Mais, dans ce cas, qu’est-ce qui nous différenciera d’eux ?

Création d'une œuvreUn jeune militant antifasciste (un antifa, comme on dit entre nous) a été battu à mort, hier soir, par ceux-là mêmes qu’il combattait. Ce matin, les appels à la violence contre les groupes d’extrême droite se multiplient sur les réseaux. Si l’indignation est partagée et compréhensible, si la colère est une réaction normale, et la peur, et l’effroi, et la rage incontrôlable aussi, ces diatribes guerrières me plongent dans un profond malaise, me poussent à m’exprimer à chaud, moi qui déteste ça. Qui déteste laisser les tripes prendre le pas sur les neurones, l’émotion gouverner la pensée.

J’ai vu « Tous au Larzac ! » il y a deux jours et je suis toujours en état de choc. J’ai été fascinée par ce doc à plus d’un titre sur ce qu’il nous apprend des méthodes de communication, de la contamination des esprits, du fonctionnement intrinsèquement démocratique de la contestation, du changement et l’autre et surtout de soi dans l’action, de la capacité de résister dans le temps, de ne pas se laisser abattre par des échecs répétés, de ne pas se décourager dans l’adversité et de tenir bon, tout le temps et jusqu’au bout. Mais ce que j’ai particulièrement retenu, c’est aussi que la non-violence nous distinguait fondamentalement des fachos et même des flics qui n’hésitent pas à user de violence eux-mêmes pour en déclencher encore plus et avoir un prétexte pour abattre un mouvement profondément politique et surtout légitime même s’il est illégal par la force de coercition d’un pouvoir autoritaire, sourd et aveugle à sa population.
Je ne suis pas particulièrement non-violente, mais je suis justement en train de me poser la question de la légitimité de l’usage de la violence.
En ce jour sombre, où l’émotion prend le pas sur la réflexion, l’usage de la violence serait la réponse très attendue par tous ceux qui prétendent qu’extrême gauche et extrême droite, c’est kifkif bourricot !

Les fachos ont fait, une fois de plus, la démonstration de ce qu’est leur projet politique. Nous n’avons rien de mieux à proposer ?

En plus, je ne peux jamais m’empêcher de continuer à penser à Tarnac, en arrière-plan. À l’idée qu’on a tenté de criminaliser le mouvement contestataire du capitalisme, de nous rendre illégaux sous prétexte d’une violence qui n’avait même pas eu lieu, qui n’était même pas préméditée, parce que tout était un coup monté, parce que la violence était un choix délibéré de l’État pour faire taire la contestation.
Ensuite, je repense encore à « Tous au Larzac ! » où un des paysans raconte que lors de la visite de Mitterrand sur le plateau, quand les pierres ont commencé à voler, il avait reconnu un mec des RG en civil dans les caillasseurs. Si le Larzac c’était embrasé, comme essayait d’y arriver le gouvernement, à l’heure qu’il est, il y aurait des trous d’obus à la place de la ferme de José Bové.

Je pense que la radicalisation des esprits qui a lieu en ce moment est avant tout une faillite de notre pensée politique. 

En fait, sans projet politique construit, notre combat ne veut plus rien dire.

Nous devons penser l’impensable, dépasser l’indépassable, reculer les limites de L’Impossible hors de vue.
La violence, la radicalisation des esprits, le sectarisme, le rejet violent des dissidences, les dénonciateurs, les censeurs, les milices de la pensée et de la baston, les bras armés, les éructations, les vengeances, les coups de poing, les argumentaires à la batte de baseball, tout cela est un héritage des fachos, tout cela n’est pas nous et ne doit pas contaminer nos esprits !