Il y a des vieux pots dans lesquels on brasse toujours la même mauvaise soupe.

Parce qu’il est impossible d’expliquer à l’ensemble de la population que la dégradation des conditions de vie de la majorité est voulue parce que profitant à la minorité qui se partage les commandes du pouvoir, parce qu’il est impensable de dire que le chômage n’est pas un problème insoluble, mais bien La solution, depuis des années, les tenants du pouvoir (politiques, médias, intellectuels, etc.) canalisent la colère, la frustration et la peur de ceux qui subissent l’horreur économique vers des cibles soigneusement choisies, fabriquées et désignées à la vindicte populaire.
Nous sommes actuellement en face de l’aboutissement de ce processus de construction des boucs émissaires d’un ordre économique voulu, choisi et profitable pour certains.

Tout comme le taureau excité par le mouvement saccadé de la muleta, nous pouvons continuer à foncer la tête baissée là où l’on nous le suggère, ou relever le front, regarder les événements dans leur ensemble, dans leur globalité socio-historique, penser par nous-mêmes et cesser de nous tromper de coupables.


Les premiers qui ont été discriminés d’une façon directe et claire ce sont les prolétaires. Le prolétariat s’est formé en France à partir de ce qu’on peut considérer la prise du pouvoir de la bourgeoisie à partir de 1830. La date importante c’est la révolution de 1848. A ce moment là les prolétaires du prolétariat industriel étaient considérés comme “ des nomades sans foyer ni patrie ” et c’est un argument qui va revenir toujours dans le discours de la droite. Un prolétariat qui en grande partie était formé par l’émigration de la campagne sur la ville et il y a des données de l’époque qui montrent la préoccupation de la bourgeoisie pour exclure un prolétariat qui crée des problèmes. En 1840 il y a un comité du travail tout à fait officiel et qui dépend du gouvernement, qui pose la question suivante en terme d’enquête quel serait le moyen d’arrêter l’immigration vers la ville des travailleurs des campagnes. A la même époque il y a les grandes enquêtes sur les classes laborieuses, d’où viennent le mot utilisé après de “ classes dangereuses ”, avec l’équivalence “ classes laborieuses = classes dangereuses ”, le premier qui l’utilise c’est Fraisier, le chef du bureau de la préfecture de la seine qui écrit :
les classes pauvres et vicieuses sont toujours, ont toujours été et seront toujours la pépinière la plus productive de toutes sortes de malfaiteurs ce sont elles que nous désignerons particulièrement sous le titre de classes dangereuses.”

(…)Mais c’est l’effet réel de la domination politique, économique, qui doit être rationalisé et défendue au niveau d’une idéologie hiérarchique. L’appréciation hiérarchique, l’exclusion vont toujours se lier avec des processus psychosociologiques, qui sont les mêmes. Toujours les mêmes, des processus, des mécanismes qui vont apparaître immédiatement comme défenses de la hiérarchie c’est de trouver l’ennemi visible, c’est de trouver quelqu’un qui est responsable des maux, c’est à dire la bien connue théorie du bouc émissaire.

Du racisme biologique au racisme culturel ! ”

Intervention d’Edouardo COLOMBO à la FASTI le 2 Mars 1997


Depuis plusieurs années l’immigration issue des ex-colonies fait la une des actualités médiatiques et prend une place centrale dans le débat politique. Du débat sur l’insécurité qui a accompagné la campagne des dernières présidentielles, au débat sur le « foulard », en passant par la thématique d’une dégradation violente des rapports hommes-femmes dans les quartiers populaires en général et au sein des populations issues de l’immigration post coloniale en particulier, c’est à chaque fois dans une tonalité de « danger », de « problème », de « régression négative » , etc. que sont parlés les citoyens français ou non issus des ex-colonies.

Au moment même où est reconnue par de nombreuses recherches et rapports l’ampleur de la ségrégation et des discriminations vécus par cette partie de la communauté nationale, nous assistons à la construction médiatique et politique d’un nouveau « bouc émissaire » permettant de voiler les véritables problèmes vécus par notre société et qui sont de nature économiques et sociales. C’est par le biais de cette construction idéologique que se développent et s’ancrent des explications à fondement raciste telles que celle du « choc des civilisations », de « l’intégration impossible » des populations issues de l’ex-empire colonial, d’une laïcité menacée par « l’islam », etc.

