Cinq choses que vous ne savez pas de moi
Par Agnès Maillard le lundi 15 janvier 2007, 10:35 - Le Monolecte expliqué aux enfants - Lien permanent
C'est la petite chaîne entre blogueurs qui marche à fond en ce moment. Là,
c'est Phil qui m'a refilé le bébé et l'eau du bain.
Je me vengerai! Crénom!
Comment je suis devenue féministe
Je devais avoir dans les 9 ans et la maîtresse nous rendait les copies d'un
devoir de calcul[1]. Elle les rendait toujours en commençant par
les cancres et en terminant par le meilleur. En l'occurrence, c'était moi la
dernière[2], et donc la première... Logique non?
Donc, elle me tend ma copie et déclare :
C'est très bien...
Ben oui, j'avais 10/10, on pouvait dire ça!
... surtout pour une fille!
Là, je l'ai juste pris comme un uppercut en pleine poire. Je ne comprenais
même pas cette remarque. Pour une fille! je ne comprenais pas ce que
cela avait à voir avec ce devoir. Je pense qu'en plus, la maîtresse voulait
vraiment me faire un compliment, mais qu'elle avait elle-même intériorisé
depuis toujours que les filles étaient moins douées en maths que les garçons.
C'était sa cosmologie qu'elle m'envoyait en pleine poire. Je n'avais pas rendu
un bon devoir de fille, mais le meilleur devoir de la classe, avec le premier
des petits gars loin derrière. Cela n'avait rien à voir avec mon sexe.
Et c'est depuis ce jour-là que j'ai toujours très mal vécu le fait d'être
interpellée ou classée selon mon genre, que
Daniel Scheiderman se le tienne pour dit. Et pour la peine, il est le
premier à se récupérer la chaîne! 
Des tripes et des boyaux
Je suis née la tripe en folie. C'est comme cela, il faut vivre avec. Bébé,
quand je faisais signe qu'il fallait que j'aille aux toilettes, c'était tout de
suite ou trop tard... pour la moquette. J'en ai repeintes quelques-unes de
manière fort intéressante dans mes jeunes années.
Ça a toujours été d'un manque de pratique fou. Crac, le bide qui se déchire en
deux, le sang qui reflue de la tête et l'obligation de trouver des gogues à
toute vitesse. J'ai fini aussi par remarquer que quand quelque chose me faisait
chier, je passais rapidement du figuré au propre... si l'on peut dire.
Un médecin, qui ressemblait furieusement à José Bové, m'apprit un jour, après
plus de 18 ans de souffrance, que j'avais une colopathie fonctionnelle. Faut
pas croire, cela fait toujours du bien de nommer les choses. Mais j'ai continué
à courir. Jusqu'à assez récemment. En fait la naissance de ma fille. Le moment
où j'ai lâché du lest. Vécu à mon rythme. Et cessé de stresser tout le
temps...
Pour son aptitude à parler de trucs cradingues avec le sourire, je passe le
relai à mon pote Swâmi
Petaramesh.
Mon plat préféré
En fait, j'en ai plein. Parce que j'aime bien manger. Même que je le porte
sur moi. Mais on s'y fait. Et je préfère être ronde plutôt que de mal bouffer
et d'être grinche toute la journée.
Ceci dit, dès que je le peux, je mange des coquilles Saint-Jacques. Pas le truc
gratiné vendu en grandes surfaces. Non, la chair du coquillage, juste saisie à
la poêle. Je trouve qu'il faut un bon cuistot pour bien réussir la
cuisson.
Sinon, j'aime les fruits de mer et je vis dans une région où c'est la croix et
la bannière pour en trouver. Et la cuisine asiatique. Surtout la japonaise et
la coréenne. Mais bon, dans le bled, tu peux toujours te brosser : canard,
poulet, canard!
Un sujet pour ma copine
Nathalie qui devrait bientôt avoir fini son bouquin de
cuisine[3]!
Comment je suis devenue mère
Certes, un peu comme tout le monde, les deux genoux rabattus derrière les
oreilles, avec une sage-femme nazi qui faisait du trampoline sur mon énorme
bide qui refusait de se vider. Totalement traumatique. Juste une fatigue
intense et l'impression que j'allais y rester. Ce qui aurait sûrement été le
cas il y un demi-siècle.
J'ai toujours pensé qu'il avait deux expériences totalement uniques au monde à
vivre : porter et mettre au monde un enfant, et aller dans l'espace. On ne
peut pas tout faire... J'aime l'apparente banalité de la naissance. Le côté
blasé de ceux qui répètent les mêmes gestes jour après jour face au
bouleversement total de la vie intime de ceux qui viennent de devenir
parents.
