Ceci n’est pas un rapport

Sacré poissard!
Je ne parle pas de Terry Gilliam, bien qu’il semble qu’il se traîne une scoumoune plus grande que les deux tours du WTC réunies, mais bien de Jacques Attali qui a planché sur un rapport sur la libération de la croissance pendant des semaines et qui se retrouve à le publier pile-poil au moment où le château de cartes de la spéculation mondiale commence à s’effondrer avec la précision mécanique d’une exhibition de dominos.

Comme d’habitude, alors que le pavé n’est jeté dans la mare que depuis 24 heures, il y a des experts tout pleins de certitudes pour nous expliquer les bienfaits ou les tords du pensum attalien en long, en large et en travers. En gros, la ligne de démarcation elle-même est instructive, avec les gros libéraux qui frétillent, les gauchos qui couinent et les médias qui sont tout contents de pouvoir nourrir la bête à papiers à peu de frais.

Ceci n’est ni un rapport, ni une étude, mais un mode d’emploi pour des réformes urgentes et fondatrices. Il n’est ni partisan, ni bipartisan : il est non partisan.

Ben voilà, dès la première phrase, Attali envoie le bois : on lui a commandé un rapport, mais on ne sait trop pourquoi, il finit par livrer un mode d’emploi. Et pas n’importe quel mode d’emploi, celui de la Machine France que son commanditaire vient de recevoir, encore toute chaude et toute vibrante dans ses petites pattes et qui, effectivement, a l’air parfois bien emmerdé pour la faire marcher comme il l’entend.

En fait, la France, c’est pas compliqué, c’est comme le dernier robot ménager qu’à reçu belle-maman à Noël : avant toute chose, il faut commencer par read the fucking manuel!
Soit 245 pageounettes à s’enfiler avec le sourire.
Comparez avec le TCE : rien à voir! Que du bonheur!

Et que ça saute!

Donc Attali sait comment faire fonctionner la France comme une belle petite mécanique bien huilée.

Il [le rapport] part d’un diagnostic de l’état du monde et de la France : de ce qu’il faut changer, de ce qui peut l’être, et de la façon de mettre en œuvre la réforme. Avec une double conviction : d’une part, les Français ont les moyens de retrouver la voie d’une croissance forte, financièrement saine, socialement juste et écologiquement positive. D’autre part, tout ce qui ne sera pas entrepris dès maintenant ne pourra bientôt plus l’être.

Personnellement, j’adore cette phrase! Si, si, vraiment. En 245 pages, Jacques ne lâche pas qu’une notice d’utilisation hachement pointue et efficace, non, il te fourgue en passant un puissant diagnostic de l’état du monde et de la France… Il ne te livre pas qu’un minable petit rapport de plus, à ranger sur la pile gigantesque des rapports à la noc qui coûtent un œil et servent essentiellement à régler les notes de frais de leurs auteurs, non, Attali a fait ce que nous attendions tous : il nous livre le Reader Digest du projet de société! Avec une analyse du monde en intro… rien que ça!

Et un avertissement offert par la maison : tout ce qui ne sera pas entrepris dès maintenant ne pourra bientôt plus l’être! Ha bon! Pourquoi donc? On n’en saura pas plus. Irma Attali a dit qu’il fallait se magner le train pour appliquer son plan vachement balaise et puis c’est tout. Peut-être aussi qu’il avait vu arriver le déballonnement de la grosse baudruche spéculative qui rendrait franchement risible tout ce qu’il allait rédiger patiemment par la suite… Comme quoi, on ne peut pas se planter sur tout. Bref, contrairement à la notice de montage de ma commode Ikéa, le mode d’emploi Attali est périssable.

Le monde selon Jacques

Le préalable au montage du mikado de la réforme, c’est l’analyse du monde par l’auteur. Cela permet de remettre en perspective l’ensemble de son œuvre.

Mesurée strictement par le PIB, la croissance est un concept partiel pour décrire la réalité du monde : en particulier, il n’intègre pas les désordres de la mondialisation, les injustices et les gaspillages, le réchauffement climatique, les désastres écologiques, l’épuisement des ressources naturelles… La croissance de la production, cependant, est la seule mesure opérationnelle de la richesse et du niveau de vie disponible, permettant de comparer les performances des différents pays.