COLLOQUE : IMMIGRATION ET HERITAGE COLONIAL

dimanche 23 janvier 2005


Il y a beaucoup à dire sur "l’affaire du RER D", et sur ce qu’elle révèle de l’état du débat public, de la classe politique et des grands médias. Cela dit, la stigmatisation forcenée des "jeunes de banlieue", "issus de l’immigration" ou "arabo-musulmans" n’est pas nouvelle (elle s’enracine dans plus d’un siècle de colonisation et plusieurs décennies de gestion néo-coloniale de l’immigration), pas plus que le recours à des accusations d’antisémitisme ou de sexisme (récurrentes depuis plus d’un an). C’est pourquoi il nous a paru pertinent de re-publier, sous une forme légèrement remaniée, le texte qui suit. Il a été écrit en mai 2003, mais à nos yeux, il reste malheureusement d’actualité au lendemain du délire médiatique sur ce que certains ont appelé les "nazis de banlieue"

Introduction de De "Ni putes ni soumises" à "l’affaire du RER D" : la logique du bouc-émissaire de Pierre Tévenian.

Le « jeune de banlieue» s’affirme comme une figure symbolique de la remise en question du « lien social » dans la France actuelle. Dans les banlieues, le lien social se délite, se désagrège, se décompose.

(…) La désignation « jeunes de banlieue » elle-même ne correspond pas à un groupe parfaitement déterminé. Si on veut tenter de dépasser les clichés qui constituent la conception ordinaire du jeune banlieusard, la diversité des situations est si grande que toute tentative de catégorisation échoue à saisir la spécificité d’un tel objet.

Même s’il semble que les cités des périphéries urbaines tendent à un certain nivellement des situations socio-économiques, on trouve des enfants d’ouvriers ou d’employés aussi bien que des enfants issus des classes moyennes, des Français de souche aussi bien que des descendants d’immigrés, Français ou non, des personnes en promotion sociale ou en situation d’indétermination, délinquants ou non, etc. Cette désignation de la jeunesse ne correspond même pas à une ou des classes d’âge définies. De qui parle-t-on? Adolescents, pré-adolescents, jeunes adultes ? La « jeunesse » de banlieue est une catégorie aux contours flous et mal définis.

On pourrait alors essayer de définir ces jeunes par leur localisation dans un même type d’habitat. Mais la ségrégation urbaine s’applique fort différemment selon les endroits. Grands ensembles ou petites cités occupent des emplacements différents dans les communes – ­à la périphérie ou à l’intérieur des villes – , sont pourvus ou non d’équipements collectifs, font l’objet d’une plus ou moins grande attention des services publics. Leurs conceptions architecturales, leurs tailles, les compositions de leurs populations varient considérablement. Les quartiers sont plus ou moins stigmatisés : entre la médiatisation extrême des Quatre-mille de La Courneuve ou de Chanteloup-les-Vignes et la discrétion d’autres cités dont on ne parle jamais, quoi de commun ? Que les cités de banlieue puissent être constituées en catégorie paraît improbable.

Jeunes de banlieue, entre communauté et société : Une approche socio-anthropologique du lien social

par Sylvain Aquatias


Françaises, Français. Vous qui avez toujours pensé que les "pédés", ce n’était pas bien naturel, vous qui avez toujours prié que votre fils n’en soit pas. Rassurez-vous, l’homophobe n’est pas en vous. L’homophobe, c’est le "jeune de banlieue", expression désormais consacrée pour désigner l’arabe et le noir, que l’on savait déjà violeur, voileur de femmes et antisémite. Illustration en image avec un reportage diffusé en ouverture du journal de 13 heures de France 2 mercredi 8 décembre 2004.

Violeur, voileur, antisémite. et maintenant homophobe. Le "jeune de banlieue" vu par france 2

Par Aïcha Assédé et Emeline Diable.


Il faut bien voir que si un individu, à son échelle, peut se donner et observer une morale rigoureuse, les groupes, eux, à leur échelle propre, ignorent la morale et tendent toujours à suivre leur instinct de groupe. Les Romains, qui étaient de profonds politiques, l’avaient bien vu. D’où leur adage : « Les Sénateurs sont des hommes de bien, mais le Sénat est un monstre ». Ne nous voilons pas la face : la politique sera toujours quelque chose de monstrueux, parce que les groupes obéissent aveuglément à l’égoïsme sacré de leur instinct constitutif.

*

Or, pour le pire, cette « grégarité » excite deux pulsions liées et simultanées. La première tend à exalter les semblables, et la seconde à exécrer les différents.

Cet instinct s’exprime en deux formules contraires, mais complémentaires.

D’abord : « Ensemble, ceux qui se ressemblent ».

Ensuite : « Dehors, les différents ! ».

(…)Messieurs, j’entends souvent définir la démocratie comme « la loi de la majorité. Je réplique toujours : « la loi de la majorité, mais complétée, mais conditionnée, par le respect de la minorité ». Et ce respect ne va pas de soi. Pas du tout. Il résulte d’un effort de l’esprit contre la nature ; la nature n’est pas tolérante. Le pur rapport des forces, qui écrase les faibles, n’est pas démocratique.

Bref, dans ce que je dénonce, vous voyez poindre le banal et redoutable mécanisme du bouc émissaire. Pulsion inconsciente, mais conséquence naturelle de l’instinct social des communautés.

