Il y a deux attitudes possibles face à l’économie en général : se résigner à n’y rien comprendre et subir aveuglément les politiques économiques ou s’atteler à la difficile tâche d’apprendre les bases de l’économie et se libérer des discours trompeurs.

Quand j’étais gosse, mon sens de la justice était régulièrement égratigné par les rencontres fortuites avec des personnes visiblement écrasées par la pauvreté. Je lisais Zola, Hugo, Malot et le fossé infranchissable entre les très riches et les très pauvres me semblait être le summum de l’injustice et de la médiocrité humaine. Je pensais qu’il y avait des pauvres surtout parce que cela faisait les affaires des plus riches, que c’était même à la masse des démunis que les riches devaient leur fortune.

Heureusement, je suis allée ensuite au collège et au lycée, où j’ai appris que l’économie est une science, un ensemble de savoirs complexes et difficiles d’accès, des mécanismes quasi ésotériques, mais, attention, d’une rationalité parfaite, d’une perfection, d’une beauté inaccessible à la béotienne que j’étais. Qu’on se le dise, hormis quelques notions renforçant notre dépendance intellectuelle, l’économie est une affaire d’experts!

En fac, j’ai eu la possibilité de prendre une option d’économie générale. L’étude du budget de l’État et de la monnaie s’est traduite par cette continuelle impression d’être face à un complot cabalistique. Comme beaucoup de mes contemporains, la tentation était forte de laisser tomber et de m’en remettre à ceux qui savent.

Et mes pauvres dans tout ça?

Si l’économie est une belle machine parfaite, conduite par des experts et réalisée par des agents parfaitement rationnels et informés, est-il naturel que le système sécrète sans cesse ses pauvres? A savoir ceux qui manifestement ne sont pas dans le système mais le subissent? Comment cette science si merveilleuse ne peut répondre à cette question pourtant simple et évidente qui est de permettre à chacun d’accéder à une vie digne et intéressante?
De deux choses l’une : soit les modèles économiques sont parfaits et bien appliqués, et dans ce cas, la pauvreté est une nécessité pour que le système fonctionne correctement[1], soit on se fout dans notre poire depuis un bon moment, et rien n’est pur et parfait, comme la concurrence de mes deux et ce sont les vices des modèles économiques qui génèrent la masse des indigents.
Dans un sens comme dans l’autre, nous avons toujours une masse de pauvres plus ou moins importante ce qui laisse penser que l’éradication de pauvreté n’a probablement jamais été un objectif prioritaire des penseurs de l’économie moderne.

L’économie pour les nuls!

S’affranchir de la dictature de la pensée économique consiste en premier à s’approprier ses savoirs.
J’ai commencé bêtement, il y a quelques années, par m’acheter un petit bottin de l’économie totalement imbitable, un truc à déclarer forfait! Avez-vous d’ailleurs remarqué à quel point les bouquins d’économie sont généralement fait de telle sorte qu’ils soient rébarbatifs et inaccessibles au commun des mortels?

  • S’approprier les savoirs essentiels! Pourquoi subir un pensum indigeste quand 125 pages bien aérées, agrémentées de petits dessins humoristiques permettent de s’approprier les notions de base de l’économie, en commençant par : "L’économie n’est pas une science exacte, c’est une science sociale"!. Pour 7 malheureux petits euros, vous pouvez vous procurer le ‘Manuel d’économie à l’usage de celles et ceux qui n’y comprennent rien’[2].
  • Cesser de croire que l’économie est couleur rose saumon[3] ou la propriété exclusive des Echos ou de La Tribune des Fossés, et s’abonner urgemment à Alternatives Economiques, le mensuel qui parle de l’économie autrement, sans nous prendre pour des insuffisants neurologiques.
  • Et surtout, se procurer le dernier numéro de L’Économie politique[4] des mêmes empêcheurs d’intoxiquer les esprits en rond, qui propose un plan de lutte contre la pauvreté en trois mesures. On découvre qu’il ne s’agit pas de dégager des moyens colossaux ou de se lancer dans les 12 travaux d’Hercule, ou de déshabiller Pierre-Xavier et Charles-Edouard pour rhabiller Maurice, mais plutôt repenser notre politique familiale et sociale dans l’objectif prioritaire d’éradiquer la pauvreté, et particulièrement celle, ignoble, de ceux qui travaillent!

Dans un pays aussi riche que le notre, est-il encore acceptable que près de 7 millions de personnes soient pauvres[5], dont une majorité de personnes qui travaillent?
Et que penser quand on apprend de la plume de Denis Clerc[6] que le redéploiement des ressources sociales dans le but de sortir tout le monde de la pauvreté ne coûterait que 13 Milliards d’euros supplémentaires… à comparer avec les 15 milliards offerts aux ménages les plus riches lors de la dernière réduction de l’impôt du le revenu?

Alors, pour ne plus ne plus subir ceux qui savent pour nous, approprions-nous l’économie sans tarder!


L’ignorance, c’est la mort ; le savoir, c’est la vie.

Proverbe persan

Le développement de l’économie réelle n’a rien à voir avec la science économique. Bien qu’on les enseigne comme s’il s’agissait de mathématiques, les théories économiques n’ont jamais eu la moindre utilité pratique.

Karl Popper

L’économie est très utile pour fournir un travail aux économistes.

Anonyme

L’économie c’est la science du sordide, non de la pureté.

Alfred Sauvy

Notes

[1] on omet juste d’en informer les principaux intéressés : on a besoin que vous soyez tel ou tel nombre à crever la bouche ouverte pour que nous puissions nous en en mettre plein les fouilles!

[2] De Patrick Mignard, qui désacralise l’économie tous les jours auprès de ses étudiants de l’IUT de Toulouse. Commander directement auprès des éditions de l’A.A.E.L, 8 rue de Bagnolet, 31100 Toulouse ou envoyer un mail pour plus d’informations : bureau.i34@wanadoo.fr.

[3] Les fameuses pages éco de Figaro, pour les récalcitrants!

[4] L’économie politique n°26 : La France des travailleurs pauvres, trimestriel, avril 2005

[5] pour info, le seuil de pauvreté est à 650 € net/mois par personne, ce qui représente plus que ce que l’on peut espérer dégager d’un mi-temps payé au SMIC – 980€ net/mois

[6] Fondateur d’Alternatives Economiques