Voire profession libérale… Avouez que ça fait un peu plus classieux dans les dîners en ville que d’annoncer que vous êtes un DELD!

Je sais que parmi les plus fidèles ou les plus curieux d’entre vous, il y en a qui se demande où j’en suis dans mon parcours du combattant. Car c’est bien joli de claviotter Une à deux fois la semaine, encore faut-il gagner sa croûte.

J’avais le secret espoir que ma prose représente suffisamment d’intérêt pour accéder au nirvana de la publication sur papier, mais de toute manière, voilà une activité qui ne nourrit pas sa femme. J’ai tout de même réussi à monnayer en partie ma logorrhée scripturale en devenant correspondante de presse locale en mai dernier, mais ne nous y trompons pas, les grands mois fastes, ça me ramène dans les 200 € de remboursement de frais. Car comme pour tout, chaque fois que je trouve une activité, la rémunération est de l’ordre de la reconnaissance morale plus que financière. Pourquoi continuer me direz-vous? Parce qu’en dehors des nombreux contacts que cela me permet de nouer sur mon bled, et du fait que tout le monde connaît ma tête, les quelques euros qui rentrent tout de même sont toujours ça de pris, même si cela doit faire tomber mon heure de travail à un quart ou un tiers de SMIC.
Tout cela pour dire qu’après 23 mois d’indemnisation chômage, je suis tombée dans la majorité des chômeurs, celle qui ne perçoit plus rien et que si je me suis désinscrite des listes en créant mon activité, c’est surtout pour échapper au véritable harcèlement coercitif qui est en train de se mettre en place sous les applaudissements du public[1].

J’ai toujours voulu être un artiiiiiiiiiste

Imadiez[2] est donc né officiellement le 5 septembre dernier. Il s’agit pour moi de proposer des prestations de graphisme à destination des PME, des collectivités locales et des associations, c’est à dire tout ce qui est affiches, brochures, flyers, imprimés pour l’entreprise, logo, brochure et habillage de site web. Le secteur est assez bouché[3], mais il se trouve que dans mon coin de Gascogne, il n’y a quasiment pas de concurrent à moins de 30 km à la ronde.

De toute manière, quand on lance une activité, la moindre des choses, c’est d’avoir les compétences pour le faire, à moins d’avoir des fonds. Bref, mon choix était restreint.
Grâce au statut que j’ai choisi (artiste inscrite à la MDA), à l’ACCRE et à l’exonération fiscale totale que j’ai obtenue, mon activité génère très peu de frais sans investissement de départ. Je garde donc l’essentiel de ce que je gagne. Ceci dit, en ce moment, l’essentiel de ce que je rentre est réinvesti directement dans la communication, ce qui est indispensable quand on démarre une activité.

Drôle d’époque que la nôtre où les sociologues se retrouvent à faire du dessin et les éthologue de la photo. Je suis sûre qu’il y a des dessinateurs qui sont formateurs en informatique et des markéteux frais émoulus d’école de commerce qui prétendent enseigner la sociologie aux entrepreneurs. C’est la logique économique actuelle qui veut ça. Encore que je me demande où est la logique dans tout ça.

Bref, je continue à être une cumularde : reporter photographe au rabais, entrepreneuse, artiste, membre du comité de pilotage de mon pays, membre du bureau de l’association culturelle de mon bled, bloggeuse râleuse, et autres petites choses qui ont en commun de ne rien me rapporter ou presque. D’après mes calculs, nous venons de passer sous le seuil de pauvreté, ma famille et moi. La CAF en profite donc pour nous sabrer l’APL pour cause de recoupement avec le fichier ASSEDIC[4].

J’ignore totalement comment nous allons payer la mutuelle santé qui s’est encore renchérit alors que nous avons déjà permuté vers un contrat de moindre qualité. Mutuelles + assurances obligatoires représentent près de 2 mois de revenus du ménage. Les impôts locaux, 1/2 mois de plus. Le chauffage (on vit à 18° maxi l’hiver) représente près de 2 mois de revenus de plus. Notre loyer augmente en janvier, on passe à 40% du revenu mensuel, soit, plus de 4 mois de revenus.
En résumé, actuellement, les 3/4 de notre revenu passent dans les frais généraux et je ne ramasse que des miettes alors que je bosse en moyenne une cinquantaine d’heures par semaine : Welcome in winwin land!

Étrangement, je garde un moral d’acier. Ne m’a-t-on pas enseigné quand j’étais jeune que les gentils gagnent toujours à la fin et que tout travail mérite salaire, et l’effort est toujours récompensé? Bref, je me refuse à admettre que j’ai pu être pipeauté toutes ces années[5], je ne baisse pas les bras, ne serait-ce que parce que je n’ai pas de meilleur choix.

En attendant que mon activité décolle suffisamment pour me permettre de repasser du bon côté du seuil de pauvreté, j’expérimente à fond avec ma famille la décroissance volontaire : tant qu’à se serrer la ceinture, autant que ce soit volontaire!

Notes

[1] Je crois que la plupart des gens sont en train de passer à côté de ce qui se passe au niveau des négociations UNEDIC. Tout le monde fait mine de trouver ça normal de serrer encore un peu plus le kiki des chômeurs, mais personne ne veut voir que c’est cette politique qui alimente les rangs des RMIstes, qui fait exploser la pauvreté dans notre pays et qui dévalue directement le travail et les salaires. A quoi cela rime de réduire encore l’indemnisation des chômeurs alors que la durée moyenne de chômage explose? Pour les pas convaincus, il y a toujours la possibilité de s’abonner à Alternatives économiques ou tout au moins, acheter le numéro de décembre!

[2] Imadies veut dire les images en gascon. Mais comme ma grand-mère a toujours eu un usage oral de sa langue maternelle, quand elle a épelé ce mot, elle a mis un Z à la fin, que j’ai finalement décidé de garder.

[3] Que celui qui connaît un secteur non bouché me balance la première caillasse!

[4] la nouvelle technique est simple : recoupement massif de fichiers! S’il y a la moindre différence, on coupe d’abord les vivres et on discute après. La cible : les chômeurs en priorité. Tous des fraudeurs et des feignasses, je vous dis!

[5] Non, je déconne : je sais que j’ai été pipeauté, mais je fais semblant d’y croire toujours!