Le lendemain de Noël, un très fort séisme au large de Sumatra déclenche une série de raz-de-marée meurtriers en Asie.
Il s’agit d’une catastrophe majeure dont le traitement médiatique laisse songeur ou rageur…

Tout commence probablement la veille de Noël où l’information est plutôt discrète: la terre a très fortement tremblé en Tasmanie, avec une magnitude de 8,2. Bien sûr, ce séisme violent n’a pas fait de victime, mais annonce des épisodes géologiques musclés dans la région, comme la tectonique des plaques nous l’enseigne.

Carte des plaques lithosphériques

Le 26 décembre au matin, c’est donc au large de Sumatra qu’un terrible séisme de 9 degrés sur l’échelle ouverte de Richter secoue les fonds marins.
Les conséquences ne se font pas attendre, et un tsunami déferle sur les côtes asiatiques, tuant des dizaines de milliers de personnes.

Catastrophe humanitaire et maltraitement journalistique

Les catastrophes de cette ampleur sont heureusement fort rares, mais celle-ci s’étend sur des milliers de kilomètres, a dévasté les zones côtières de plusieurs pays d’Asie. Alors, comme beaucoup d’entre vous, hier soir, j’ai voulu en savoir plus et me suis branchée sur le journal du soir du France 2, dérogeant à mes habitudes.
C’est sûrement parce que je suis arrivée en cours de route que j’ai été stupéfaite par le traitement apporté à cette information. La présentatrice annonçait que le gouvernement du Sri Lanka, affreusement touché par la succession de raz-de-marée, demandait aux touristes de reporter leur voyage d’agrément… Le Sri Lanka a perdu plus 5000 personnes, mais s’inquiète avant tout des gros touristes occidentaux!
En fait, au fur et à mesure que j’écoute, je suis effondrée par ce que j’entend. On déplore la destruction de La Plage où se baignait Léonardo Di Caprio pour le film homonyme. On tente de connaître le bilan des touristes morts. on compte les villages de vacances dévastés! Il y a une cellule de crise au Quai d’Orsay, pour retrouver les proches en vacances[1]. Rendez-vous compte! Les hôtels de luxe sont touchés! Des touristes ont du courrir pour sauver leur vie! Rendez-vous compte! Il s’agit là d’une terrible catastrophe touristique!
Je reste devant mon écran, en me disant qu’on va sûrement mettre en place une cellule d’urgence, une aide exceptionnelle, qu’un numéro vert ou un CCP vont s’afficher, parce qu’il y a des centaines de milliers de gens qui, en ce lendemain de Noël, fête chrétienne du partage et de l’espérance, des centaines de milliers de gens, donc, qui ont tout perdu! Je me dis que devant tant d’adversité qui frappe toujours les plus démunis d’entre nous, un formidable élan de solidarité va se mettre en place.
Les numéros de téléphone arrivent enfin : il s’agit de ceux des principaux Tours-Opérateurs présents dans la région. Parce que ce qui compte, ce n’est pas la tragédie qui frappe les habitants de ces régions du monde, ce ne sont pas les épidémies qui guettent toujours dans le sillage des grandes catastrophes, non, ce qui compte, c’est le sort des bons gros touristes bien gras et bien blancs qui sont allés goûter sous des cieux plus cléments un repos bien mérité. Ce qui compte, c’est de ne pas perdre de réservations de vacances pour paradis terrestres naufragés.

Où sont les hommes?

Je me pose alors une question fondamentale : qu’est-ce qui détermine la hiérarchie de l’information? L’idée que les journalistes se font de nous et de nos centres d’intérêts (en l’occurrence le petit périmètre qui entoure notre nombril)? Ce que les journalistes considèrent eux-même comme important? Ce que ceux qui possèdent les principaux médias considèrent comme réellement important[2]? Ou est-ce que ce petit monde ne fait que nous servir la gamelle que nous réclamons? Comment pouvons-nous accepter un tel niveau de médiocrité humaine?

Qui sommes-nous pour toujours nous placer au centre des évènements, y compris ceux qui frappent durement d’autres peuples? Comment pouvons-nous considérer que la catastrophe de Sumatra est avant tout touristique et non pas humanitaire? Comment pouvons nous ne pas voir la détresse des habitants de ces pays dévastés? Qui sont-ils pour nous? Des figurants? des éléments de décor qui n’ont d’utilité que pour notre bon plaisir?
Mais surtout, comment avons-nous pu nous laisser déshumaniser au point de trouver notre égoïsme normal? Quelle sorte de robots sommes-nous devenus? A qui avons-nous vendu nos tripes, notre cœur, nos sentiments?

Une succession de tsunamis a ravagé les côtes asiatiques, loin, si loin de chez nous. Et ce que ces raz-de-marée ont mis en évidence, c’est le désastre de notre civilisation matérialiste, c’est la médiocrité de nos petites vies égoïstes!

Notes

[1] je ne dis pas qu’il n’est pas normal que les gens puissent s’informer de la survie de leurs proches en vacances dans une zone sinistrée, je dis que cela ne peut constituer l’essentiel de l’information!

[2] Je vois bien un Dassault, un Lagardère ou un Seillières en train de se dire : "merde, avec ces conneries, mes actions FRAM, ACCOR et CLUB MED vont encore prendre le bouillon"!