Il est de bon ton de donner au Téléthon, mais peut-on vraiment s’acheter une bonne conscience à vil prix pour tout le reste de l’année?

Hier, sur le répondeur de Là-bas si j’y suis[1], j’ai entendu le message politiquement non correct d’un père d’enfant malade qui vilipendait le sacro-saint Téléthon. J’ai aimé la franchise de ce gars qui disait avec ses tripes ce que je pensais depuis longtemps.

Le Téléthon est une sale prise d’otages, un chantage aux sentiments

Qui peut oser dire qu’il ne faut pas donner pour les enfants malades, les enfants qui souffrent? Quel sorte d’égoïste faut-il être pour refuser de mettre la main à la poche?
Le gouvernement, tout simplement, qui n’a de cesse de geler/reporter les crédits à la recherche publique, celle qui assure le gros de la recherche fondamentale, coûteuse, sans résultats immédiats, mais sans laquelle la recherche appliquée est tout simplement en panne. Les labos privés ne sont en aucun cas des vecteurs d’innovation, car les perspectives de rentabilité à court terme limitent drastiquement le champs de leurs investigations à ce qui est markétinguement vendable. C’est ainsi que les géants de la pharmacie investissent massivement dans les médocs pour lutter contre l’obésité[2] et autres maladies de riches et font du palu une maladie quasi orpheline ou laissent le SIDA éradiquer les Africains non solvables[3].

Tout comme cet auditeur du Sud-Ouest, je m’indigne donc de cet appel à la sensiblerie alors que la substance même de la recherche scientifique est siphonnée par des considérations bassement comptables et à courte vue!
Ensuite, ce père de famille raconte comment s’est passée la scolarisation de son enfant de 5 ans, atteint d’une de ces maladies que le Téléthon se propose de soigner. Il raconte la rentrée des classes, jour de joie pour son gamin, il raconte les lettres indignées des parents des autres gosses qui demandent à la mairie le retrait de cet enfant différent, sous peine de changer d’école.

Et oui, la lutte contre la maladie et la souffrance des autres, ça ne se réduit pas à un petit chèque une fois l’an dans le grand déballage médiatique à la limite du pathos racoleur insoutenable, ce n’est pas une bonne conscience qu’on s’achète, c’est dans la vie de tous les jours, c’est de la tolérance, une petite part d’humanité et d’ouverture à l’autre…

Ce n’est donc pas la peine de donner au Téléthon, si le reste du temps vous lancez des pétitions pour que vos gamins ne rencontrent pas d’enfants différents à l’école et si vous soutenez les politiques qui saquent les crédits de la recherche!

Notes

[1] Émission de Daniel Mermet sur France inter

[2] Alors que rien ne pourra surclasser en terme de traitement une alimentation saine et équilibrée couplée avec un exercice modéré mais récurrent : l’hygiène de vie, quoi!

[3] Les labos pharmaceutiques n’ont pas d’objectifs de santé publique, seulement de rentabilité. C’est ainsi qu’un traitement très efficace et bon marché contre le cancer du sein n’a pas été commercialisé, car les markéteux avaient estimé que ce produit ne serait pas assez rentable (je n’ai plus la référence du documentaire TV qui présentait cette horreur pharmaco-économique). Voir aussi La vie n’a pas de prix sur les arbitrage financiers des petits boutiquiers de l’existence.