Le concept qui tue
Ce que Peugeot a fait du précédent plan d’aide


La clé est dans l’obsolescence programmée de nos mémoires. L’idée centrale de tout le système actuel, c’est que le peuple est un ramassis d’hypocéphales abrutis à longueur de temps par les ombres hypnotiques de la boîte à cons. Du coup, ils ne se fatiguent même plus à inventer de nouvelles catastrophes, à monter des histoires plausibles, non, c’est la fin du storytelling à l’usage des entubeurs de foule. Maintenant, ils se contentent de se pointer au guichet et d’annoncer la couleur : envoyez la fraîche, tocards, ou on dégraisse quelques baltringues de votre acabit, façon équarrissage.

Prenons au hasard l’industrie automobile, ce fleuron de l’économie française, sous perfusion étatique depuis des années, à coup de primes à la noix qui sont autant d’incitation à gaspiller des véhicules en parfait état de marche à l’usage de consommateurs testostéronés du ciboulot qui, de toute manière, avaient déjà les moyens de conduire une voiture neuve à vie. Bref, un immonde gâchis de ressources précieuses, alors que tant de petits salariés peinent à maintenir en état leur poubelle à roulette pourtant indispensable pour se rendre à leurs miettes de boulot à l’heure où les transports en commun se font anémiques.
Je rappelle que les constructeurs automobiles ont déjà bénéficié d’une somptuaire rallonge de l’État, lequel s’est empressé de ne surtout rien leur demander en échange. Rien. Que dalle. Même pas une petite garantie de rien du tout. Même pas une clause de sauvegarde de l’emploi. Surtout pas un plan stratégique : l’État actionnaire, c’est sale ! Il est juste bon à allonger l’oseille et à regarder ailleurs une fois que c’est fait.

Et qu’est-ce qu’ils ont fait du pognon ? Ils ont arrosé les cadres dirigeants, les actionnaires et ont continué la même stratégie de développement de niche de voitures de prestige, de gadgets inutiles (qui a vraiment besoin d’un radar de recul en série ?). Et pendant ce temps-là, les petites japonaises compactes, économiques, sobres, modulables, fiables avec des garanties constructeur allant jusqu’à 7 ans ont conquis jusqu’au si chauvin marché français. Parce qu’il faut arrêter d’être bête aussi et de payer plus cher qu’ailleurs des voitures conçues pour rouler au siècle dernier. Surtout que, si on y réfléchit deux secondes, sachant que les constructeurs hexagonaux ont déjà délocalisé l’essentiel de leur production automobile, la meilleure façon d’acheter français, écologique et socialement responsable, c’est encore de se payer une Toyota Yaris ! Tout est dit, non ?

Bref, très logiquement, avec un modèle économique aussi débile que celui-là… ils ne se sont même pas cassé la gueule ! Non, non, non : la progression de la croissance de la filiale bagnoles se tasse un peu, mais je vous rassure, le pognon défiscalisé continue de couler à flots. C’est juste que dans leur plan stratégique, il y a comme condition indépassable de toujours moins payer le travail et pour cela tous les moyens sont bons : chantage à l’emploi, grasses subventions extorquées par la menace et bien sûr, délocalisation vers des pays où la vie est moins chère… enfin, surtout celle des ouvriers. Autrement dit, en plus des chauffes-nuques, on a dû grassement financer de nos deniers — ceux qui manquent toujours pour l’école, la santé, les retraites, etc. — la charrette en cours et le transfert des usines vers le tiers-monde.

Faut-il sauver le soldat Peugeot ?

