Il y a des jours, comme ça, où Internet me prend vraiment la gueule. Mais cela doit être de ma faute : quelle idée que d’aller habiter au cul des vaches, là où même La Poste et les pigeons voyageurs rechignent à passer!


Internet pour les bouseux, c’est juste usant à la longue : une connexion molle du genou, avec des décrochages intempestifs quand tu es au téléphone avec un client et un débit de poussin qui n’est pas sans te rappeler les heures glorieuses du réseau, quand on s’y connectait en RTC, c’est-à-dire via un modem gros comme une imprimante d’aujourd’hui, directement collé à la prise téléphonique. C’était l’Internet parfait pour cultiver l’art ultime de la patience, quand on pouvait cliquer sur un lien et aller pisser tranquille en attendant que la page s’affiche enfin.

À nous, les ND (Non Dégroupés pour les intimes, car Non Dégroupables, faute d’infrastructures entretenues ces dernières années), les joies des offres triple peine : Connexion de merde, pas de TV intégrée et la même facture à la fin du mois que les copains dégroupés avec toutes les options au taquet. Et faut pas se plaindre : au moins, on a quelque chose! À 50m près, c’était Internet au lance-pierres, avec ravitaillement par les corbeaux!

Bref, on fait avec avec. Avec plus ou moins de bonheur, mais on fait avec. On ronge notre frein. On fait contre mauvaise fortune bon cœur. Et on a un ordinateur portable. Indispensable. Avec lequel on peut aller se connecter au bled à côté, avec ses 8 Mo de connexion descendante par beau temps avec le vent dans le dos. Les gars des villes ne peuvent pas comprendre le luxe que c’est : hop, un coup de bagnole, un coup de wifi et je peux enfin mettre à jour l’un de mes sites ou envoyer la grosse pièce jointe de 2 Mo qui restait désespérément coincée dans ma boîte d’envoi à la maison.
De la même manière, on fait avec quand la ligne FT est abattue par la tempête et que l’opérateur historique met 2 mois pour réparer. C’est la rançon de notre gloire : vivre avec assez d’espace pour ne pas se marcher sur les pieds, les yeux au ciel et le murmure du vent dans les arbres niché au creux de l’oreille. Le tout pour un loyer qui n’excède qu’à peine un peu le tiers de nos revenus.

L’Internet nomade, pour nous, c’est presque une seconde nature.

Alors imaginez ma joie sans partage lorsqu’est tombé le communiqué de Free sur l’ouverture de son réseau FreeWifi : des millions de hotspots, partout en France, rien que pour nous, les naufragés de la bande passante. Parce que quand on va dans une grande ville, c’est la fête au wifi : mon sniffeur clignote encore plus qu’un arbre de Noël boulevard Haussman à la belle saison! Il y a des bornes partout, 10, 20, 30, à portée d’antenne, avec des débits de fous furieux… sauf que tous les points d’accès sont verrouillés et que du coup, on ne peut même pas relever ses messages. Alors, forcément, le FreeWifi, c’est un peu le lot de consolation des ND en vadrouille, l’arche de Noé des naufragés de la fracture numérique, la petite compensation qui nous fera prendre notre mal en patience… encore un peu.

Et bien non!

Free vient tout juste d’annoncer l’ouverture du « plus grand réseau Wifi communautaire au monde » avec 3 millions de hotspots Wi-Fi au compteur. De fait, le FAI ouvre là son parc des Freebox ADSL v5 pour les transformer en points d’accès. En pratique, tous les abonnés ADSL dégroupés pourront profiter d’un accès internet gratuit à travers ces points d’accès dans les zones toujours dégroupées.

Le plus grand réseau Wifi communautaire du monde, on a le droit de le payer, pas d’y participer. Parce que nous autres, non dégroupés à notre corps défendant, nous avons des Freebox V4 dont le firmware n’a plus été mis à jour depuis la mort de Lucy et quand nous voulons accéder à l’interface de connexion, nous avons le droit à une fin de non recevoir de ce type :

Et là, je ne sais pas pourquoi, subitement, d’être non dégroupée, ça m’a sévèrement fait chier!
Dès que cette insolente petite page s’est affichée, j’ai balancé rageusement un mail plutôt énervé à l’assistance Free (parce que je ne suis ni assez riche, ni assez patiente et ni assez aimable pour me taper l’assistance téléphonique) et j’ai crée un groupe Facebook pour râler.

À mon avis, tout cela ne va encore servir à rien, mais, au moins, j’aurais eu la joie intense de gueuler comme un putois du fond de mon trou oublié de tous, même du Dieu du cyberespace!

Powered by ScribeFire.