Battons la campagne tant que le fer dans la plaie est bien chaud.

Vite ditL’autre soir, je me suis rendue à une réunion publique de soutien au Front de Gauche au bled. Histoire de prendre la température et de passer les troupes en revue. Même s’il n’y avait que la petite cinquantaine d’habitués de toujours, forcément on se tenait plus au chaud dedans que dehors. Après, c’était tout de même très décourageant : toujours les mêmes cocos au pelage blanchi sous le harnais. La plupart retraités, les autres profs ou fonctionnaires de la territoriale. J’étais dans les cinq plus jeunes du lot. C’est dire si le renouvellement politique se fait attendre au cul des vaches.

Cela dit, tout n’était pas totalement décourageant, même si j’avais l’impression d’être prisonnière d’un mauvais remake d’Un jour sans fin. Il y avait par exemple ce gars, à peine un peu plus vieux que moi, qui a décidé de ne plus laisser relever son compteur. Ça a l’air de rien, dit comme ça. Mais cela fait six ans qu’il refuse qu’un sous-traitant payé au lance-pierre avec un statut de merde et des conditions de travail à peine dépoussiérées du Moyen-Âge fasse le relevé de sa consommation électrique en lieu et place d’un agent EDF dûment rémunéré.

  • C’est vachement courageux ce que tu fais.
  • Non, pas du tout, je paie une estimation de ma consommation, mais je refuse cette privatisation rampante, c’est tout.
  • Ah bon, ce ne sont plus des agents EDF qui viennent au compteur ?
  • Non, plus depuis six ans, suffit de leur parler pour le savoir.

Je crois bien qu’il y a des agents EDF retraités dans la salle. Bonne carrière. Bons salaires. Bonne retraite. Les suivants n’ont pas eu cette chance.
Le gars résiste, tout simplement, à son échelle, avec une belle constance.

Le débat repart sur l’estrade.

  • Nous devons nous mobiliser pour obtenir un maximum de voix au premier tour et pouvoir négocier des postes dans le gouvernement PS ensuite.

Les bras m’en tombent, façon Vénus de Milo. N’avoir rien appris des 30 dernières années de politique est totalement confondant. Les cocos (mais pas qu’eux) n’ont toujours pas compris comment ils avaient pu se retrouver relégués derrière le FN ou même les chasseurs, comment ils étaient passés de premier parti de gauche de France à appendice fossilisé même plus visible dans l’échelle politique. Pourtant, c’est simple : ils ont cru pouvoir changer la politique de l’intérieur et ont servi de caution morale à la politique capitaliste libérale à faux-nez social du PS. Celle-là même qui strangule les peuples d’Europe et nous précipite vers un merdier incommensurable.
Si je voulais encore du PS au pouvoir, je ne me serais pas claqué les arpions à ratisser la cambrousse l’année dernière, pas plus que je n’aurais perdu mon temps à beugler en cœur contre une politique injuste et profondément inégalitaire en battant le pavé du bled-en-chef pendant des semaines, pas plus que je ne serais venue ce soir, dans une salle des fêtes aux trois quarts déserte pour soutenir le parti sur lequel personne ne parie. Pour l’instant.

Parce que pour moi, l’enjeu politique est simple et limpide : ou on continue tout pareil en choisissant d’agrémenter la grande sodomie libérale avec du gravier (droite traditionnelle fascisante) ou de la vaseline (gauche traditionnelle en mode soumission à la Real Politik), ou alors, on change de braquet et on se décide pour un vrai projet de société. En gros, le choix est : libéral (le PS et tout ce que qui est à sa droite) ou antilibéral (le Front de Gauche).

Et voilà, tout de suite, j’entends les cris d’orfraie :

Mais non, tu ne peux pas dire que le PS et l’UMP, c’est pareil ! Ce qui compte, c’est de virer Sarkozy !

Et voilà : tout sauf Sarko !

