C’est la petite chaîne entre blogueurs qui marche à fond en ce moment. Là, c’est Phil qui m’a refilé le bébé et l’eau du bain.
Je me vengerai! Crénom!

Comment je suis devenue féministe

Je devais avoir dans les 9 ans et la maîtresse nous rendait les copies d’un devoir de calcul[1]. Elle les rendait toujours en commençant par les cancres et en terminant par le meilleur. En l’occurrence, c’était moi la dernière[2], et donc la première… Logique non?
Donc, elle me tend ma copie et déclare :

  • C’est très bien…

Ben oui, j’avais 10/10, on pouvait dire ça!

  • … surtout pour une fille!

Là, je l’ai juste pris comme un uppercut en pleine poire. Je ne comprenais même pas cette remarque. Pour une fille! je ne comprenais pas ce que cela avait à voir avec ce devoir. Je pense qu’en plus, la maîtresse voulait vraiment me faire un compliment, mais qu’elle avait elle-même intériorisé depuis toujours que les filles étaient moins douées en maths que les garçons. C’était sa cosmologie qu’elle m’envoyait en pleine poire. Je n’avais pas rendu un bon devoir de fille, mais le meilleur devoir de la classe, avec le premier des petits gars loin derrière. Cela n’avait rien à voir avec mon sexe.
Et c’est depuis ce jour-là que j’ai toujours très mal vécu le fait d’être interpellée ou classée selon mon genre, que Daniel Scheiderman se le tienne pour dit. Et pour la peine, il est le premier à se récupérer la chaîne! 🙂

Des tripes et des boyaux

Je suis née la tripe en folie. C’est comme cela, il faut vivre avec. Bébé, quand je faisais signe qu’il fallait que j’aille aux toilettes, c’était tout de suite ou trop tard… pour la moquette. J’en ai repeintes quelques-unes de manière fort intéressante dans mes jeunes années.
Ça a toujours été d’un manque de pratique fou. Crac, le bide qui se déchire en deux, le sang qui reflue de la tête et l’obligation de trouver des gogues à toute vitesse. J’ai fini aussi par remarquer que quand quelque chose me faisait chier, je passais rapidement du figuré au propre… si l’on peut dire.
Un médecin, qui ressemblait furieusement à José Bové, m’apprit un jour, après plus de 18 ans de souffrance, que j’avais une colopathie fonctionnelle. Faut pas croire, cela fait toujours du bien de nommer les choses. Mais j’ai continué à courir. Jusqu’à assez récemment. En fait la naissance de ma fille. Le moment où j’ai lâché du lest. Vécu à mon rythme. Et cessé de stresser tout le temps…
Pour son aptitude à parler de trucs cradingues avec le sourire, je passe le relai à mon pote Swâmi Petaramesh.

Mon plat préféré

En fait, j’en ai plein. Parce que j’aime bien manger. Même que je le porte sur moi. Mais on s’y fait. Et je préfère être ronde plutôt que de mal bouffer et d’être grinche toute la journée.
Ceci dit, dès que je le peux, je mange des coquilles Saint-Jacques. Pas le truc gratiné vendu en grandes surfaces. Non, la chair du coquillage, juste saisie à la poêle. Je trouve qu’il faut un bon cuistot pour bien réussir la cuisson.
Sinon, j’aime les fruits de mer et je vis dans une région où c’est la croix et la bannière pour en trouver. Et la cuisine asiatique. Surtout la japonaise et la coréenne. Mais bon, dans le bled, tu peux toujours te brosser : canard, poulet, canard!
Un sujet pour ma copine Nathalie qui devrait bientôt avoir fini son bouquin de cuisine[3]!

Comment je suis devenue mère

Certes, un peu comme tout le monde, les deux genoux rabattus derrière les oreilles, avec une sage-femme nazi qui faisait du trampoline sur mon énorme bide qui refusait de se vider. Totalement traumatique. Juste une fatigue intense et l’impression que j’allais y rester. Ce qui aurait sûrement été le cas il y un demi-siècle.
J’ai toujours pensé qu’il avait deux expériences totalement uniques au monde à vivre : porter et mettre au monde un enfant, et aller dans l’espace. On ne peut pas tout faire… J’aime l’apparente banalité de la naissance. Le côté blasé de ceux qui répètent les mêmes gestes jour après jour face au bouleversement total de la vie intime de ceux qui viennent de devenir parents.
On ne nait pas parent, on le devient. Et ce n’est pas forcément au moment où le gynéco coupe le cordon. Parce que l’instinct maternel est une vaste supercherie qui a plongé dans le désarroi le plus absolu toutes celles qui découvraient qu’elles ne l’avaient pas. Qu’elles lisent Boris Cyrulnik et le fassent lire aux culpabilisateurs de tous poils! Et elles comprendront qu’une relation parent-enfant, ça se construit, jour après jour, en tissant du lien. Je suis donc toujours en train de devenir mère…
Et je refile le bébé à M. Le Chieur, le bien nommé, qui a si bien raconté comment il est devenu père!

