Expression répandue dans ma région, dire "j’ai la cagne" signifie à coup sûr que je n’ai pas la pêche.
Mais l’usage d’un dictionnaire étymologique nous en apprend bien plus.

Je n’écris plus, j’ai le visage aussi long qu’un jour sans pain et le brouhaha perpétuel des agitateurs du vide ne m’amuse plus du tout. Autrement dit, j’ai la cagne, et ce d’autant plus que le cagnard s’est fait la malle.

Quand on réfléchit deux minutes, on a l’impression que les 2 mots ont quelque chose à voir, viennent de la même racine. D’où l’intérêt de s’équiper d’un dictionnaire étymologique, un peu comme si connaître l’origine des mots permettait de remonter à la source des maux.
Ici, le cagnard, c’est le soleil, de préférence celui, brûlant, qui tanne le cuir de l’aoûtien imprudent. Mais en fait, cela vient du mot caigniart qui désignait un abri, un réduit misérable. Puis on parle d’un petit abri ensoleillé à l’abri du vent, qui devient faire cagnard, se reposer au soleil! J’admire l’élasticité de notre langue qui passe du taudis à la canicule au fil des siècles.

La cagne n’a rien à voir avec tout ça. Elle vient à l’origine de la racine latine Canis, qui signifie chien. La cagne, c’est le sale clébard, le chien de mauvaise race. Par extension, c’est devenu une sale femme, paresseuse et méprisable, voire une femme de mauvaise vie. Faire laide caigne revient à dire au XVIIIème siècle qu’on a une sale tête, que l’on fait grise mine.

On comprend mieux ainsi comment cette chienne de vie nous donne parfois la cagne, particulièrement lorsqu’on a perdu ce petit abri ensoleillé et à l’abri du vent où l’on était si bien!

Ainsi donc, le chômeur (puisque c’est là l’épicentre de cette dépression qui stagne au-dessus de mon coin de Gascogne) serait quelqu’un de cagneux. Mais non, cagneux ne signifie pas avoir la cagne (on admire la complexité magnifique de notre langue!).
Est cagneux celui ou celle qui a les genoux tournés en dedans. Outre l’aspect inesthétique de la chose, on sent bien le handicap qui en découle. Et cela ne parle pas des qualités morales de la chienne ou de la femme, mais bien de la difficulté d’avoir les pieds en coin.

Si on se penche sur le chômeur, on découvre que bizarrement, il n’est pas sans rapport avec le cagnard. Tout vient de cauma, mot latin signifiant grosse chaleur et dont on sent immédiatement qu’il n’a rien à voir avec son homophone moderne coma, même si on peut admettre que le chômage est une forme assez élaborée de coma social. On passe ensuite à caumare : se reposer pendant la chaleur. Puis, progressivement, le sens ne pas travailler prend le pas sur l’idée de se reposer. Au final, le chômeur devient celui qui ne travaille pas pour cause de congés, de fêtes ou de panne quelconque. On parle d’ailleurs encore de jour chômé pour un jour férié. Par extension, on pourrait s’amuser à dire que tout salarié par le jeu des dimanches, des RTT et des jours fériés est un intermittent du chômage.

Mais voilà, le mot chômeur, lui, a été alourdi de représentations sociales extrêmement négatives. Cette mauvaise image du chômeur, collectivement élaborée depuis les années 30 a une fonction sociale et économique précise (voir le lien ci-dessus, terriblement instructif!). Elle a surtout pour conséquence de stigmatiser toute une population dont le crime principal a été de ne pas avoir la chance de tomber sur une boîte ou un contrat pérenne.

Alors, forcément, le chômeur, désigné comme cagneux, finit par avoir la cagne!