Là, c’est tellement beau, qu’on dirait du Mozart. Attali, c’est le mec deux en un : il commence par t’expliquer que la croissance, c’est un peu du bidon qui ne mesure pas vraiment les petites choses annexes comme les désastres, dérèglements divers, gaspillage et inégalités frappantes… des petits détails, quoi, mais il se rattrape ensuite juste en t’expliquant qu’on n’a pas trouvé mieux pour mesurer la richesse et comparer les performances des pays.

Donc, la croissance, c’est de la merde théorique, mais c’est tellement pratique pour mesurer des trucs qu’on ne définit pas et qui permettent, in fine, de se gargariser dans de jolis rapports notices d’utilisation modes d’emploi projets de ma société à moi et mes potes!
Quelle richesse? Quelle performance? Pour qui? Et surtout pour quoi?

Le monde est emporté par la plus forte vague de croissance économique de l’histoire, créatrice à la fois de richesses inconnues et d’inégalités extrêmes, de progrès et de gaspillages, à un rythme inédit. L’humanité en sera globalement bénéficiaire. La France doit en créer sa part.

C’est à ce moment qu’on peut commencer à parler de Jacques le poissard! Parce qu’en fait de tsunami de croissance, on vient juste de se faire péter une grosse bubulle spéculative dans le groin, là, comme ça, et l’assainissement des comptes n’a pas encore vraiment commencé! Quand il parle de richesses inconnues, il est dans le vrai, parce que ma pomme comme des centaines de millions d’autres prolos dans le monde, on a surtout vu le développement des discounters, des dettes, des fins de mois qui commencent le 5, des salaires qui avancent à reculon et des logements qui demandent des durées d’endettement qui dépassent largement l’espérance de vis de Jeanne Calment au top de sa forme. En fait de bénéfices, l’humanité, en tout cas une bonne moitié de ceux qui la composent, racle surtout de la flotte sale et polluée qui fout la chiasse à en crever et pour ce qui est des richesses, c’est de l’ordre de 2 dollars par jour… pour les plus veinards des crève-la-dalle!
Donc, la grosse vague de richesses inconnues qui ravit tant notre Jacquou, elle a plutôt tendance à me laisser d’autant plus froide qu’elle vient juste de s’écraser à mes pieds dans un délicat embrun d’écume vaporeuse.

Suit un petit laïus émouvant sur la déferlante de croissance dans le monde, sur les taux de croissance à deux chiffres de certains pays émergents dont on peut déjà voir que tout cet édifice économique reposait sur du sable.
L’avenir réserve au monde un potentiel de croissance plus considérable encore : vraiment dommage, ce rapport machin qui arrive au moment où on va plonger dans une très probable récession due essentiellement à la folie casino des rentiers de ce monde!

Et encore une autre perle, toujours dans l’intro :

Les puissances détentrices de rentes peuvent croître et investir grâce à la hausse du prix des matières premières.

Celle-là, je vous la laisse savourer longuement dans un silence recueilli. Ensuite, pensez encore un long moment à la crise de la tortilla au Mexique, il y a tout juste un an, celle de la pasta en Italie et la gueule de tout le monde avec un caddie de bouffe de plus en plus vide qui coûte toujours plus cher.
Puis, on y revient… Les puissances détentrices de rentes… elles vont s’en foutre encore plus plein les poches grâce à la montée du prix des matières premières, laquelle ampute notre pouvoir de bouffer…

Déjà, on commence à sentir l’utilité du rapport Attali sur la croissance libérée… pour les puissances détentrices de rentes…

Le pré du voisin

Ensuite, Jacques enchaîne sur des exemples pertinents de pays qui font mieux que nous, pauvres cons de Français qui ne sommes que cinquième puissance économique mondiale, non, mais! : l’Allemagne qui a dynamisé son marché du travail, le Royaume-Uni qui a réformé son système de santé ou l’Espagne qui a œuvré pour l’accès de tous à la propriété du logement, dans une économie en quasi-plein emploi!