Et ce n’est pas tout. Le jeu ne serait pas complet, sans l’instinct du chef de meute. Celui-là (qui n’est pas non plus, inoffensif !) tend à classer les membres du groupe selon une hiérarchie qui les soumet à un individu majeur, une personnalité fortement sacralisée. Mesdames et Messieurs, apparemment, nous partageons avec les animaux le culte de la personnalité. C’est sûrement pourquoi, le Pouvoir (qui est largement un mythe) s’incarne toujours dans un individu. La chose est innocente, quand la fonction se réduit à un simulacre, tel que la monarchie anglaise.

Mais souvent, trop souvent, les sociétés se donnent à quelque brute féroce, quelque psychopathe, paranoïaque et sanguinaire. Je ne sais pourquoi,. les groupes ont un faible pour les fous. Mais des fous qui savent tirer parti des instincts de groupe, qui excitent les phantasmes identitaires, qui structurent l’appareil du pouvoir sur un impitoyable modèle mafieux et qui, délibérément, exploitent les peurs irrationnelles des collectivités.

(…) Nationalisme, xénophobie, antisémitisme, racisme, bouc émissaire, guide suprême : vous reconnaissez tous les ingrédients qui, agglomérés et indissociables dans les cerbelles obtuses, ont fait le nazisme. C’était hier. Quant à aujourd’hui… ! Ouvrez les journaux !

(…) Alors qu’il faudrait guider les sociétés vers l’idéal, il ne manque pas d’hommes politiques qui usent des instincts en faveur de leur carrière.

Glorifier le groupe, lui dire qu’il est supérieur aux autres, que Dieu l’a élu pour dominer le monde, qu’ailleurs il n’est que des sauvages (ou des « sous-hommes », disait Goebbels) exalter la majorité, condamner les minorités. Autant de moyens faciles pour manipuler les esprits faibles. Autant de manoeuvres commodes pour saisir le Pouvoir. Le programme tente les ambitieux. Et la tentation est tellement forte !

Un exemple, tout actuel : M. Le Pen a réussi à faire croire à tout le monde, de la droite à la gauche, que l’immigration clandestine était une calamité, alors qu’il n’en est rien. Cette immigration est statistiquement marginale et n’a pas, sur le marché de l’emploi, les conséquences que cet imposteur nous hurle, en criant au feu.

Qu’importe ! Le thème est bon pour lui. Il sait que les esprits simples confondent les notions et dérivent d’un concept à l’autre. « Immigration clandestine » fait penser à « immigration ». De là, nous glissons aux étrangers, ces hommes « qui ne sont pas comme nous » (les Arabes, les Noirs) … D’où la xénophobie, le racisme, le bouc émissaire. Et cela donne : « Jetez-moi tous ces gens-là dehors ! ». Le thème est efficace, car il procède par amalgame inconscient.

Société des amis du Président Gaston Monnerville

DISCOURS prononcé le 28 juin 1997 au Panthéon par Philippe MARTIAL


Depuis trois ans et 100 jours, la droite poursuit –parfois dans la confusion et la maladresse- une politique dont la logique libérale est simple : démanteler le droit du travail pour libérer prétendument l’emploi. Cela a commencé par la première loi Fillon sur les 35 heures qui ont élargi les contingents d’heures supplémentaires. Cela s’est poursuivi avec la deuxième loi Fillon sur la négociation collective qui a renversé la hiérarchie des normes en droit social et permis de faire prévaloir les accords d’entreprise sur les conventions collectives. Cela s’est poursuivi avec la suspension puis l’abrogation de la loi de modernisation sociale dans le cadre de la loi Borloo qui a privé l’Etat de toute capacité d’intervention en matière de licenciements collectifs (on le voit dans l’affaire Hewlett Packard où le gouvernement démontre son impuissance en se défaussant sur Bruxelles qui n’a aucune compétence pour agir). Ce sont nos amis qui réagissent avec le plus de force dans ce dossier : d’abord Michel Destot qui s’est rendu aux Etats-Unis pour essayer, en tant que Maire de Grenoble, de limiter le pire, et André Vallini –à juste raison- qui exige de reprendre les aides qui avaient été versées à cette entreprise par le Conseil général. Retenons la leçon : il faudra dorénavant supprimer ou reprendre toutes les aides publiques qui ont été versées aux entreprises qui, ensuite, procèdent à un plan de licenciements. Cela s’est parachevé avec le recours aux ordonnances pour introduire le Contrat Nouvelle Embauche qui légalise la précarité des droits des salariés et la liberté patronale absolue de licencier par simple lettre recommandée. Le droit du travail est passé au Karcher pour aboutir au salarié kleenex. Voilà le sens de la politique qui a été menée depuis 3 ans et 100 jours.

