Bonjour, je m’appelle Agnès et je suis fumeuse abstinente depuis 2 ans, 8 mois et 12 jours. Pour ceux qui ont envie d’en finir avec la clope, je veux bien être votre marraine du Net.

Les mois de décembre appellent au bilan, les mois de janvier inspirent les bonnes résolutions. L’une des plus courues en ce moment, c’est d’arrêter de fumer. Mais voilà, on n’arrête pas le tabac aussi facilement que l’on trinque au champagne pour fêter la bonne année. La clope est une drogue, une bien dure et bien tenace et arrêter de fumer demande une motivation en béton. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un sevrage, il faut décrocher, au même titre qu’un drogué à la cocaïne ou à l’héro ou qu’un alcoolique. Et tout comme un alcoolique ou un drogué, il n’y a pas vraiment de guérison, juste la capacité à rester abstinent. Arrêter de fumer est le combat d’une vie!

C’est décidé, demain j’arrête!

Cela fait des années que vous tirez avec entêtement sur votre mégot, que vous vous shootez à la nicotine, des années que vous gardez un œil vigilant sur l’état de votre stock (surtout, ne jamais manquer!), des années que la clope rythme chaque heure ou presque de votre existence. Presque un réflexe, un automatisme, elle occupe vos mains, votre bouche. Elle vous détend, vous rassure, c’est votre petite bouée contre le stress.
Mais voilà, ça coûte cher, ça pue, ça vous fait une peau de phoque et des chicots à la place des dents, vous soufflez comme un âne asthmatique au bout de 3 marches, vous pouvez acheter toute votre bouffe chez Ed l’épicier, vu que vous avez perdu jusqu’au souvenir du goût, vous intoxiquez vos proches, votre meilleur ami suffoque dans ses glaviots et votre cousin s’est fait bouffer par le crabe… bref, ça commence à vous peser sérieusement, la clope.

Vous aimeriez bien arrêter, c’est votre bonne résolution de l’année. Comme l’année dernière, où vous avez tenu… 4 jours. Qu’importe les échecs, ils vous permettent d’apprendre et de vous améliorer sur le long chemin qui conduit à la vie sans clope.

1. Trouvez votre motivation profonde!

En avoir marre de fumer est une bonne raison d’arrêter de fumer, mais elle n’est pas suffisante en soit.
Le sevrage tabagique est une épreuve longue et difficile, où les tentations et les rechutes sont légion. Quoi qu’en disent les publicitaires du juteux marché du sevrage tabagique, rien n’est facile. Et pour tenir le cap dans les moments de manque ou de doute, il vous faut une motivation en béton armé, bien profonde, qui s’impose à vous. Et en avoir marre de fumer n’est pas suffisant en soit.
Vous vivez depuis longtemps avec la clope, elle fait partie de vous, de votre personnage social comme de votre vie intime. Si beaucoup de clopes sont désormais dégueulasses et sans goût, il en reste quelques-unes que vous appréciez par dessus tout : celle du petit matin calme, celle après l’amour, celle après un bon repas, celle qui accompagne l’apéro, celle qui vous calme au boulot, celle que vous partagez avec un ami, celle qui souligne le goût du petit expresso bien serré! Pour dire adieux à toutes ces cigarettes-là, il faut que votre motivation d’en finir soit forte.