Haaa, l’Allemagne et son marché de l’emploi dynamisé par le plan Hartz IV du nom de son inventeur si modeste et génial, pays si dynamique avec ses salaires stagnants et ses 7 millions de pauvres, sans compter les chômistes acculés à la misère la plus sordide! Haaa, la réforme du système de soin britannique qui su stimuler l’ardeur touristique des mythiques english patients! Haaaa! L’Espagne!!! Tout un poème économique à elle toute seule, l’Espagne. Avec son plein-emploi des Mileuristas, les jeunes baltringues surdiplômés qui peuvent trimer tant qu’ils veulent, ils ne palperont que mille euros par moi. Alors, ils se saoulent dans des botellones géantes, sorte de grosses beuveries collectives à ciel ouvert, où ils tentent d’oublier que pour partir de chez leurs parents, il leur faudra s’endetter sur deux vies de labeur abrutissant.

Y a pas à dire, Jacquou, il sait choisir les références qui font envie.

Sept pages. Cela fait 7 pages du fameux rapport Attali dont on va nous péter les oreilles pendant pas mal de temps, histoire de faire du bruit de fond et de détourner notre attention des sujets qui fâchent vraiment. Bref, chacun va y aller de son commentaire de tel ou tel point du rapport Attali, alors que globalement, les faits actuels nous démontrent clairement que cette logorrhée libérale n’est même pas bonne à mettre aux chiottes, elle n’est carrément pas digne de sortir du trou du cul qui a eu l’outrecuidance de vouloir la chier.

Tirons la chasse et passons aux choses sérieuses, si vous le voulez bien!

35 réponses
  1. charito
    charito dit :

    Bon Agnès .. il y a longtemps que je te lis maintenant il faut que je te le dise.

    Sur le fond c’est éblouissant ! Bravo Agnès !

    Sur la forme .. tout en douceur, rose et vert .. la classe !

    Une réussite en tous points ! encore bravo et merci pour ton travail sur ce blog.

    Répondre
  2. Simplicissimus
    Simplicissimus dit :

    moi, j’ai craqué.

    Bon, c’est vrai à plusieurs reprises, j’y suis revenu, mais à chaque fois c’est hard.

    Premier craquage (mais j’avais déjà eu du mal à arriver jusque là pour les raisons que vous expliquez) : page 13 (on est toujours dans l’intro) :

    ==== clip, clip ====
    Au total, 316 décisions, qui constituent autant de réformes
    majeures, devront être mises en oeuvre. Toutes sont critiques
    pour le succès de l’ensemble.
    ==== clip, clip ====

    Bon, ben si on prend ça au premier degré, on est tranquille : on ne pourra PAS réformer la France (snif, snif,…)
    316 décisions (c’est beaucoup) TOUTES CRITIQUES ! Si y en a une (une seule) que les mauviettes qui nous gouvernent ne font pas (ou ratent), c’est rapé, yapu !

    Alors, c’est super : on aura foutu le bazar ET en plus on n’aura pas libéré la croissance française. Donc, on verse une larme sur le non-rapport et on passe à autre chose.

    Merci Jacquot !

    PS : avant de craquer, j’ai pointé une bonne vingtaine de "décisions" qui me font plus que tousser. On vote un bon point collectif à la presse qui, en gros, ne retient que la suppression des départements. Elle pourrait juste lire la décision juste avant :
    Pour simplifier la vie, on supprime un niveau (le département), mais juste avant on vient d’en rajouter un nouveau. C’est sûr, ça simplifie…

    Répondre
  3. fanny
    fanny dit :

    "que cette logorrhée libérale n’est même pas bonne à mettre aux chiottes, elle n’est carrément pas digne de sortir du trou du cul qui a eu l’outrecuidance de vouloir la chier."
    ce n’est plus de l’analyse, çà, c’est de la poésie, Madame!

    Répondre
  4. JmC
    JmC dit :

    Avec Attali, qu’attendre de plus sinon des sentences et des mesures gravées dans le marbre. De Carare évidement…..

    Ce mec n’a jamais été de gauche, ne pas se mépendre.

    Jm

    Répondre
  5. Toto
    Toto dit :

    Excellent, très drôle. Un peu scato pipi mais très bon quand même.
    J’écoutais le débat sur France Culture, c’était exactement ça.

    La nature – pas l’environnement – va remettre de l’ordre dans ce bouzin.
    ou serez-vous à ce moment-là?

