Petit retour sur la catastrophe asiatique dont je parlais hier. Et sur les médias qui en parlent.

Ce matin, la lecture de la presse nationale confirme que 48 heures après le désastre, les journalistes français ont enfin pris la mesure de cet évènement dramatique et se sont enfin décidés à traiter cette information correctement.
Exit, donc les considérations touristico-nombrilistes de la veille : l’analyse, les faits, les chiffres tragiquement énormes occupent désormais les esprits et les Unes de notre presse nationale[1]. Terminés, donc, les journaux qui s’ouvraient par la mort, certes terrible pour ses proches, de la seule fillette française. Mais il a tout de même fallu près de 48 heures pour que les journalistes se décident à faire correctement leur travail… à méditer!

Solidarité internationale?

Dans le sillage des journalistes, les gouvernements et politiques du monde entier réagissent enfin devant cette catastrophe que L’ONU qualifie de sans précédent. Effectivement, les chiffres donnent le vertige : des dizaines de milliers de morts, et cette estimation est sans cesse revue à la hausse, des dizaines de pays touchés, des îles probablement décimées, les infrastructures détruites, les secours locaux dépassés… l’aide et les opérations humanitaires qui doivent se mettre en place dans l’urgence absolue devraient donc être aussi sans précédent
Des pays occidentaux ont déjà débloqué des sommes d’argent pour soutenir cette zone du monde et leur montant donne le vertige :Washington débloque 4 millions de dollars, plus 100 000 dollars par pays touché, L’Europe, 3 millions d’Euros, 652 000 euros pour Londres. 3 millions d’Euros, ce n’est pas rien, cela représente 30 ans de travail pour un smicard, c’est beaucoup. d’un autre côté, 3 millions d’Euros, c’est aussi le budget annuel pour l’éducation et la voirie d’une commune de 5 244 habitants. Comparé à une catastrophe humanitaire sans précédent, c’est plus que dérisoire, c’est pathétique!

Le grand silence

Les Occidentaux s’illustrent dans cette terrible histoire par leur égoïsme, leur inconséquence et leur radinerie. Alors que la presse aurait du battre le rappel des bonnes volontés dès les premières heures, alors que les puissances politiques auraient du débloquer des budgets conséquents pour faire face à cette fameuse catastrophe sans précédent, nous assistons au bal des petits pas, des grandes compassions vides de sens, des mesures d’urgences qui n’en finissent pas d’attendre.
J’attendais donc des détracteurs habituels de cette société matérialiste et égoïste une prise de position bien marquée, des appels vibrants à la solidarité entre les peuples. Or, les sites d’info Alters[2] restent étrangement totalement muets sur la tragédie actuelle. Même Acrimed, toujours sur le pont pour critiquer les mauvais traitements de l’information par les médias traditionnels reste étrangement muet sur la manière plus que discutable dont les médias ont réagit depuis le début de cette histoire.
Est-ce la grande relâche de Noël? Est-ce que les grands combats pour changer le monde ne marchent que dans le monde des idées? La solidarité serait-elle soluble dans les kilomètres? Les alter seraient-ils finalement aussi nombrilistes que ceux qu’ils prétendent combattre?

Le chaos des côtes asiatiques n’a probablement pas fini d’alimenter des ondes de choc… partout dans le monde!


Pour en savoir plus et mieux sur la catastrophe du 26 décembre 2004

Notes

[1] voir Libération, Le Monde, Le Figaro, Le Nouvel Observateur

[2] au moment où j’écris, toujours rien sur les principaux sites d’info alter : Samizdat, Bellacio, HNS-info, Indymédia Paris, pour n’en citer que quelques uns!