La question se posera aussi pour le soldat Renault — lequel a eu comme stratégie industrielle de relancer la construction des Alpines, si, si… — , comme elle s’est déjà posée pour le poulet industriel de merde Doux.
Parce que si, au moins, on en avait eu pour notre argent, toute autre considération accessoire écartée ! Si, par exemple, l’automobile avait évolué ces dernières années, voire ces dernières décennies. Je parle d’évolution, pas d’inflation de gadgets rigolos, mais ne changeant pas intrinsèquement la nature de l’objet produit. Je ne parle même pas de voitures qui volent, le grand regret de ma vie, non juste de véhicules vraiment améliorés : système de propulsion, système énergétique, durabilité, ce genre de choses. Alors que nous savons collectivement depuis au moins 30 ans que la propulsion à combustion est condamnée, que le transport individuel est écologiquement trop coûteux, qu’il faut repenser nos mobilités, qu’est-ce que l’industrie automobile nous a proposé : que dalle !
Autrement dit, c’est un secteur obsolète qui devrait finir de s’effondrer sur lui-même faute d’avoir su s’adapter.

Mais que fait-on des gens qui vivaient de ce secteur, me direz-vous ? Il est vrai que 320 000 salariés rien que pour la France, ça ne se planque pas sous le tapis. Parlez-en aux pouvoirs publics de Detroit et vous comprendrez qu’on ne peut faire l’impasse sur un effort de reconversion national, voire planétaire. Mais déjà, avec les 6 milliards d’euros précédents, on pouvait dégager un joli petit pécule de formation de 18 750 € par salarié planté. Ce qui est bien mieux que ce qui est habituellement alloué en pseudo formations coaching beauté-CV. Sans compter qu’on le veuille ou non, l’effort financier, il va bien falloir de le faire, à moins de lancer une bonne petite guerre mondiale pour occuper et élaguer dans tous ces bras devenus inutiles à la grande machine à broyer des vies pour en faire cracher du pognon.

Quand j’y pense : plus les conditions de travail se dégradent et plus les salariés prêts à tout pour ne pas lâcher ce job pourri qui les nourrit à grand-peine, consomme leur vie et consume leurs forces. Leur peur du vide et du changement est telle qu’on a déjà vu des gens cacher des maladies professionnelles, des empoisonnements, taire des pratiques illégales ou mortifères, même si ça les touche directement, juste pour ne pas perdre leur foutu boulot. Et vous savez pourquoi? Parce qu’on a fait en sorte que leur vie après le travail sera encore pire que dans leur boîte où ils ne sont pourtant que des unités de production jetables. Parce que notre société ne fait en réalité aucun effort de conversion en masse du salariat vers les nouveaux secteurs économiques émergents ou nécessaires. Parce que nous consacrons toujours plus d’argent à des entreprises nuisibles, inutiles et ankylosées, à des parasites financiers, plutôt qu’aux besoins réels de la population qui, pourtant, en bout de course, finit toujours par régler l’ardoise.

Il y a aussi qu’au lieu de primes à la casse coûteuses et ciblées sur des gens qui n’en avaient pas besoin, de PPP aux conditions léonines pour construire encore des autoroutes tellement chères que personne ne roule dessus, au lieu de sacrifier encore et toujours plus de ressources, d’argent, de gens sur l’autel des très saintes bagnoles, on aurait pu avoir un vrai plan de transition économique vers le monde dans lequel nous allons devoir vivre, de gré ou de force. Voilà donc de l’argent qui eut été mieux employé pour soutenir le développement du photovoltaïque en France, coulé faute de subventions, les énergies alternatives, les mobilités émergentes, des circuits courts. De la même manière qu’au lieu de perfuser le poulet de batterie dégueulasse et mortifère et toutes les filières agricoles intensives qui polluent, dégradent notre habitat et produisent des trucs immondes à dangereux, nous pourrions favoriser le travail de ceux qui expérimentent de nouvelles techniques de production respectueuses de la nature et des gens, comme l’agroforesterie, les cultures raisonnées, bio, etc.

Bref, au lieu de réagir au coup par coup comme des poulets sans tête, il est peut-être temps de comprendre que c’est la force politique qui oriente la vie économique à travers ses choix stratégiques, simplement en décidant de ses priorités de financement. Nous devons marquer à la culotte chacun de nos élus, chacun de nos députés, sénateurs, conseillers, maires, présidents de trucmuches divers pour être bien certains que notre argent ira là où se trouve notre intérêt collectif, pas seulement dans l’immédiat, mais aussi pour nos enfants et toutes les générations futures.

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