Sous-traitance et externalisation

… sont les deux mamelles de la gestion d’entreprise moderne. Et voilà que les États s’y mettent.

– "Nous devons nous recentrer sur notre cœur de métier!"
– "Il faut rationaliser les coûts!"

Ces phrases ne choquent personne. Elles rythment aujourd’hui le management opérationnel des entreprises. Elles signifient en fait deux choses :

  • Externalisation des métiers jugés "annexes" au sein de l’entreprise, généralement vers des sous-traitants.
  • Réduction des effectifs par le licenciement des personnes qui exerçaient les métiers périphériques.

Souvent, cette phase de dégraissage consiste à transférer les salariés de l’entreprise principale vers l’entreprise sous-traitante. Laquelle, souvent, n’a qu’un seul donneur d’ordre : l’entreprise principale. L’entreprise fille se retrouve clairement en position de filiale, pieds et poings liés devant les exigences de l’entreprise principale, mais n’en a pas le statut, ce qui est fort pratique à bien des égards.

Sous-traitance et sous-traitement.

On peut facilement concevoir qu’une entreprise spécialisée dans le conditionnement de foie gras n’a pas pour vocation d’entretenir à demeure un service informatique pour son parc et réseau interne, mais qu’elle a plutôt intérêt à faire appel à un prestataire spécialisé qui lui déléguera en fonction des besoins personnel, compétences et maintenance.
Mais l’appel aux sous-traitants peut aussi être une stratégie consistant à déléguer hors de l’entreprise principale le sale boulot.

Ainsi, Airbus, fleuron de l’industrie aéronautique européenne, vitrine du savoir-faire technologique français, se fait épingler sur ce genre de pratiques lors d’un reportage édifiant[1].
Chez Airbus, pas de fausses notes : une convention collective en béton, des salariés bien rémunérés, des mesures de sécurité drastiques. Le consortium n’a pas à rougir de sa politique salariale, il est exemplaire. Mais dans les coulisses, c’est une autre chanson. Airbus sous-traite. Énormément. Et pas seulement les activités à la périphérie de son cœur de métier! Airbus repose sur une myriade de sous-traitants. Il suffit de se rendre à la périphérie de Toulouse, autour du site principal de l’entreprise pour s’en rendre compte.

Ainsi, bien qu’il ait la technologie, les ouvriers spécialisés, les ateliers aménagés, les pratiques de sécurité, le géant préfère sous-traiter au maximum les opérations de peinture de ses avions. Et on le comprend. Pour résister aux conditions extrêmes rencontrées pendant les vols, les peintures pour avions sont truffées de produits hautement toxiques et reconnus comme cancérigènes. Peindre un avion dans de bonnes conditions de sécurité revient à faire une sortie en scaphandre dans l’espace!
Heureusement, les sous-traitants du pinceau sont là et leurs salariés sont loin d’avoir les niveaux de protection, d’information et de formation de ceux d’Airbus… pour les salaires, aussi, les coûts liés à la sécurité, on est loin des exigences d’Airbus au sein de ses ateliers. Ici, la sous-traitance n’est qu’une manière d’externaliser une activité à risque afin d’en réduire les coûts pour le donneur d’ordre, et ceci, au détriments de la santé, voire de la vie des salariés du sous-traitant.
Airbus livre les peintures toxiques et se lave les mains de se qui se passe ensuite.

On peut faire la même chose dans le domaine social : sous-traiter une activité gourmande en main d’œuvre et laisser l’entreprise prestataire se débrouiller pour comprimer les coûts salariaux au maximum, tout en gardant les mains propres au niveau de la maison mère qui a souvent une image de marque à défendre. L’Oréal, leader mondial de la cosmétique l’a bien compris et sous-traite massivement les opérations de flaconnage et embouteillage de ses produits. Les économies se font sur le dos des intérimaires, dernier maillon faible d’une logique de déresponsabilisation globale.

Pas vu, pas pris!

Déléguer le sale boulot aux autres, voilà toute une philosophie que les services secrets américains ont repris à leur compte.

Déjà, l’armée US a bien compris qu’envoyer les boys américains se faire dézinguer sur des terres lointaines ne la rend pas très populaire dans les foyers américains et est en train de travailler à la privatisation de la guerre en Irak. Ce sont d’ailleurs ces sous-traitants du flingue et de la torgnole qui ont porté le chapeau lors de l’affaire d’Abou Ghraïb. De la même manière, ce sont des entreprises privées qui assurent le gros de la logistique des troupes américaines, s’assurant ainsi des profits colossaux et défendant leurs intérêts particuliers à travers le bras régalien de l’État[2]

Alors quelles limites à l’externalisation-délocalisation des sales pratiques? Aucune!

