Xavier Borsetta, le directeur RH d’Air France, évacué – © KENZO TRIBOUILLARD – AFP

C’est le moment très précis où les variables d’ajustement se rappellent au bon souvenir de la race des saigneurs. Où l’on se souvient que l’économie n’est pas l’accumulation de richesses indécentes en quelques sanctuaires bien protégés de la plèbe, mais bien le fluide des échanges entre tous les êtres humains.

 

Tout aurait pu leur arriver sous le coup de la colère, de l’indignation, des frustrations accumulées, mais finalement ils n’y laissent que leur chemise. Littéralement. Et l’implosion de cette croyance totalement déprimante et surfaite qui voulait que la finance n’ait pas de visage, pas de chair, pas de sang ; que la rationalité économique soit désincarnée et que le chômage, la pauvreté, les inégalités croissantes ne soient que des fatalités, pratiquement des forces de la nature qui s’imposent à nous, ma pauvre dame, que voulez-vous qu’on y fasse ? C’est comme ça, on ne peut rien y changer…

 

La main invisible se voit brutalement exposée à la vindicte populaire et elle en est profondément meurtrie et effrayée. La rationalité économique a la peau flasque et pâle sous ses costards à six ou neuf SMIC impeccablement taillés au plus près du gras.

Le roi est nu !

Et il craint à juste titre pour son règne.

 

Après l’annonce d’un plan de restructuration qui menacerait 2900 postes, des salariés d’Air France ont envahi lundi matin le siège du comité central d’Air France. Ils ont malmené les directeurs. Le directeur des ressources humaines, Xavier Broseta, torse nu, a été évacué d’urgence. La sécurité l’a passé par au-dessus d’une des clôtures. Il a littéralement dû fuir la salle de réunion. En passant, il s’est fait arracher chemise et lunettes. Pierre Plissonnier, directeur d’Air France a aussi été malmené.

Source : La colère des salariés d’Air France: le directeur RH en a perdu sa chemise (photos)