Un bien joli nom pour une compagne fidèle de l’humanité. Car il ne faut pas oublier que c’est nous qui vivons chez les virus et les bactéries, pas l’inverse.

Les rois de la planète Terre, l’espèce dominante, ce n’est bien sûr pas l’homme, mais bien les micro-organismes auxquels le reste du vivant a du s’adapter pour survivre. Ils sont partout, dans l’air que nous respirons, sur notre peau, et certains même vivent de manière symbiotique avec nous, comme la fameuse flore intestinale, colonie bactérienne qui a à coeur de finir de dégrader les nutriments que nous ne pouvons assimiler.

Une longue cohabitation

Cette co-adaptation multi-millénaire, puisqu’elle remonte à l’aube de la vie sur Terre nous a permis de prospérer sur notre planète et constitue, comme le rappelle La Guerre des Mondes, la meilleure des barrières naturelles, puisque tout organisme exobiologique est condamné à brève échéance, car non immunisé contre notre environnement viral et bactérien. Mais cette cohabitation quasi-pacifique a un prix, celui d’ajustements douloureux aux mutations de nos hôtes. Car la vie, ce n’est pas la stase, c’est l’évolution permanente. Donc régulièrement, nous nous retrouvons face à une version un peu plus agressive d’un virus ou d’une bactérie connus. Pour l’influenza, il semblerait qu’elle ait des cycles de virulence irréguliers mais récurrents. Une souche un peu plus trappue que les autres fait alors le tour de la planète et remet les compteurs de l’immunité à zéro. Beaucoup de gens ont en mémoire l’épisode de la Grippe Espagnole, qui toucha la moitié de l’humanité et fit entre 20 et 40 millions de victimes au lendemain de la Première Guerre Mondiale. Mais il y eu aussi d’autres épisodes pandémiques virulents dans les années 50-60, dates auxquelles on signale la première apparition de la souche H5N1.

On peut toujours se dire que depuis cette époque la médecine a progressé à pas de géant. Il est vrai que la diffusion des antibiotiques a permis de gagner quelques manches contre les infections bactériennes. Mais comme je l’ai déjà dit, le vivant, c’est le mouvement, aussi l’augmentation des souches bactériennes résistantes à un nombre croissant d’antibiotiques annonce quelques revers futurs pour l’humanité.
Pour ce qui est des virus, nous avons certes quelques antiviraux et la grippe de Hong Kong de 68 nous a permis de faire de gros progrès sur la mise au point de vaccins, mais disons-le tout net, nous restons très vulnérables face aux risques pandémiques, pour deux raisons principales : le temps de mise au point d’un vaccin efficace par rapport à la vitesse de propagation virale et notre mode de vie.

Au royaume des virus…

l’humain est le serviteur le plus zélé. Notre mode de vie qui tend à rassembler de fortes concentrations de population humaine sur les mégapoles et à développer des moyens de transport collectifs à large champ d’action est du pain béni pour les virus. Un virus, comme la plupart des organismes vivants, doit se reproduire. Or, il ne peut le faire qu’en colonisant un autre organisme et en forçant les cellules de celui-ci à produire d’autres exemplaires de lui-même, en lieu et place de leur programme initial. Il s’agit là d’une double contrainte : infecter suffisament d’organismes pour assurer la survie de la souche, ce qui signifie de ne pas tuer trop vite l’hôte, sous peine de ne pouvoir se répandre. Il y a encore un siècle ou deux, un virus d’humain ne devait pas être trop pressé. Il lui fallait se déplacer au rythme de la marche à pied de son vecteur et au mieux à la vitesse d’un cheval. Les populations étaient peu denses et très dispersées. Pour aller d’un bled à l’autre, mieux valait avoir une longue période d’incubation.
Maintenant, c’est le bonheur : une journée peut suffire à aller d’un bout à l’autre de la planète, et l’hyper-densité permet de faire un carton à chaque sortie. Un seul éternuement dans un métro bondé et c’est 100 ou 200 porteurs potentiels d’un coup. Je pense que les virus adorent notre civilisation.
Quoi qu’il en soit, la grippe aviaire actuelle n’est qu’en phase d’épizootie, c’est à dire qu’elle se répand prioritairement via les animaux. Elle semble très virulente, c’est à dire qu’elle a tendance à tuer assez rapidement son hôte, qui, heureusement pour elle, est un oiseau, ce qui permet de parcourir une distance honorable avant que l’hôte ne décède. Pour l’instant, les passages de l’oiseau à l’homme sont très marginaux, cependant, plus le virus se répand dans la population aviaire, plus les risques de contamination humaine augmentent et plus les probabilités que le virus mute vers une forme humaine se précisent. D’où le principe de précaution, qui consiste à limiter au maximum l’épizootie, pour casser la chaîne des contaminations avant le passage à l’homme.