On ne nait pas parent, on le devient. Et ce n'est pas forcément au moment où le
gynéco coupe le cordon. Parce que l'instinct maternel est une vaste
supercherie qui a plongé dans le désarroi le plus absolu toutes celles
qui découvraient qu'elles ne l'avaient pas. Qu'elles lisent Boris Cyrulnik et
le fassent lire aux culpabilisateurs de tous poils! Et elles comprendront
qu'une relation parent-enfant, ça se construit, jour après jour, en tissant du
lien. Je suis donc toujours en train de devenir mère...
Et je refile le bébé à M. Le Chieur, le bien nommé, qui a si bien raconté comment il est
devenu père!
Comment je me suis mise à écrire
Fastoche! En devenant mère!
J'ai écrit pas mal étant jeune, puis j'ai arrêté. Portée par la vie. Parce que
je n'en éprouvais pas le besoin. Ni l'envie.
Puis ma fille est arrivée et je me suis sentie investie d'une très lourde
responsabilité. Pas seulement celle de l'éduquer et de la mener à l'âge adulte
en pleine forme. Mais aussi envers la suite. Sa génération et les autres. Le
monde dans lequel nous vivons me sort par les narines depuis longtemps, mais
depuis qu'elle est là, je n'arrive plus à m'en accommoder. En devenant mère,
j'ai hérité d'une conscience politique exacerbée. Et de la nécessité de
partager la nécessaire déconstruction des évidences, des fausses
certitudes.
J'ai commencé à écrire pour L'Écho du Village. A l'époque, ça tournait bien, on avait une bonne
communauté de rédacteurs et Pierre-Emmanuel Müller m'a appris à travailler mon
écriture : enlève du gras! Enlève du gras, si tu veux être lue!
.
Ensuite, je suis partie sur Altermonde avec mon ami Jean Dornac et nous avons eu une
bonne période de débats féconds. Puis, mes opinions se sont affinées et j'ai
préféré les soutenir sous ma propre ligne éditoriale : j'ai donc créé mon
blog, non pas parce que c'était la mode, mais parce que c'était plus pratique
que de monter un site de plus sous les aisselles!
Je sais que je ne change pas grand-chose en déblatérant ici, mais au moins,
j'ai débloqué mon écriture et je la travaille avec une grande régularité. On
verra bien ce que cela donnera au bout du compte!
Je refile la patate chaude à El Ryu, un autre décomplexé de l'écriture, en me disant que si ça
vient de moi, il se sentira peut-être un peu obligé de se plier à l'exercice

Comment j'ai toujours été une fumiste
C'est probablement le sentiment qui me caractérise le plus. Celui,
quasi-permanent, d'avoir usurpé ma place.
Déjà, à l'école, quand je recevais les félicitations du prof, j'avais toujours
l'impression que je l'avais arnaqué. Que je m'étais contentée de percer à jour
ses attentes profondes et de les lui avoir servies à point. J'avais la
sensation que je ne marchais qu'au bluff, que je me contentais toujours du
minimum d'efforts et que tout mon talent se résumait à faire monter la mayo
pour obtenir le maximum d'effet.
J'ai eu l'impression d'avoir volé mon BAC, même si je l'ai eu assez salement,
au repêche, à un point du recalage définitif. Là, pour le coup, je n'avais
tellement rien foutu que cela avait fini par se voir! 5 en maths, 6 en
physique, coef 5!!! Et ils me l'ont filé quand même! Quelle honte!
Le top du top, c'est quand je suis rentrée à la Sorbonne. La putain de fac à
la réputation internationale. Là aussi, j'ai eu la sensation d'être une
touriste. Je partageais des super notes avec mon ami Etienne[4]
et j'avais l'impression d'être en plein hold-up.
Un jour, alors que nous rentrions chez nous en bus, Étienne me balance :
Putain, j'en ai marre d'être un fumiste
! C'était comme une révélation.
Mon binôme ressentait strictement la même chose que moi, mais il avait trouvé
le mot pour en parler. L'absolue conviction de n'être jamais à sa place, un
magnifique complexe d'infériorité qui nous ronge depuis des années. La
certitude de ne jamais mériter le meilleur, seulement le plus merdique.
La conviction de ma propre fumisterie ne m'a jamais quittée, mais je fais
avec. Des fois, c'est un peu lourd, comme quand je reçois des témoignages de
sympathie, ici, ou des compliments. Que j'écris bien, que ce blog est
super-machin-chouette-trucmuche. Je me fais un peu violence pour ne pas me
lyncher à coup de figues molles et je dis merci!
