Quand tu es malade, mieux vaut un bon repas qu’aller à l’hôpital, disent les Chinois.

Le geste qui sauve

Thierry Crouzet a choisit de partager son livre sous licence Creative Commons tout comme Didier Pittet a offert sa formulation du gel au monde entier.

En octobre 2008, Guillaume Depardieu mourrait d’une infection nosocomiale, c’est à dire d’une bactérie résistante à tous les traitements, qui l’avait contaminé lors de l’un de ses nombreux séjours à l’hôpital. J’aimais beaucoup l’acteur et, comme nombre de mes concitoyens, j’ai pris conscience à ce moment-là que mes grands-parents avaient raison de se méfier des hôpitaux comme de la peste et du choléra réunis. Je me suis rendu compte aussi que les maladies nosocomiales sont de grandes démocrates sourdes et aveugles et qu’elles fauchent indifféremment les jeunes gens beaux, riches et célèbres tout comme les vieux croutons décatis. Mais en fait, même à ce moment-là, même après le battage de la fondation Guillaume-Depardieu, je n’avais toujours pas compris la réalité énorme et grotesque des maladies nosocomiales dans le monde.

Il est difficile d’obtenir des chiffres précis. La meilleure étude conduite à large échelle de l’incidence des maladies nosocomiales date de 2002, aux États-Unis (« Estimating Health Care-Associated Infections and Deaths in US Hospitals », Public Health Reports, mars-avril 2007). Les quatre principales causes d’infection (touchant le sang, l’urine, les poumons et les sites opératoires) représentent la moitié des infections constatées dans les hôpitaux (Zingg W, Huttner B, Sax H, Pittet D, « Assessing the burden of healthcare-associated infections through prevalence studies : what is the best method ? », Infection Control Hospital Epidemiology, 2014). En 2002, elles ont touché 1,7 million de patients Américains et tué 5,8 % d’entre eux. Selon une étude de l’OMS publiée au Lancet en janvier 2011 (Allegranzi B, Bagheri Nejad S, Comberscure C, Graafmans W, Attar H, Donaldson L, Pittet D, « Burden of endemic healthcare-associated infection in developing countries: systematic review and meta-analysis »), il faut au moins doubler ces taux d’infection et de mortalité hors des pays occidentaux. Quand on rapporte ces nombres à la population mondiale en 2013, les statistiques sont vertigineuses : chaque jour plus de 400 000 personnes sont infectées dans les hôpitaux et 46 000 meurent des suites de ces infections. En Occident, 9 % des décès sont imputables aux maladies nosocomiales, 34 % ailleurs dans le monde, soit 16 millions de personnes au total et par an. Elles sont de loin la première cause de mortalité humaine devant les cardiopathies et les accidents vasculaires qui tuent chaque année 13,2 millions de personnes. Dans les pays riches, avec 69 morts pour 100 000 habitants, elles se classent en seconde position devant les cancers du poumon et à égalité avec les maladies vasculaires. L’hygiène des mains est en train de réduire ces nombres de moitié.
via Le Geste qui sauve

Comment est-il possible que meurent tant de gens que l’on était censé soigner ?

On pense tout de suite à une certaine fatalité indépassable, au fait que les hôpitaux sont des lieux remplis de gens malades et qui ont donc nettement plus tendance que les autres à mourir bêtement. On se dit qu’avec notre haut degré de technicité, nous sommes déjà allés très loin dans notre aptitude à arracher des cas désespérés aux griffes d’une mort précoce et qu’il ne s’agit là que d’un lourd tribut qui dépasse notre ingéniosité actuelle.

Et puis, on tombe sur le livre de Thierry Crouzet.

« Évitez les hôpitaux autant que possible. […] La plupart des interventions ne sont pas vitales. […] Vous souffrez des genoux, perdez du poids. » Son raisonnement est imparable. L’acte médical n’est jamais aussi banal que les médecins le laissent entendre. « Ils s’empressent de célébrer une triple transplantation cœur-poumons, oubliant un peu vite que, quelques jours plus tard, le patient agonise à cause d’une vulgaire infection provoquée par un instrument mal stérilisé »
Via Le Geste qui sauve

Didier Pittet et Thierry Crouzet

Le professeur Didier Pittet et l’écrivain Thierry Crouzet

Thierry raconte à la manière d’un polar l’histoire d’un homme chargé de comprendre pourquoi tant de gens meurent là où ils devraient guérir et comment on pourrait faire pour améliorer la situation. Cet homme, c’est Didier Pittet de l’Hôpital Universitaire de Genève, un toubib, acharné comme un pitbull qui va tomber sur l’incroyable vérité : les patients meurent parce que les soignants ne se lavent pas correctement les mains.