    Répondre
  6. tungstene
    tungstene dit :

    "on va nous péter les oreilles pendant pas mal de temps"
    ca c’est peu probable. Aujourd’hui, grève des fonctionnaires, TF1: 2 mn sur le service minimum, pas un mot sur les motifs de la grève. Par contre 1,5mn sur l’enquête concernant la recherche d’un chien tueur de poules.Bref, réforme du code du travail, de la constitution, nouveau traité européen, circulez il n’y a rien à voir.

    Répondre
  7. Le Yéti
    Le Yéti dit :

    Super, Agnés ! J’étais justement en train de suer sur le pavé de ce crétin mégalo. Et voilà que tu mâches tellement bien le boulot qu’il n’y a plus rien à ajouter.

    Ah si, ceci : respirez, ne vous laissez pas harponner par la frénésie chaotique du chaos en cours, mais asseyez-vous tranquille dans une chaise sur le pas de votre porte, sirotez un kir royal, et contemplez peinard l’ahurissant spectacle qui vous est donné.

    Franchement, avez-vous jamais vu pareil déluge de fous furieux, de tocards, pareil défilé de frappés, de fondus, de cinglés, d’incapables, pareil dégueulade de fielleux, de médiocres, de névrosés, de psychotiques, d’imbéciles rongés…

    Le cinquantième anniversaire de Mai 68 approche. Le moment ou jamais de se lancer dans un chamboule-tout féroce et sans complexe. Ne nous répandons pas en nostalgie larmoyante du passé, cognons avec entrain dans ce ramassis d’abrutis infatués trop présents.

    (Je vous jure que le mot "cogner" n’est pas ici une figure de style éthérée. Il est à prendre au sens vraiment physique du terme. Ah, j’enrage ! Pas vous ?)

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  8. Zlotzky
    Zlotzky dit :

    Le pire c’est que j’ai lu il n’y a pas si longtemps la bio de Marx par Attali dans laquelle il s’efforce de démontrer que les interprétations classiques de la pensée marxiste sont erronées et que le père Karl était en réalité un social-libéral clairvoyant… (un peu comme lui donc…)
    A part ça j’adore ta conclusion emportée et comme le fait remarquer Fanny elle n’est effectivement pas exempte d’une certaine poésie.

    Répondre
  9. Ben
    Ben dit :

    Ce rapport ne fait que rappeler la liste des réformes que la France aurait dû mettre en place depuis longtemps. Mme Maillard met beaucoup d’énergie dans son plaidoyer mais il ne faut pas se tromper de cible. Quand on redemande de la redistribution c’est qu’on veut encore ponctionner les Français. Le vrai combat, c’est un partage équitable de cette redistribution vers ceux qui en ont vraiment besoin, pas la revendication d’une civilisation collectiviste.

    Répondre
  10. chris
    chris dit :

    """" Le vrai combat, c’est un partage équitable de cette redistribution vers ceux qui en ont vraiment besoin, pas la revendication d’une civilisation """

    Interessant ,citez moi donc un point qui tendrait a une meilleure redistribution ?

    Répondre
  11. Claudius
    Claudius dit :

    Voilà un billet qui laisse augurer une année de monolecte battante et gouleyante à souhait.

    Je m’étais plongé dans la lecture également voir si on pouvait trouver quelque chose qui … quelque chose que … mais faut tout prendre ou laisser.

    Alors laissons.

    Répondre
  12. Irène
    Irène dit :

    Commentaire d’un député socialiste, lu sur une liste de diffusion :

    "Nicolas Sarkozy devrait se souvenir de ce que Mitterrand disait d’Attali : « Il est le seul homme à avoir cent idées par jour. Mais je suis le seul à savoir quelle est la bonne ! »

    Répondre
  13. krysalia
    krysalia dit :

    j’ai bien ri à défaut d’en pleurer comme on dit… J’avais trouvé assez gonflée l’attitude du gars, j’entends par là de clamer à qui veut l’entendre que son projet doit se faire en bloc, si on refuse une seule proposition alors tout est fichu.
    Est-ce que ça n’est pas justement la caractéristique des très mauvais plans ça, de ne pas distinguer de plan B ?
    D’autre part, si réellement ses propositions doivent être faites en bloc, la défaillance de l’une d’entre elles entraînant l’inutilité des autres, pourquoi la france devrait-elle appliquer ce qu’il dit ? Cela fait trop de risques de fiasco.