La dernière trouvaille de la démocratie la plus auto-proclamée du monde, c’est d’exporter… la torture!
Il est vrai qu’il est difficile de se prétendre le modèle de la démocratie mondiale tout en foulant aux pieds ses principes fondamentaux. La guerre qui ne dit pas son nom en Irak, Guantanamo et ses violations à répétition des droits de l’homme les plus élémentaires, Abou Ghraïb… la guéguerre contre le terrorisme, ça se paie en terme d’image de marque et il est toujours désagréable d’être marqué à la culotte par la LDH et Amnesty International.
Alors, la CIA a décidé de sous-traiter la torture aux spécialistes mondiaux de la chose.

On vit décidément une époque formidable!

Notes

[1] Magazine complément d’enquête du 14 février sur France 2, reportage : Les salaires de la peur!

[2] L’exemple le plus connu est celui d’Halliburton en Irak, mais il peut être édifiant de s’intéresser aux activités de ses filiales dans d’autres pays.

10 réponses
  1. ma dalton
    ma dalton dit :

    eh oui, la sous-traitance, je vois ça tous les jours, j’en ai vécu, je connais plein de monde qui en vit. C’est vrai que c’est pratique, confortable, que ça permet aux entreprises de ne pas se prendre la tête avec les postes à risques ou simplement les emplois saisonniers, pas de charges sociales, pas d’obligations, rien. Il y a ce qu’on appelle le "salariat déguisé" : c’est le fait de sous-traiter certaines tâches à des "indépendants", inscrits à la Chambre des Métiers ou du Commerce, payant eux-mêmes leurs charges, URSSAF etc, sans contreparties sociales telles que congés payés, congés maladie ou maternité, ni droit aux Assedic ni aux indemnités de licenciement en cas de perte de boulot. Pratique, pas cher, souple, et avide de travail, le travailleur indépendant ne rechigne pas à la tâche, n’est jamais syndiqué, ne revendique rien, et ne refuse jamais un boulot.

    Répondre
  2. jdor
    jdor dit :

    La sous traitance de la torture ! Il fallait y penser ! Il faut bien toute la perversité du régime américain actuel pour atteindre ce sommet de l’hypocrisie et de la criminalité d’Etat !

    Et si, par nos votes au prochain référendum, nous accordons le "oui" aux ultralibéraux européens soutenus par les fous de Washington, nos dirigeants, à toutes les échelles de décision, s’aligneront sur la perversité américaine…

    Cela vaut la peine de réfléchir sérieusement avant de déposer notre décision dans l’urne…

    Répondre
  3. Droop
    Droop dit :

    La "filialisation" est aussi très en mode dans les services… publics ! Une manière sans doutes de privatiser partiellement et discrètement des activités sans que personne ne dise rien ! Exemple : la Poste qui crée chronospost, TAT, et une compagnie aérienne, 100% privée, filiales à 100% de la poste, fallait l’inventer … Mais même la Police s’y met ! Qui gère les enlèvements par fourière de vos voitures, qui les stockent en attendant que vous veniez les chercher après vous être acquité joyeusement d’une belle prune ? Des entreprises privées ! Et, plus grave, qui fait la Police dans de nombreuses gares RER ? Des vigiles privés… Et qui va bientôt assurer le transfert des détenus entre prisons ? La Brink’s… C’est ça, le service privé !

    Répondre
  4. PAPYSTACHE
    PAPYSTACHE dit :
      Intérim / gargottes  spécialisé dans  l'utilisation des  compétences  -  Cherche serveuses  suffisament callypiges  pour détourner  l'attention des clients  de ce qu'il y a dans  leurs assiettes.
    Répondre
  5. k-tin
    k-tin dit :

    Ce que vous dites est faux !
    J’ai travaillé à airbus, les activités du pôle peinture sont réalisés à Toulouse par les employés d’Airbus !
    Quant aux salariés bien rémunérés, c’est également faux ! Les cadres sont en effets très bien rémunérés, mais les techniciens le sont beaucoup moins !
    De plus, les peintures sont en constante évolution pour les rendre moins lourdes et moins polluantes !
    Les salaires d’Airbus sont plus bas que ceux qu’offrent les sous-traitants !

    Bon courage pour les suites de vos commérages !