Personnellement, depuis le travail de Florence Nightingale, je pensais que la question de l’hygiène dans les hôpitaux était une affaire réglée comme du papier à musique, que chaque soignant avait la procédure de nettoyage des mains tatouée au fer rouge sur l’avant-bras ou un truc comme cela. Qu’à la limite, on pouvait comprendre que ce soit plus difficile de se laver les mains dans un hôpital de brousse ou de guerre, sans eau courante… mais chez nous ? Dans les sociétés où la santé coute un bras et où des appareillages et des molécules toujours plus sophistiqués viennent améliorer chaque jour le pronostique vital de tant de gens ?

Mais voilà, comme partout, le diable se cache dans les détails et ici, le détail qui tue, c’est le temps mis à se laver entre chaque patient et le fait qu’avec la gestion en flux tendu du personnel, ce temps, on ne l’a plus vraiment.

Les chiffres de l’étude commencent à parler. Le manque de temps entraîne la mauvaise observance de l’hygiène des mains. Globalement, plus il y a d’occasions thérapeutiques de se laver les mains, comme aux urgences, moins on se les lave. Didier présente les résultats à ses infirmières. Elles sourient.
« On le savait.
— Comment ? Vous le saviez !
— Ben oui, quand on est stressées, quand on a trop de travail, on n’arrive pas à se laver les mains. »
Il reste stupéfait. Il a mis en place une étude épidémiologique rigoureuse pour aboutir à un résultat évident. Toutes les consignes expliquent qu’il faut aller au lavabo, tourner l’eau, se savonner les mains, les frotter, les rincer, les sécher… Personne ne s’est jamais demandé si c’est matériellement possible. « À tel point que tous les soignants affirment avec conviction qu’ils se lavent les mains dans 80 % des cas. Ils sont loin de la réalité. »
Début 1995, Didier se rend aux soins intensifs avec un chronomètre. Il découvre qu’une infirmière a, en moyenne et par heure, 22 occasions de se laver les mains. Pour bien le faire, il lui faut une à deux minutes. « Quand on multiplie par 22, c’est impossible. On ne peut pas se désinfecter les mains avec de l’eau et du savon. C’est trop long. »
Via Le Geste qui sauve

On a tout : les connaissances, les procédures, les techniques, la formation, tout… sauf le temps.

Et c’est là que l’épopée du docteur Pittet commence : puisqu’on n’a pas le temps de se laver correctement les mains, il faut les désinfecter autrement. Et autrement, c’est toute l’histoire du livre de Thierry Crouzet ou comment le travail de Didier Pittet a probablement déjà sauvé des millions de vies dans le monde, en toute discrétion et en toute efficacité.

Vous ne le savez peut-être pas, mais une innovation a changé votre vie. En vous frictionnant les mains avec un gel hydro-alcoolique, vous vous protégez des maladies.

Voici l’histoire de ce produit révolutionnaire libre de tout brevet, offert en cadeau à l’humanité par le professeur Didier Pittet et son équipe des Hôpitaux Universitaires de Genève.

Du médecin de brousse aux laboratoires pharmaceutiques, tout le monde peut désormais fabriquer cette solution permettant de sauver des millions de vies grâce à des soins plus sûrs.

Suivre l’aventure médicale de Didier Pittet, c’est découvrir qu’une autre humanité est possible avec la promesse de basculer d’une économie de prédation à une économie de paix.

« L’OMS a eu la chance que Didier Pittet réponde présent quand nous avons fait appel à lui. Bien des enseignements peuvent être tirés de son histoire superbement racontée dans ce livre. »

Dr Margaret Chan, Directrice générale de l’OMS

via Le geste qui sauve


Guide de production locale de solution hydroalcoolique OMS