Foi
Mise en ligne par Le Monolecte


La permanence de la foi religieuse, alors même qu’elle a clairement démontré sa totale inefficacité à travers les siècles, reste pour moi un mystère insondable. On me dira que dans le meilleur des cas, la foi ne fait pas de mal, qu’elle aide plutôt bien à surmonter les épreuves de la vie ou à donner du sens à la vacuité de l’existence humaine. Cela dit, j’ai toujours un mal de chien à porter sur le sentiment religieux un regard bienveillant tant je considère qu’il a surtout été utilisé pour asservir son prochain et lui infliger les pires horreurs au nom de la foutue vraie foi. Plus prosaïquement, bien des guerriers avides de pouvoir et de conquêtes auraient été bien emmerdés s’il leur avait fallu justifier leurs appétits territoriaux sans le bien pratique prétexte de la religion. Il est plutôt facile d’envoyer des millions de jeunes hommes pleins de promesses se faire éclater la tronche sur les champs de bataille pour la défense de leur Dieu, contre les mécréants et les païens, il est nettement moins efficace d’annoncer franchement la couleur : on se contrefout de ce que pensent ou croient les voisins, on veut juste s’approprier la source du fleuve | les terres fertiles | les ressources naturelles | le plus gros gisement de pétrole du monde | de nouveaux esclaves (rayez les mentions inutiles !), vendre nos nouvelles armes, s’en foutre plein les fouilles et envoyer une jolie médaille en chocolat à ta veuve et tes orphelins pour les remercier de ton sacrifice stupide.

Faute de soulever les montagnes, la foi a tout de même servi à ériger de magnifiques monuments, toutes flèches lancées vers le ciel en une superbe prière de pierre et je ne me lasse pas d’arpenter les lieux saints que la foi des hommes a semés un peu partout dans notre pays et ailleurs. Je promène mon athéisme sous des plafonds immenses et j’observe, encore et toujours la permanence de cette foi religieuse chez mes contemporains. À ce titre, je suis purement captivée par les gestes symboliques, comme ces amas de bougies dont la lueur vacillante égaye la pénombre recueillie des petites chapelles comme des grandes cathédrales. Une petite bougie pour une vie moins merdique, symbole de l’externalisation de la foi, celle qui se focalise sur un objet extérieur et indicible quand elle déserte son for intérieur. Parce que la vraie foi, finalement, la plus difficile à cultiver, c’est la foi en soi, en son aptitude à produire soi-même le bon et le beau, en sa capacité à apporter sa petite pierre à l’édifice de l’humanité immense, multiple et variée.

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