    Répondre
  6. frank
    frank dit :

    C’est incroyable se tout-pouvoir qu’on a donne ( surtout nos soit disant dirigeants, representants ) aux transnationales.
    Changeons ca – newropeans.fr – 7 juin 2009
    Ensemble pour une Europe citoyenne.

    Répondre
  7. pepe
    pepe dit :

    FAVIDEMA est une entreprise espagnole qui exerce ses activités depuis 1951.

    L’OREAL et FAVIDEMA c’est plus de 50 ans de collaboration : en tant que décorateur de l’ensemble des flacons de parfum, puis en tant que sous-traitant de produit cosmétique et parfum. Tout au long de ces années, une relation de confiance basée sur la proximité s’est établie entre les deux entreprises.

    Pendant ces 10 dernières années, l’ORÉAL a confié à FAVIDEMA un volume d’activités de plus de 2000 Keuros / ans. Les liens étroits que FAVIDEMA a su tisser au fil du temps avec l’ORÉAL, sa connaissance du marché, son savoir faire – alliés à sa compétitivité économique et à sa grande flexibilité – ont été des atouts majeurs qui expliquent le caractère privilégié de la relation entre les 2 entreprises. Plus de la moitié du personnel de FAVIDEMA travaillent aujourd’hui pour l’ORÉAL.

    FAVIDEMA a toujours été aux côtés de l’ORÉAL en faisant des efforts d’adaptation et en n’hésitant pas à engager des investissements (en machines et immobilier avec l’achat d’un site de production) pour pouvoir répondre à ses demandes. Le personnel de FAVIDEMA a fait preuve d’efforts et d’abnégation : travail le WE, la nuit, les jours fériés, report des congés annuels sans hésité à privilégier la flexibilité de ses horaires de travail afin d’aider l’ORÉAL.

    L’OREAL a décidé de fermer son site de production ALBESA (transfert presque terminé) et a annoncé qu’il mettrait fin à sa relation avec FAVIDEMA d’ici la fin de l’année 2009.

    FAVIDEMA a indiqué à l’ORÉAL qu’il considérait que ce départ était précipité, après 50 ans de loyaux services et surtout dans le contexte économique actuel. FAVIDEMA a demandé à l’ORÉAL de lui laisser au moins 2 ans d’activité afin de lui permettre de survivre à la crise, d’amortir ses investissements et de chercher de nouveaux partenaires.

    La réponse de l’ORÉAL a laissé sans voix les salariés de FAVIDEMA : « C’est une décision du groupe l’ORÉAL, nous aussi nous souffrons de la crise! Nous sommes désolé ».

    À la vue de cette réponse, FAVIDEMA ont essayé d’entrer en contact avec la direction de l’ORÉAL, en vain, et les salariés ont été contraints à manifester à plusieurs reprises à Madrid. L’ORÉAL a même mis fin au dialogue avec la direction de FAVIDEMA en guise de réponse aux manifestations. L’activité prévisionnelle quasi inexistante dés le mois d’octobre 2009 va entraîner de graves répercussions dans la gestion de l’entreprise.

    Si l’ORÉAL maintient son mutisme et ne renoue pas le dialogue avec FAVIDEMA l’entreprise sera contrainte de fermer, ce qui entraînera le licenciement de 116 personnes.

    La situation présente de grandes similitudes avec l’entreprise NEW FABRIS. Mais dans le cas de FAVIDEMA, on parle de 50 ans de relations avec l’ORÉAL et il est encore possible d’éviter un scénario beaucoup plus dramatique.

    Un déplacement sur Paris d’un groupe de salariés de FAVIDEMA est programmé en septembre 2009. FAVIDEMA montera à Paris : rue Martre (CLICHY) devant le siège de l’ORÉAL, au pied de la tour Eiffel, sur les Champs Elysées pour manifester son désespoir face aux licenciements qui s’annoncent et à l’inertie de l’ORÉAL qui prétend par ailleurs être un groupe ETHIQUE. Les salariés ont également prévus de siéger face aux usines du groupe l’ORÉAL dans le nord de la France le temps nécessaire : il y a une injustice, et un sentiment d’impuissance vis-à-vis du géant de la cosmétique qui pousse chacun des salariés à envisager des solutions extrêmes pour se faire entendre.

    Répondre
  8. externalisation
    externalisation dit :

    Vous venez l’externalisation d’une activité nécessitant des normes de sécurité mais dans l’entreprise sous traitante, elle est négligée. C’est tout à fait inhumain. Nous sommes une entreprise de sous traitance (mais pas dans l’industrie), mais les normes de sécurité sont exigés et vérifiés (en plus) par nos clients.

    Répondre

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *