sus-mentionné.
  4. Les médias et leur total dévoiement. On se rend compte empiriquement qu’il se passe quelque chose d’anormal au niveau des informations. Dans son bouquin, Halimi ne nous apprend rien : il montre les rouages du système, les alliances, les connivences, il assemble les faits!
  5. La connerie humaine. Fondamentalement, c’est parce que les gens sont des veaux, parce qu’ils ne demandent que du pain et des jeux, que les 4 premiers points sont possibles.

Pour ceux qui ne sont jamais venu chez toi, ton blog en 3 mots ?

Un blog est l’absolu contraire d’un journal intime. On écrit pour être lu, alors que le journal intime ne peut l’être que par accident. L’existence des commentaires et des rétroliens prouve bien que le blog est un lieu d’échange et de discussion, pas le centre de ton nombril.
Je n’utilise ma propre vie que pour illustrer mes propos. Le Monolecte me sert à confronter ma vision du monde avec celles des autres. C’est un espace éminemment politique, dans le sens de ce qui touche à la vie de la cité.

Tu veux rajouter quelque chose ?

La politique, ce n’est pas sale!
C’est ce qui permet de générer du vivre-ensemble (dans le sens donné par Hannah Arendt). Cela devrait donc être l’affaire de tous, et non un métier qui repose sur la capacité à mobiliser du fric pour se faire entendre et imposer ses vues.
Aujourd’hui, l’action politique est verrouillée par une petite caste qui paralyse le débat politique et impose un ordre du monde qui lui est très favorable, mais qui est nettement moins avantageux pour tous les autres. La politique, ce n’est pas un empilement de promesses et de slogans. C’est la capacité d’élaborer un projet de société qui permet à l’extrême diversité des humains qui forment un groupe (peuple, nation) de bien vivre-ensemble. Mais les institutions politiques sont tellement verrouillées que les citoyens de mouvements émergents n’ont guère que la rue ou le Net pour faire entendre leur voix. Cette situation est profondément anormale et anti-démocratique.
C’est ce qui me motive, c’est ce qui est le fondement de l’existence de ce blog!