Cette politique est non seulement dure pour le monde du travail, puisque 70 % des recrutements se font aujourd’hui par des formules précaires (CDD, intérim), mais elle est inefficace en termes de lutte contre le chômage :

• Le nombre d’emplois aujourd’hui en France est inférieur à ce qu’il était en 2002. Nous avions créé 1 million d’emplois en 5 ans. La droite n’en a pas créé un seul en 3 ans et 100 jours.

• Le nombre total d’heures travaillées dans notre pays est inférieur à ce qu’il était en 2002. La France travaille moins qu’en 2002. La droite a infligé au pays une RTT obligatoire et sans compensation salariale : elle s’appelle le chômage de masse.

La droite nous parle sans cesse de la valeur travail qu’il faudrait réhabiliter : elle l’a abaissée. Elle ose dénoncer l’assistance : il n’y a jamais eu autant de Rmistes dans notre pays. Elle prétend encourager l’effort : jamais l’UNEDIC n’aura consacré autant de dépenses à l’indemnisation plutôt que pour le retour à l’emploi.

Elle a fini par trouver un bouc émissaire de ses échecs : le chômeur lui-même qu’il faudrait non seulement contrôler –c’est la moindre des obligations- mais culpabiliser, stigmatiser pour mieux le radier des fichiers. Pour supprimer le chômage il suffit de supprimer les chômeurs.

Discours de François Hollande aux Journées Parlementaires de Nevers le 21 et 22 Septembre

Le travail consistant à faire admettre à l’ensemble de la population que le chômeur, comme figure archétypale, est individuellement responsable de sa situation s’est amplifié avec la massification du phénomène.

Plus les entreprises ont détruit d’emplois, plus le déséquilibre entre offre et demande s’est accentué et plus le discours anti-chômeurs s’est radicalisé dans la classe politique et les médias. Car il est important d’occulter le fait qu’il y a aujourd’hui 4,7 millions de sous-employés divers face à 300 000 offres en moyenne, dont une majorité de low jobs, très mal payés, souvent sur des très courtes durées. L’ANPE est en passe de devenir une agence de travail temporaire. J’ai déjà vu des annonces ANPE (comptabilisées comme offre d’emploi) proposant une heure de travail et c’est tout.

L’opinion publique pleure sur les femmes lourdées de Moulinex, de Nestlé ou s’indigne des 15 000 emplois supprimés chez IBM Europe pendant que la firme embauche 17 000 personnes en Inde, mais oublie un peu rapidement que presque tous les chômeurs sont d’anciens salariés, d’anciens Moulinex, qui ont trimé des années avant de se faire lourder comme des malpropres.

Représentations sociales négatives, Agnès Maillard

Le racisme biologique se fonde sur des caractères somatiques (couleur de la peau, taille, forme du crâne, etc) pour élaborer des catégories d’humains entre lesquels sont posées des relations d’inégalité ou d’incommensurabilité. Le "racisme" culturel – pseudo-racisme ou néo-racisme – fonde ses explications du cours de l’histoire ou du fonctionnement social sur des catégorisations élaborées à partir de traits culturels (moeurs, langue, religion, etc.).
Pierre-André Taguieff dans Racisme/racismes, éléments d’une problématisation.

Dans les deux cas, le racisme fonctionne selon le principe de catégorisation, ce qui permet à l’acteur raciste de pouvoir prédire les aptitudes ou les comportements des individus repésentés ainsi. L’individu est alors réduit au statut de représentant d’un groupe.

De la judéophobie à l’antisémitisme, réalités historiques et représentations sociales, Agnès Maillard.

A la question "Une baisse du chômage aux Etats-Unis signifie t-elle pour vous",

*une hausse des salaires, donc du taux d’inflation, donc du taux d’intérêt, donc une baisse des cours des actions

*une hausse de la consommation, donc des profits, donc une hausse des cours

45% des opérateurs interrogés optent pour la première réponse!

Seuls 29% choississent la seconde, qui pourtant dans les faits fut observée aux Etats Unis dans la période récente (faible inflation officielle, faible chômage officiel lui aussi…)

Ainsi, la réponse faite par le chef stratégiste interrogé sur France Info (voir article ci-dessous), n’est-elle pas un avis personnel à caractère exotique, mais bien le révélateur d’un schéma de pensée dominante ayant cours dans ces milieux. Il reflète comment le dogme économique actuel est empreint "d’évidences" pour certains milieux qui orientent aujourd’hui le sens d’évolution de nos sociétés.

Mais on ne peut qu’être surpris par le fait que les évidences d’une minorité correspondent à l’ignorance du grand nombre: celui des citoyens qui écoutent leurs "représentants" leur expliquer ce qui ressemble à de belles histoires qui endorment…

NAIRU, le Nom de la Ruse. La face cachée du chômage.