Spammeurs bitumeux



Si l’Inde tient le haut du pavé de la vente à la sauvette côté Eiffel, sur le Troca, ce sont les noirs qui fourguent de la quincaillerie aux touristes. Dans tous les cas de figure, un business très bien organisé, territorialisé et probablement hautement lucratif, vu les escouades qui se déploient partout dans la capitale.

Les vendeurs à la sauvette font partie du parcours touristique parisien standard. Ils agitent leurs chapelets de petites tours Eiffel et de chiens en peluche aboyeurs au pied de tous les gros monuments de la capitale, petits commandos efficaces qui s’évaporent prestement quand la maréchaussée ou des vigiles privés entrent en chasse.


Guet-apens
Mise en ligne par Le Monolecte


J’en ai trouvé toute une barrière à la sortie d’un des piliers de la Tour Eiffel, attendant une fournée de touristes comme les douaniers filtraient la circulation du temps où nous ne vivions pas dans l’espace Schengen. En haut des marches, juste à mes côtés, un gigantesque vigile quelque peu ventru les toisait avec un air un brin goguenard.

  • Ils ont le droit d’être là ?
  • Non, pas du tout. Il y a des boutiques officielles pour cela.
  • Et vous ne faites rien ?
  • Si, si, de temps en temps, avec les autres, on se met à les courser. Ils détalent comme des lapins. Et ils reviennent aussi sec. Toujours.

Le chat et la souris. Commerce informel versus marchandisation extrême : les deux faces de la même médaille, la même âpreté au gain, avec peut-être une pointe de nécessité en plus du côté des va-nus-pieds.
J’ai emboîté le pas à l’un des vendeurs en quittant la zone Eiffel direction Bir-Hakeim. Tout au long de son chemin, il s’est arrêté à chaque vendeur de rues, déterminé, méthodique et a eu l’air de donner ses consignes : il m’a fait penser à mon manageur de secteur, du temps où je crevais la dalle comme VRP-tireuse de sonnettes. Pas d’improvisation dans ce business qui doit pourtant bien marcher, malgré le prix prohibitif des babioles, régulièrement proposées 50 % moins chères en boutiques. Comme pour le spam qui pourrit les boîtes de courriel, je suppose qu’une faible proportion de piétons qui marchent dans la combine doit largement suffire à compenser tout le reste.

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9 réponses
  1. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Heureusement que tu es là, mon fidèle Yéti!

    D’ailleurs, j’ai pensé à toi pendant mon séjour à Paris, quand la nouvelle enseigne lumineuse de ta boîte m’a flashé dans la gueule à 5h du mat’. 😉

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  2. Le Yéti
    Le Yéti dit :

    Oh purée, l’épure ! Vraiment, vraiment touchant. La première photo, super. Mais la seconde, c’est un long métrage à elle toute seule ! Tous ces regards qui regardent TOUS dans une direction différente. Sans se croiser jamais, mais en se frôlant.

    Et le texte à l’avenant. Tu deviens fortiche, ma p’tite !

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  3. chris
    chris dit :

    Pas nouveau tout ça…

    Secte musulmane, les"mourides" si mes souvenirs sont bons, originaires du Senegal. Le parachutage initiatique en europe pendant quatre ou cinq ans devant permettre de faire construire au pays une grande maison pour abriter les nombreuses épouses et surtout devenir un commerçant respecté qui à son tour enverra des compatriotes en baver sur les plages,marchés et lieux touristiques européens.

    Tous cela a débuté dans les 70-80 à la grande époque où un certain Nanard Tapie ( pas senegalais du tout lui ) expliquait aux cadres fraichement licenciés qu’il fallait investir les allocs dans un fourgon et un etal de marché.

    Dans le même temps, les mairies socialistes, prises par un incroyable élan humaniste, préconisaient à leurs services des droits de place d’accorder la priorité aux senegalais sur les marchés.

    Les communautés nomades dont c’était le gagne-pain originel reglérent souvent le probléme ethnique à coup de barres de fer ,si ce n’est de cartouches Brenneke…tandis que les cadres chomeurs ayant tout perdu dans l’affaire si je puis dire, se dirigeaient la tête basse vers le RMI nouveau et les restos du coeur de msieur Coluche, tandis que le Front National de msieur Lepen comptait ces nouvelles voix.

    Les bobos de l’époque raffolaient de ceux qu’ils appelaient les "doudous" en souvenir de leurs vacances au Senegal, l’art de la négociation dans toute sa splendeur.

    L’époque a viré à l’aigre et les doudous sont toujours là, seule la souffrance peut -étre….