Ça sert aussi à ça la maturité, à apprendre à faire la paix avec soi-même, à se
dire que de savoir si je suis une fumiste ou non n'a pas grande importance.
Évidemment, question fumisterie, je devrais passer la main au roi de tous, mais je vais me rabattre sur son affectueux Rantanplan!
Notes
[1] quand on est petit, on dit calcul, c'est ensuite que cela devient des maths
[2] Ben oui, j'ai longtemps été une première de la classe!
[3] C'est d'ailleurs sûrement pour ça qu'elle ne fout plus rien avec son blog
[4] Oui, celui qui est déjà à l'origine du nom de ce blog, voir le premier billet! C'est donc un sorbonnard, comme moi!





&
:-|
&
LOL
&
:(
&
:-C
&
8-)
&
:-o 
Commentaires
Il a bien bossé, le Pierre-Emmanuel Müller dont tu parles
C'est un bon!!!
Dommage pour nous, il a cessé d'écrire sur son blog!
Tiens... Tu as vu que pour DS, sur le BBB, tu es la seule blogueuse au sens propre du terme ?
Oui, je sais et ça me fait précisemment le même effet que le rendu de copie de calcul dont je parle ici!
Moi, je suis devenue féministe à cause de "Trois jeunes tambours": quand la fille du roi se fait rebuffer parce que son amoureux de quelques secondes, ça l'amuse plus de faire la nique au roi que d'épouser sa fille. J'ai failli, comme elle, pleurer toute ma vie, mais je me suis dit assez vite que c'était une chance de ne pas avoir conclu avec un pareil salopard.
Ce billet est très bien. Pour une fille...
Oh non ! La totale cata ! Elle veut me refiler le questionnaire, la vache ! Je sais bien de quoi tu veux te venger, douce Agnès !
Tu es la deuxième qui essaie de me refiler ce genre d'incontournable de la blogattitude, mais jusqu'ici j'ai toujours résisté héroïquement. Là, je ne sais si je vais tenir le coup...
La vache, voilà ce que c'est de poser un commentaire et de lire ensuite...
Hé, hé ce petit jeu est diabolique.
Je te rassure, tu n'es pas la seule fumiste : je n'en finis pas de m'interroger, me concernant.
J'attend ta vengeance avec joie et bienveillance
Au risque de vous déplaire, Madame, si j'en crois votre billet de ce jour, mes compliments.
pourquoi culpabiliser à être fumiste : c'est le meilleur moyen de dégager du temps pour soi et les autres, au détriment de ces chronophages que sont les études et le boulot ! fumistes et fainéants sont sans doute les plus proches du bonheur !
Ça fait du bien d'entendre quelqu'un de sincère ! Quelqu'un qui dit c' qui pense.
Après «Forrest Gump», ça me fait penser à «Menteur menteur» : si le corps de certains pouvait les forcer à arrêter de mentir… et puis pourquoi c'est toujours les mêmes qui sont honnêtes, francs, etc. ?
Si tout le monde était comme toi, Agnès… les choses iraient peut-être beaucoup mieux.
On va dire que la comparaison avec Forrest est un foutut compliment et j'en profite pour faire de la pub à un endroit plein de bon chocolat mousseux!
Car question boîte de chocolat, chez eux, t'es sûr de toujours tomber sur un truc trop bon!
Y' a des films comme ça («Forrest Gump» ou «Menteur menteur») qui ont l'air un peu ridicule/potache/… au premier abords, mais qui sont en fait plus fins/intelligents/… que ce qu'ils paraissent… et qui redonne le sourire.
J'aime quand même bien ces films là.
Et puis dans «Forrest Gump», avec Tom Hanks, cette naïveté… c'est désarmant et touchant… et ça redonne le sourire !
J'ai beaucoup aimé Forrest Gump, car je l'ai vu comme un film éminemment subversif.
C'était juste pour te taquiner... par contre, les chocolats du lien sont vraiment bons!
Grrrrrr ! On profite lâchement que je suis alité pour m'envoyer une chaîne dans la tronche, hein ? Pffff.... Me vengerai !
T'as pas l'air trop mal en point, puisque tu arrives encore à t'approcher d'un clavier

Remet-toi vite, mon petit Chieurounet... héhéhé!
C'est une des plus belles "cinq choses" que je lis. En général les gens font dans l'anecdotique, toi tu vas plus loin.
Sur la fumisterie, tu as sans doute lu le beau livre "Le sentiment d'imposture"...
Se sentir fumiste est sans doute naturel dans une société qui exalte à ce point (et hypocritement) le travail. Chacun a peur d'être pris en flagrant délit d'impiété...