Comment je me suis mise à écrire

Fastoche! En devenant mère!
J’ai écrit pas mal étant jeune, puis j’ai arrêté. Portée par la vie. Parce que je n’en éprouvais pas le besoin. Ni l’envie.
Puis ma fille est arrivée et je me suis sentie investie d’une très lourde responsabilité. Pas seulement celle de l’éduquer et de la mener à l’âge adulte en pleine forme. Mais aussi envers la suite. Sa génération et les autres. Le monde dans lequel nous vivons me sort par les narines depuis longtemps, mais depuis qu’elle est là, je n’arrive plus à m’en accommoder. En devenant mère, j’ai hérité d’une conscience politique exacerbée. Et de la nécessité de partager la nécessaire déconstruction des évidences, des fausses certitudes.
J’ai commencé à écrire pour L’Écho du Village. A l’époque, ça tournait bien, on avait une bonne communauté de rédacteurs et Pierre-Emmanuel Müller m’a appris à travailler mon écriture : enlève du gras! Enlève du gras, si tu veux être lue!. Ensuite, je suis partie sur Altermonde avec mon ami Jean Dornac et nous avons eu une bonne période de débats féconds. Puis, mes opinions se sont affinées et j’ai préféré les soutenir sous ma propre ligne éditoriale : j’ai donc créé mon blog, non pas parce que c’était la mode, mais parce que c’était plus pratique que de monter un site de plus sous les aisselles!
Je sais que je ne change pas grand-chose en déblatérant ici, mais au moins, j’ai débloqué mon écriture et je la travaille avec une grande régularité. On verra bien ce que cela donnera au bout du compte!
Je refile la patate chaude à El Ryu, un autre décomplexé de l’écriture, en me disant que si ça vient de moi, il se sentira peut-être un peu obligé de se plier à l’exercice 😉

Comment j’ai toujours été une fumiste

C’est probablement le sentiment qui me caractérise le plus. Celui, quasi-permanent, d’avoir usurpé ma place.
Déjà, à l’école, quand je recevais les félicitations du prof, j’avais toujours l’impression que je l’avais arnaqué. Que je m’étais contentée de percer à jour ses attentes profondes et de les lui avoir servies à point. J’avais la sensation que je ne marchais qu’au bluff, que je me contentais toujours du minimum d’efforts et que tout mon talent se résumait à faire monter la mayo pour obtenir le maximum d’effet.
J’ai eu l’impression d’avoir volé mon BAC, même si je l’ai eu assez salement, au repêche, à un point du recalage définitif. Là, pour le coup, je n’avais tellement rien foutu que cela avait fini par se voir! 5 en maths, 6 en physique, coef 5!!! Et ils me l’ont filé quand même! Quelle honte!

Le top du top, c’est quand je suis rentrée à la Sorbonne. La putain de fac à la réputation internationale. Là aussi, j’ai eu la sensation d’être une touriste. Je partageais des super notes avec mon ami Etienne[4] et j’avais l’impression d’être en plein hold-up.
Un jour, alors que nous rentrions chez nous en bus, Étienne me balance : Putain, j’en ai marre d’être un fumiste! C’était comme une révélation. Mon binôme ressentait strictement la même chose que moi, mais il avait trouvé le mot pour en parler. L’absolue conviction de n’être jamais à sa place, un magnifique complexe d’infériorité qui nous ronge depuis des années. La certitude de ne jamais mériter le meilleur, seulement le plus merdique.

La conviction de ma propre fumisterie ne m’a jamais quittée, mais je fais avec. Des fois, c’est un peu lourd, comme quand je reçois des témoignages de sympathie, ici, ou des compliments. Que j’écris bien, que ce blog est super-machin-chouette-trucmuche. Je me fais un peu violence pour ne pas me lyncher à coup de figues molles et je dis merci!
Ça sert aussi à ça la maturité, à apprendre à faire la paix avec soi-même, à se dire que de savoir si je suis une fumiste ou non n’a pas grande importance.

Évidemment, question fumisterie, je devrais passer la main au roi de tous, mais je vais me rabattre sur son affectueux Rantanplan!

Notes

[1] quand on est petit, on dit calcul, c’est ensuite que cela devient des maths

[2] Ben oui, j’ai longtemps été une première de la classe!

[3] C’est d’ailleurs sûrement pour ça qu’elle ne fout plus rien avec son blog

[4] Oui, celui qui est déjà à l’origine du nom de ce blog, voir le premier billet! C’est donc un sorbonnard, comme moi!