On a gagné! disent certains. Effectivement, après des mois de débats citoyens, près de 70% des citoyens se sont rendus aux urnes et 55% d’entre eux ont rejeté le TCE. En ce sens, c’est une victoire de la démocratie.
Mais déjà, dans les appareils politiques, la contre-offensive se prépare, pour récupérer le vote citoyen et alimenter la machine propagandaire.

La République des sondages a tranché : nous avons voté en pensant à notre petit confort personnel, pas en répondant à la question posée : celle d’un modèle de société que l’on nous impose depuis des années et qui est caractérisé par l’appropriation par une petite caste des richesses produites au détriment de tout le reste de la population, et plus particulièrement la classe laborieuse.

Hier soir, comme au soir des régionales, l’air marri, les responsables politiques nous ont assuré avoir bien compris le message, nous avoir entendus. Puis assez rapidement, le petit jeu de recomposition politique se fait, chacun y va de sa petite phrase, de sa petite analyse dont l’objectif principal est de minorer la portée réelle du vote.

Recyclage de la catastrophe annoncée

Comme on s’en doutait un peu, le monde ne s’est pas arrêté de tourner parce que nous avons rejeté le TCE en l’état. Même le petit monde politique est déjà en voie de recomposition. Comme le fait si bien remarquer Patrick Mignard, le jeu politique a la capacité de recycler ce genre de chose à son avantage… c’est à dire contre nous. Certains parlent déjà de la nécessité d’accélérer encore les réformes, entendez par là un renforcement de la politique de déconstruction sociale que la plupart des peuples européens subissent depuis plusieurs années avec ou sans leur assentiment. Il faut bien comprendre que les hommes politiques n’ont plus besoin de nous jusqu’en 2007, et que leur feuille de route libérale doit être bouclée coûte que coûte. Comme le dit le très démocrate Renaud Donnedieu de Vabres : «ça va cogner».
Nos gouvernants savent qu’ils ont un boulevard de 2 ans pour continuer le démontage des entraves législatives et sociales à l’avancée triomphante du libéralisme heureux. De la même manière, nul Mea Culpa à attendre des médias de masse dont la partialité n’est plus à démontrer : les rédactions des différents journaux et télévisions doivent déjà plancher sur la manière de rendre l’impact de leur propagande plus efficace. Car les uns comme les autres doivent finalement répondre de leurs résultats non devant le peuple qui les élit ou les regarde ou les lit, mais bien devant les groupes financiers qui les possèdent et les nourrissent.

Les maîtres du monde

Certes, nous pouvons nous réjouir de notre victoire démocratique, de notre capacité à élever le débat malgré la partialité des médias traditionnels qui n’ont eu de cesse de nous caricaturer et de dénaturer nos propos, de nous assimiler à l’extrême droite réactionnaire, à un mouvement de mauvaise humeur. Cependant, du point de vue des véritables décideurs de cette planète, la démocratie n’est qu’un épiphénomène amusant, parfois agaçant, mais qui ne doit en rien remettre en cause la bonne marche des affaires.

Le pire ennemi du profit, c’est le plein emploi

François Chevalier, stratégiste chez VP Finances.

Car voilà tout ce que nous sommes du point de vue de ceux qui devisent dans les hautes sphères de la finance, c’est à dire les places du véritable pouvoir : des variables d’ajustement.
Selon toute vraisemblance, sur le fond de la politique actuelle, rien ne va changer!

Autant dire que la fête doit être courte, car la lutte pour une autre société ne fait que commencer.