    Il y a à peine 8 jours, resto d’une plage Italienne huppée du coté de l’adriatique…petit job securitaire bien payé du coté de la ligue dite du nord, frime et pailletttes destinées à sceller des accords italo-mexicains sous fond de contenair dans le port de Naples.

    Un senegalais passe le visage émacié et ce regard etrange qu’ont les noirs devant la mort…les bras chargés de sacs estampillés Fendi, Prada…..etrange arbre à fruits lorsque les Abruzze toute proches abrite toute la sous traitance et le cortege de ses nouveaux chomeurs. Notre senegalais n’est pas le bienvenu au mileu des cafés frappés. Aprés avoir tenté d’echanger sa pacotille contre quelque argent , il vacille en disant : j’ai faim, pour manger ….

    Un jeune au crane comme un oeuf lance un """expulsion immédiate pour les immigrés", les mêmes qui le soir dans la disco géante dansent le bras levé façon Mussolini, alors que les videurs sont noirs ..strange fruits toujours et encore.

    Il n’a même plus les jambes, le senegalais une fois dehors sous le soleil implacable, ses yeux hagards cherchent lorsqu’une voix lui dit : l’ami, va au bout du bar, attends la moglie, commande ce que tu veux à manger et à boire surtout, dis lui de mettre ça sur le compte du français.

    Quelques minutes plus tard, une serveuse désigne du doigt un grand noir assis devant le bar et à une tablée en face, quelqu’un fait, OK.

    Une vieille dette des années 80 au fond, mais faudra que je colle ça dans un polar un jour….

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  4. Pierre Meur
    Pierre Meur dit :

    À Agnès :

    Qu’est-ce que l’on peut leur reprocher, d’être dans l’illégalité ?
    D’exploiter "la manière" de vendre ?

    Peut-être que nous avons oublier le respect dû à un être humain. Eux-aussi sans doute.

    Si on nous envoyait en Afrique ou en Inde, comment survivrions-nous ? Mon épouse et moi, avons connu une argentine, Norma, qui commerçait de cette manière. Elle était réfugiée politique. Nous nous occupions de son petit enfant (Sergio, 4 ans) tous les soirs. Nous n’avons jamais rencontré plus de courage dans une seule personne.

    Si vous le désirez, je vous raconterai la vie de Norma et de Sergio fils et de Sergio père (prisonnier politique). Il y a des moments très forts qui vous ferons venir les larmes aux yeux.

    Bon Dieu, tous ces gens ont une histoire. Ne voir que les "marchands qui vous agressent", c’est leur voler la part la plus importante de ce qu’ils sont : leur identité.

    Pierre Meur,
    Belgique

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  5. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Je ne leur reproche rien, je les vois, comme je vois les clodos, les putes, les amoureux, les esseulés, les ivrognes, les poètes, les jongleurs de rue, les flics, les bouseux, les serveurs, les balayeurs, les ouvriers de la voirie… Je les vois là où trop de monde détourne le regard, évite le contact. Je ne sais rien d’eux, alors j’observe leur manège, tente d’esquisser leur comportement, leur fonctionnement, leur place dans la cité. Comme j’en parlais avec le vigile faussement agressif, ils font partie du décor, ils se glissent dans les interstices laissés par la marchandisation du monde et viennent grappiller les miettes.

    Ils tentent de gagner leur croûte, malgré la concurrence, les règles qui leur sont encore et toujours défavorables, le mépris, la connerie ordinaire. Si je n’avais pas été en vacances en famille, si je disposais de quelques moyens, j’aurais bien voulu en savoir plus sur les marchands de rues de la capitale. À la place, je me suis contentée d’une petite carte postale du mois d’août.

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  6. Dr No
    Dr No dit :

    Ben, entre ces spammeurs à la sauvette et les arnaqueurs qui te la refourguent 100 fois plus cher, leur camelote made in China en te faisant croire que c’est du made in France et roulent en Porsche made in Germany, j’ai fait mon choix : je n’achète pas de tour Eiffel 😀

    PS : Alors tu es venuen famille jusqu’à la capitale et tu n’as pas informé les autorités supérieures de Blogspleen … c’est du joli ça !

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  7. Agnès Maillard
    Agnès Maillard dit :

    Mr Monolecte a été très clair : Paris en famille, interdit de voir des blogueurs sur place! J’ai donc rajusté ma burqa et suivi… 😉

    Sinon, la prochaine fois, je préviens tout le monde et on se fait une méga fiesta qui déchire les méninges! 😀

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