Car même si nous avons quelques antiviraux à disposition, même si nous savons fabriquer un vaccin à partir de la future souche humaine, il ne faut pas se leurrer, si la barrière spécifique tombe, nous allons quand même morfler. Parce que les antiviraux ne peuvent qu’atténuer les symptômes de la grippe et limiter les risques de complications (qui sont souvent morbides) et qu’entre la découverte de la potentielle souche humaine et la mise sur le marché de doses vaccinales en quantité suffisante, il va se passer dans les… 6 mois. Autant dire que nous paierons de toute manière le tribu adaptatif. Nous tentons juste de négocier une remise.

Si certaines limitations sur les brevets pharmaceutiques tombent, nous pourront probablement produire plus de vaccins, plus vite et moins cher. Mais je ne pense pas que la santé publique générale puisse prendre le pas sur les intérêts économiques particuliers. Il n’y a qu’à voir la gestion d’autres épidémies, comme la Chikungunya, identifiée en 1953 mais sur laquelle aucune recherche n’a été conduite, car touchant des populations non solvables. Et malgré son retour à la Réunion il y a près d’un an, tout le monde s’est plus ou moins rejeté la charge du financement d’une campagne de démoustication précoce… avec les conséquences que l’on connait. De la même manière, la maladie qui tue le plus dans le monde, c’est le palu. Pourtant, on sait prévenir et soigner… mais pas les populations qui ne paient pas. Comme pour le SIDA et toutes les autres calamités modernes.

Car ce qui compte, ne vous y trompez pas, c’est la préservation des intérêts économiques supérieurs!

Nous ne produiront pas assez d’antiviraux tant que les labos qui possèdent le brevet ne céderont pas des concessions aux labos spécialisés en produits génériques et qui sont, eux, prêts à produire en très grandes quantités et à moindre coût.
Nous ne limiterons pas la propagation du virus aviaire tant que les pouvoirs publics penseront plus aux intérêts de la filière avicole qu’à l’aspect sanitaire général. Dans mon bled, volailles et palmipèdes coulent des jours heureux à gambader dehors, parce que leurs éleveurs sont plus préoccupés par leur bilan comptable que par l’éventualité floue d’une pandémie dont ils ne discernent pas les tenants et aboutissants. Il n’y a que depuis quelques jours que les mentalités bougent un peu et que les aviculteurs, bien qu’ils diposent toujours d’une dérogation de sortie des volailles (si, si…) commencent à rentrer les animaux pendant que les gendarmeries, les mairies et les services vétérinaires se mettent enfin à contrôler les élevages déclarés et à tenter de comptabiliser les poulaillers de particuliers. Que de temps perdu!

Mangez du poulet!

Surtout, maintenir les ventes!
Confinons les volailles. Mais comment expliquer la contamination d’un élevage pourtant théoriquement déjà confiné?
Il n’y a pas de risque de contamination par ingestion. Mais quid du chat mort après avoir boulotter du volatile infecté?
S’il n’y avait déjà eu les précédents du nuage de Tchernobyl[1], de la crise de la vache folle[2], du sang contaminé[3] ou de l’amiante[4], je n’aurais pas de raison particulière de ne pas croire le discours officiel…

Sauf que j’ai la sensation persistante que comme d’habitude, la crise est gérée en fonction des intérêts économiques et non de faits scientifiques.
Mais c’est sûrement parce que je suis une grosse parano…

Notes

[1] Mangez des légumes, le nuage a fait le tour de nos frontières

[2] Bouffez du bœuf, tout va bien

[3] Puisqu’on vous a dit qu’on a tout bien chauffé

[4] Mais non, vous n’avez rien, juste un mauvais rhume