Le débat autour du TCE continue à faire les délices médiatiques des partisans du oui pendant que les citoyens appelés aux urnes sont de plus en plus convaincus par le non.

Hier soir je tombe complètement par hasard sur France Europe Express, l’émission de Christine Ockrent pour ceux qui ont plus de deux neurones qui se touchent. Évidemment, j’arrive en cours de route et comprend rapidement qu’il s’agit d’un débat sur le TCE qui est arrivé au milieu du guet.
Il y a là des gens qui sont franchement pour le OUI, des oui-oui, des oui-mais, des oui-cependant et des oui-même si. Je me dis que je suis peut-être arrivée trop tard pour les NON, ils ont disparu, tant pis, ça m’apprendra. En attendant, le pluralisme des opinions est, comme d’habitude sur ce sujet depuis le début, totalement respecté!
Aligné dans un décor de train de luxe, le public, tiré à 4 épingles, opine du chef à chaque argument pour, avec la conviction des chiens à ressort sur les plages arrières des voitures de bon goût. Il n’y a pas à dire, tout cela fleure bon le pugilat démocratique, on se sent sans cesse au bord de la rupture et on repense, en filigrane, aux prises de tête et invectives qui fusaient en un autre temps, chez Michel Pollack.

Serge July, patron de l‘ex journal de gauche, Libé, apostrophe sans vergogne Martine Aubry sur ses électeurs de gôche, ces abrutis, ces malpolis, un peu idiots, bêtement râleurs, qui mélangent tout, forment le noyau dur du camp du non et ne lisent manifestement plus sa feuille de chou!
Matine Aubry, la dame des 35 heures, l’ennemi du patronat bon teint à la sauce Seillières, martèle avec conviction son attachement au oui, tout en agitant devant elle, avec une grande constance, un petit livre bleu que je finis par identifier comme étant un exemplaire de la fameuse constitution. Sauf que connaissant un peu le pavé de 475 pages, il est clair que la version à laquelle Martine Aubry se raccroche comme un naufragé à sa bouée a été éditée par le Reader Digest… ou écrit en format microfilm, hypermétropes s’abstenir!

Je reste donc là, hypnotisée par le balai incantatoire du petit livre bleu, brandi tel un talisman. Chaque fois qu’elle énonce une vérité vraie sur le bien-fondé de voter OUI, le petit livre bleu vient ponctuer sa phrase, la souligner, nous rappelant ainsi que elle, elle l’a lu! Le précédé n’est pas sans évoquer les maoïstes scotchés à leur célébrissime petit Livre Rouge de la Révolution ou plus près de nous, à cette bible implacable qui certifie les discours politiques américains… les Gens du Livreceux qui détiennent la vérité.

Puis, bizarrement, la reine Christine nous lance un invité de plus, tenez-vous bien!, un partisan du NON! Il n’est pas sur le plateau, mais en duplex de Bruxelles, là où tout se passe finalement. Elle le présente comme un "altermondialiste connu, que les lecteurs du Monde Diplomatique reconnaîtront", bref, un gars connu dans son pâté de maisons.
Tout de suite, on sent que LE partisan du NON à été casté avec soin : charismatique comme une moule-frites pas fraîche, il s’exprime avec un accent terrible qui ne permet d’identifier qu’un mot sur deux, quand le vent souffle dans le bon sens! En plus de cela, il répond systématiquement à côté des questions-piège de la journaliste. Bref, je ne me souviens plus du tout du nom du personnage, mais s’il écrit bien dans le Monde Diplo, il est probablement bien meilleur à l’écrit qu’à l’oral. En plus, le duplex a cela de bien, qu’il laisse en retrait l’invité qui y est enfermé, permettant de couper le robinet à parole selon les besoins!

Et pendant que tous ces braves gens continuent à s’autocongratuler sur les promesses du monde meilleur et plus juste que porte en lui le TCE, je sens que les spectateurs vont continuer à de plus en plus se déterminer pour le NON. Un petit tour sur les forums des sites des journaux nationaux et régionaux suffit à s’en convaincre : il s’agit là d’un nombre écrasant de gens qui se prononcent clairement pour le non et contre le bourrage de mou des médias. Il y a comme un fossé irrémédiable qui se creuse entre nos élites et la masse, le peuple, la foule, les gens, les citoyens comme vous et moi.
Bien sûr, les personnes qui s’expriment sur Internet ne sont pas toute la France. Alors comment expliquer leur décrochage massif du discours ambiant des politiques et des médias?

Peut-être parce que les internautes ont accès à la véritable pluralité de l’information, et pire encore, à cette constitution, version non compressée, alors que les autres citoyens attendent toujours de recevoir leur exemplaire!