À croire que la terre tout entière tourne autour de notre petit hexagone. D’ailleurs, c’est bien connu, la crise des subprimes, c’est la faute à Sarko, si les Grecs bouffent le noyau des olives, c’est la faute à Sarko, si les travailleurs allemands ont des jobs à 1€, c’est la faute à Sarko, si les Portugais vont perdre 4 jours de congés payés, c’est la faute à Sarko, si les Suédois sont invités à se défoncer au boulot jusqu’à 75 ans, c’est toujours et encore la faute à Sarko et si tout le continent européen est en train de suicider ses classes populaires à grands coups de rigueur dans la gueule pendant que les riches ne savent même plus comment dépenser les sommes incommensurables qu’ils ne cessent d’amasser (mais non, puisqu’on te dit que ça n’a rien à voir avec les vases communicants !), c’est bien sûr de la faute à Sarko !

Je le dis et le répète depuis le début, Sarko est un figurant comme les autres dans un gros jeu de bonneteau à l’échelle planétaire où nous sommes, nous, les peuples, en train de nous faire vider les poches. Comme les autres figurants placés de manière plus ou démocratique à la tête des différents États engagés dans la course au moins-disant (social, bien sûr), Sarko ne fait qu’appliquer une feuille de route décidée ailleurs, comme, par exemple, dans les couloirs de la commission européenne, de l’OCDE, du FMI ou de la Banque Mondiale, ONG illustres et influentes dont la principale caractéristique est d’être surpeuplées de gens élus par personne pour appliquer une politique qui ne vise qu’à améliorer le sort d’une toute petite minorité de gens sur cette planète : les super riches.

J’en tiens pour preuve que dans l’élection qui nous intéresse, celle, en gros, de notre comité de quartier, pas un candidat ne renonce au discours de la rigueur. Enfin, pas un, en dehors de monsieur Jean-Luc Mélenchon. Gauche, droite, centre, triple salto arrière ou doublure de veste apparente, c’est le concours à celui qui fera les plus belles économies pour satisfaire l’appétit sans fond du monstroïde velu de la rigueur, parce que rien n’est plus important que de lutter contre la dette. Rien. Dette héritée de la cupidité de quelques-uns et non d’une quelconque libéralité dans les dépenses, mais qui se soucie encore de ce petit détail têtu, en dehors du Front de Gauche ?
Quand bien même la rigueur appliquée dans toute son obscène inhumanité est en train de transformer au pas de charge la Grèce tout entière en pays du Tiers-Monde des années 80, quand bien même ses plus fidèles thuriféraires sont bien obligés d’admettre que la potion amère, loin de remonter le malade est en fait en train de l’achever (ce qui ne les empêchent pas, cependant, dès le lendemain, de prescrire une nouvelle saignée), il faut absolument intégrer le tour de vis suivant dans le programme du candidat-fantoche.

Voilà donc l’alternative.
Et pour verrouiller le dispositif, on nous ressort le coup du vote utile, à savoir qu’il faut absolument être un fin stratège du bulletin et donc, ne pas voter pour le projet dans lequel on croit (bon, faut bien avouer qu’il y a fort peu de projets politiques dans l’arène, d’où l’inflation actuelle des petites phrases et des polémiques de merde pour occuper le chaland, noircir le papier et faire semblant d’avoir une vision politique !), mais pour LE candidat d’un des deux partis de gouvernement. Et puis c’est tout. UMP ou PS, parce que seul l’un des deux a une chance de gagner. Et pourquoi ? Parce que tout le monde vote pour eux. Donc toi aussi.

Sauf que…
Si l’on en reste au projet politique, c’est à dire continuer avec les chantres de tous bords de la concurrence libre et non faussée (mais uniquement entre les travailleurs, c’est la partie de la proposition que tout le monde n’a manifestement pas encore bien intégrée) et foncer dans le mur en klaxonnant ou tenter notre chance dans un projet politique qui rejette totalement ce concept, alors, on se rend compte que la ligne de fracture est strictement identique à celle qui s’est dessinée autour du référendum pour le TCE.
Et vous savez quoi ?
C’était nous, les plus nombreux !

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