  1. L’argent : La politique actuelle de santé publique consiste à augmenter sans cesse le coût du tabac, dans l’idée de le rendre financièrement insupportable. Pour ma part, je suis pingre comme pas deux, et pourtant, l’argent n’a pas été ma motivation principale. Cette politique de prix fort peut éventuellement dissuader un jeune de s’y mettre, et encore, rien n’est moins sûr. La clope pèse d’autant plus lourd sur les petits budgets et les prix ne changent en rien les habitudes des fumeurs de Dunhill. J’ai cependant connu une fille qui soutenait son effort de sevrage en déposant chaque jour dans une tirelire l’argent qu’elle aurait normalement du consacrer au tabac : la vitesse de croissance de sa cagnotte lui a soutenu le moral dans les périodes les plus noires et pour fêter sa première année d’abstinence, elle s’est offert un truc somptueux avec l’argent de la tirelire.
  2. La santé : Le gros de la campagne anti-tabac est orienté autour du thème de la santé, voire de la survie. Pourtant, chaque fumeur voit continuellement sur ses paquets que le tabac tue, file le cancer, donne des maladies graves et fait le zizi tout mou, mais il continue de téter son clou de cercueil avec une belle obstination. Les maladies, c’est un peu comme les accidents de la route, on a toujours l’impression un peu floue mais solidement ancrée en nous que ça arrive surtout aux autres. Jusqu’au moment où ça nous tombe sur le paletot, mais là, c’est déjà trop tard, et les perfusions égrennent nos regrets jusqu’à notre dernier souffle rauque!
    J’ai un ami pour qui l’idée de survie a été le facteur déclenchant. Il fumait plus de 60 cigarettes par jour, toussait comme un perdu, vomissait tous les matins son jus de clopes, il pesait 130 Kg et malgré tout, il continuait. Un jour, sa femme est tombée enceinte. Il a compris que dans cet état, non seulement il était incapable de la soutenir dans sa grossesse, mais surtout, qu’il risquait de ne pas voir grandir son gosse. Cette prise de conscience a été radicale : il a arrêté du jour au lendemain, a perdu près de 50 Kg dans l’élan, s’est remis au sport. Il a changé de vie et profite maintenant de sa petite fille et de la vie.
  3. La liberté : fumer est une contrainte, un besoin. Dès les premières bouffées, nauséeuses et toussoteuses, la dépendance s’installe. Je n’aime pas être dépendante. J’aime avoir le choix, et avec la clope, la dépendance est tellement forte que je n’ai pas le choix. Ce qui m’a décidée d’arrêter de fumer dans un premier temps, c’est l’excellent film Révélations.
    Tiré d’une histoire vraie, ce film raconte les méthodes de mafieux des industriels du tabac : études truquées, scientifiques soudoyés, cadres menacés s’ils osent rompre la loi du silence, politiques corrompus, procès éteints à grands coups de dollars : chacune de nos bouffées alimente la colossale fortune de l’industrie de la mort! Les multinationales du tabac vendent des produits toxiques et le savent. Elles passent leur temps à essayer d’élargir leur clientèle et n’hésitent pas à aller tapiner devant les écoles, comme n’importe quels petits dealers pour rendre accrocs les gosses toujours plus jeunes. Dans les pays émergents où la loi est plutôt celle de la jungle, tout les coups sont permis et les vendeurs de mort en fumée en profitent pour ajouter leur drogue à tous les problèmes qui rythme la survie dans les pays pauvres. La composition des jus, additifs ajoutés au tabac, est gardée secrète et même les organismes de contrôle ne doivent pas en chercher la composition. Les jus améliorent le goût du tabac, le rendent plus accessible, mais surtout contiennent de nombreux adjuvants toxiques comme l’ammoniac, dont le rôle est de faciliter l’absorption de nicotine par l’organisme et d’en rendre l’effet plus violent, plus rapide, d’accélérer et d’intensifier la dépendance. Des méthodes de trafiquants de drogue, donc!
  4. La vie des autres : le tabac ne fait pas que vous raccourcir la vie, il pourrit aussi celle des autres, de votre entourage, de vos proches. Si j’avais drastiquement réduit ma consommation après avoir vu Révélations, je conservais tout de même l’habitude des bonnes clopes, soit environ 3 ou 4 par jour. Puis, je suis tombée enceinte. A la première échographie, la gynécologue m’a appris qu’à chacune de mes bouffées de poison, mon fœtus arrêtait de respirer. Chacune de mes inspirations de clope entraînait une apnée de ce qui allait devenir ma fille. Je voulais un bébé, pas un Jacques Mayol. J’avais le droit de me tuer comme je l’entendais, mais imposer cela à mon enfant était moralement indéfendable.

Ce jour là a été le premier de ma vie sans tabac!

A suivre…