    J’en tire deux conclusions :
    – Soit ce monsieur Attali est trop stupide pour avoir conçu un plan qui tienne debout même si on lui casse une patte 🙂
    – Soit il nous prend assez pour des courges pour essayer de nous faire avaler que son programme est à prendre ou à laisser, histoire qu’on l’accepte en bloc sans réfléchir.

    dans les deux cas, il n’y a pas vraiment de quoi être fier :-}

    ( C’est d’ailleurs exactement la réflexion que je m’étais faite au moment du traité régissant blablabla la constitution européenne. "Votez oui, sinon l’europe c’est fini à tout jamais, on a pas de plan B." Mouarf, on sait ce qu’il en est maintenant. Leur plan B est en route, c’est bien qu’ils nous prenaient pour des courges : cqfd :-D)

    Répondre
  14. F.A.Q.
    F.A.Q. dit :

    C’est amusant. Alors, ça serai le mode d’emploi de la Machine France. Et dedans, ça parle (il parait) de logiciels libres. Alors, comme une machine à besoin d’un logiciel pour fonctionner (le "système d’exploitation"), et que le logiciel actuel n’arrête pas "bugguer" (Micro$oft Window$ ?) … pourquoi on ne pourrait pas la faire fonctionner avec des logiciels libres ? … la Machine France.

    Répondre
  15. Non ou pseudo
    Non ou pseudo dit :

    L’adresse du site web était mauvaise. Désolé

    Merci Agnès d’exister et de nous le faire savoir.

    Une petite question.
    "Tirons la chasse et passons aux choses sérieuses, si vous le voulez bien!"
    C’est quoi les choses sérieuses?
    C’est le machin que l’on cherche désespérement avec mon fils. cf commentaire 52 chez swâmi
    http://petaramesh.org/post/2008/01/

    A bientôt.

    Répondre
  16. St-D
    St-D dit :

    >>> Soit 245 pageounettes à s’enfiler avec le sourire. <<<

    Magic Manip Démonstration
    Ouvrir Writer
    Ouvrir Pdf
    > edition > sélectionner tout > copier pdf 245 pages / coller writer …

    Pouf !
    … ….. 82 pages envolées.

     Les puristes patients 

    enlèveront les "retour à la ligne",
    et en justifiant à droite (humour de typographe),
    y’ a encore 50 pages à gratter.

    Une demi ramette de vide à l’exemplaire, c’est typiquement du suremballage.

    Répondre
  17. Nathalie
    Nathalie dit :

    Aaaaaaaah, quel bonheur de lire ta verve si croustillante, ma poule !
    Hier soir, il était trop tard, on a 3h de plus chez nous, hé …
    Le gars Attalli, m’est avis que son histoire de "c’est à prendre tout entier ou à laisser", c’est juste histoire de se couvrir au cas où (on sait jamais) quelqu’un décidait d’appliquer son plan, sachant qu’il est évidemment impossible de le faire à la lettre…
    Bref, rien de nouveau sous le soleil, des charlatans trés bien payés cherchent comme d’hab à justifier leurs croustillants émoluments en tentant de nous faire croire qu’ils ont bossé comme des dockers pour nous sauver la mise…
    Pffff…

    Tiens, hier soir j’ai regardé un reportage très très intéressant (sur Canal + je crois) sur l’ANPE et ses escroqueries patentées au gonflage de chiffre. Et, oui, la radiation de chômeurs donne de bonnes notes aux agences ANPE, et, oui, les agents n’hésitent pas à trafiquer les chiffres en trouvant de l’embauche bidon à des chômeurs fantômes, tout ça pour toucher leur prime de fin d’année (500€ pour un agent, 2000€ pour un cadre, 5000€ pour un directeur d’agence).
    L’ANPE se targue de trouver du boulot à + de 80% de ses demandeurs d’emploi, ce qui fera pleurer de rire (ou pleurer tout court) quiconque a déjà eu affaire à ses services. Etc…
    Oup, désolée, je m’emballe, mais là je suis complètement hors-sujet. (les chiffres bidons pour ceux que ça intéresse : http://www.anpe.fr/IMG/pdf/Les_chif
    la réaction de l’UNSA-ANPE : http://www.unsa-anpe.fr/unsaanpe/20… et le forum de l’émission : http://faitespasserlinfo.canal-plus…)

    Sorry, bisous, et ça y est, j’ai ma résa pour mars !

    A bientôt, donc !

    Répondre
  18. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Sur le côté tout, tout de suite du rapport, je n’ai même pas relevé, tant c’est une vieille tactique libérale. En gros, on met en branle la grosse machine à creuser les inégalités au profit des copains sous couvert de bonheur et de prospérité pour tous et quand il s’avère, au bout de chemin, qu’il s’agissait essentiellement de plumer la grosse masse des péquins pour gonfler les fouilles du petit club des copains, c’est toujours la même réponse : Mais c’est parce que vous n’êtes pas allés assez loin dans la réforme.
    Ainsi, plus on applique les antiennes libérales, plus elles montrent leur hideux visage inique et plus on nous dit que c’est parce que nous ne sommes pas allés assez loin dans cette mascarade. Et cela fait 30 ans que ça dure! La tromperie fondamentale consiste à faire croire que chacun, individuellement, peut profiter de ce système et que les perdants sont responsables de leur échec, alors qu’ils sont la source de la richesse des "gagnants". Ainsi, on glorifie les pilleurs et on cloue au pilori les victimes.

    Le culte de l’individu prôné par le libéralisme, c’est la manière très fine qu’a ce système de casser la conscience de classe qui dévoilerait tout de suite le sombre modèle de société que l’on nous vend sous papier de soie, alors que c’est cette même conscience de classe qui anime ceux qui envisagent froidement de tous nous déshabiller pour se payer une fourrure pour l’hiver.
    Je me souviens du slogan : nos emplettes sont nos emplois. En fait, on se retrouve avec votre chômage, c’est nos dividendes.

    Si tu veux résumer l’esprit du capitalisme libéral qui suinte de tous les pores du trucmuche d’Attali, il faut se souvenir (même imparfaitement) d’une anecdote qui date de l’époque où l’on parlait encore des Tigres d’Asie. L’ultralibéralisme appliqué à la poire à lavement sur les pays à forte croissance économique avait dopé les profits des grosses boites qui y étaient. Je me souviens (partiellement, hélas) de l’histoire d’une très grosse boîte, peut-être coréenne, qui avait fait d’énormes bénéfices, même après le passage des actionnaires. Le reliquat, encore confortable, était allé directement dans la fouille du grand patron, au grand dam des dizaines de milliers d’employés de la boîte dont le travail acharné et sans doute les gros sacrifices avaient directement produit ce beau résultat. Et là, le mec, assis sur sa montagne de dollar, s’étonnait de la colère des salariés et s’est justifié ainsi, en substance : s’il avait fallu partager ce bénéfice entre tous les salariés de l’entreprise, cela aurait à peine représenté 10$ par personne, ce qui n’aurait pas été significatif pour chacun d’entre eux, alors que cette somme ramenée aux principaux dirigeants, produit une différence significative du niveau de vie!

    C’est ainsi que le bouclier fiscal de 15 milliard d’euros (une paille, hein, la SG?) permet de redistribuer jusqu’à 270 000€ aux 1000 contribuables les plus aisés (ça fait une jolie petite bicoque pour un larbin standard, non?), ce qui est une somme significative pour chacun d’entre eux, alors que réparti sur 64 millions d’égoïstes, cela n’aurait fait que 234,375€ par personne et par an, un gros demi-RMI, à peine trois pleins d’essence…

    Répondre
  19. mc
    mc dit :

    A propos de "redistribution": il ne faut pas la mettre en place, il faut au contraire la faire cesser. Quand un salarié agricole, un ouvrier d’usine, une caissière d’hypermarché reçoit son salaire, la "redistribution" a déjà eu lieu.

    Sinon comment expliquer le niveau misérable de ce salaire par rapport aux masses de fric qui se balladent librement et parfois disparaissent d’un clic d’ordi?

    Répondre
  20. henri
    henri dit :

    C’est beau comme l’antique. Ca ce déguste à l’envie.C’est à consommer sans modération. C’est éblouissant de virtuosité. Que dire de plus sans tomber dans la plus basse flagornerie ? Ben je te fais un gros poutou amical…

    Répondre
  21. FRK
    FRK dit :

    Moi, j’espère que ce rapport va rester coincé dans la cuvette des wc, tel un énorme étron, malgré les tirages de chasse à répétition de la majorité !

    Et je trouve que celà commence bien. Ils sont tous remontés ( comme la déjection sus-mensionnée ) contre leur maître, chacun y allant de sa proposition contraire aux interets du lobby qui le soutient, arguant, sans rires, que ce n’est pas comme celà que fonctionne la république.
    Si j’ai bien compris, celà va couiner si les municipales ressemblent à une bérézina…

    Attali a fait un coup de maître ; mettre la zizanie en plein jour dans la majorité et juste avant des élections : Il est très fort !

    Répondre
  22. Anarchange
    Anarchange dit :

    Bravo! Magnifique article, des arguments, du style, de l’éloquence…
    Ca fait plaisir de lire une critique profonde du rapport "Attila".
    Espérons qu’il fasse plus de vent qu’il ne détruise de villages.

    Répondre
  23. lum
    lum dit :

    Très bon.

    Effectivement, même s’il y a des idées intéressantes dans ce rapport, qu’on peut examiner et faire évoluer, il y en a d’autres un peu ridicules.

    Mais surtout il ya deux trucs insupportables :
    -le ton présomptueux et dogmatique de celui qui a trouvé la vérité. Bientôt il nous demandera une messe…
    La politique c’est dépassé, ce rapport devra être mis en oeuvre quelle que soit la majorité, je décide, ils (les parlementaires, élus du peuple) exécutent…

    – à coté de bonnes idées parfois, une tonalité, un présuposé libéral ou économiste : l’aspect culturel ou social sont rarement évoqués, seul compte la croissance. Le principe de précaution ? inutile. La mort du commerce de proximité ? Et alors … La multiplication de l’automédication de supermarché ? Ben ouai… La disparition du département pour faire des économies ? c’est comme ça…

    Répondre
  24. speedy
    speedy dit :

    Desproges aurait dit : de deux choses l’une, soit Attali est un con et ça m’étonnerait un peu, soit ce n’est pas un con et ça m’étonnerait beaucoup !

    Répondre
  25. Tourista
    Tourista dit :

    Bravo !
    Pas besoin d’avoir fait l’ENA pour resituer les choses, au fond du couloir à droite.
    Je m’en vais de ce pas publiciter ce texte.

    ça fait plaisir, c’est pas tous les jours qu’on marre !

    Répondre
  26. espelon
    espelon dit :

    Tiens aujourd’hui sur France-Culture, "Sa Fatuité" était invité chez Colombani &co (la Rumeur du Monde …). Bien plus marrant à écouter après la lecture de ce billet. Bon, il lâche un peu du lest, il y a bien 2, 3 mesures que sa Majesté ne veut pas appliquer mais c’est pas grave (c’est plus tout ou rien apparemment). Surtout c’est point partisan, un bon moment aussi quand E. Le Boucher dit : "on est vite tous tombés d’accord alors que nous venions pourtant de milieux si différents, universitaires, économistes, journalistes, de l’entreprise …" (et Colombani rajoutant "même des banquiers"). Tu m’étonnes !

    Répondre
  27. areuh
    areuh dit :

    B’jour agnès,
    Que rajouter après ta parfaite démonstration …. donc je suis allé directement à la page 237, là où on cause concret, c-a-d le calendrier. Il commence par cette ambition =>
    1) Préparer la jeunesse à l’économie du savoir et de la prise de risque.

    Première décision à prendre : "… tout élève doit maîtriser avant la fin de la 6ème le français, la lecture, le calcul, le travail en groupe, l’anglais et l’informatique." (tout cela pour ses 11 ans).

    Mon fils qui va tenter le Bac cette année a 18 ans, et oui il a butiné, mais je ne me sens pas de l’abattre pour ça, non, on s’attache. Sept ans de retard par rapport aux futurs attali’s boy.
    Par contre je plains les gosses à qui cela serait appliqué.

    Maîtriser ds le dico = dominer, asservir (qqn), au sens figuré : connaître (qqch) à fond.
    Je dirai donc que attali ne maîtrise pas son sujet ni au propre, ni au figuré.

    Répondre

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