Finalement, je vais participer à une chaîne. Je vais même faire mieux, je vais lancer la mienne, une belle chaîne libre, sans entraves, avec de belles pépites de joie dedans.


Le principe est simple : on fait ce que l’on veut! Ceux qui veulent participer peuvent librement le faire sur leur blog, inviter des potes à en faire autant en leur envoyant des mails, des pings ou des pigeons voyageurs, le faire dans les commentaires ici s’ils n’ont de pas blog à cet usage, le faire sur des forums, en IRC, voire sur un coin de nappe au resto avec des potes, voire sans écrire, juste en en parlant autour d’une bonne bière mousseuse, ou avec leur grand-mère ou avec leur chat. Vous n’êtes même pas obligés de me citer, mais si vous décidez de laisser un lien, un mot, une note ou un bouquet de fleurs, c’est sympa aussi.

Le thème de ma chaîne :

Cinq choses qui vous rendent heureux

Sunset sur les Landes

Vous pouvez vous contenter d’une liste, de cinq mots, de cinq paragraphes ou de cinq romans.
Vous pouvez aussi parler de 8 choses, s’il y en a plus ou de 2, si vraiment ce n’est pas la joie.
Le plan, c’est juste de partager 5 petits éclats de bonheur avant de se cogner le retour au turbin.

Notre fille

De toutes les choses qui ont pu m’arriver jusqu’à présent dans mon existence, la plus formidable de toutes n’a pas tant été d’avoir un enfant que de le regarder grandir. Presque chaque jour, je regarde notre fille et je suis bouleversée de voir cette créature, qui peut être absolument infernale par ailleurs, s’étirer comme une étrange guimauve vivante. Chaque fois que je repense au petit être vagissant qui est entré dans ma vie dans une grande gerbe de sang et que je vois ce qu’il est devenu en seulement cinq petites années, je ne peux m’empêcher d’être complètement admirative. Même sa petite moue boudeuse de sale gosse même pas trop gâtée est touchante. Notre fille propage les purs instants de grâce par vagues successives, entrecoupées de tempêtes de cris et de pleurs. Nous tenons le cap, fermes dans nos bottes bien droites, nous appliquant sans faille dans notre job de parents sans cesse réinventé, nous ne lâchons jamais le morceau, nous éduquons coûte que coûte, mais le soir venu, quand le petit monstre se repose enfin, ses traits relâchés laissent voir le petit ange que nous aimons tellement voir bouger, sauter, rire, babiller, pleurer, raconter des histoires, galoper prestement en agitant ses petites jambes fines qui ne cessent jamais de tricoter et de s’étirer. Je me nourris chaque jour de cet étrange ballet, de cette voix d’écureuil sous acide, j’empile avec soin toutes ces sensations dans l’attente du moment où elle partira à la conquête du monde.

Se coucher

Bouton de rose

Le fait que j’adore notre fille ne m’empêche absolument pas d’apprécier la détente qui suit immédiatement le moment où on l’a couchée, où commence le temps des adultes, du couple, le temps pour nous : films, livres, écritures, surf, c’est notre deuxième journée qui empiète largement sur la nuit, jusqu’au moment où le regard dévisse, le dos s’affaisse, la pensée se met en berne. C’est alors, à bout de course, au bout de tout, que je peux me glisser en fin dans mon lit où le corps entier se détend, s’écrase lourdement sur le matelas. Ce moment d’abandon, de jouissance dans le lâcher-prise est l’un des meilleurs de la journée, il s’exprime dans un gros soupir satisfait alors que l’esprit glisse lentement dans le sommeil. Et grâce à un usage judicieux de la sieste, ce pur moment de bonheur animal peut être répété dans la journée…
Le bonheur devient total lorsque le lit est garni de draps propres du jour, frais et très légèrement rêches.

Les yeux au ciel

Quand nous vivions à Paris, nous n’avions qu’un petit carré de ciel, souvent gris, qui se découpait très loin au-dessus de notre fenêtre. La journée, ce même ciel était sévèrement encadré par le canyon d’immeubles de la ville, quand il n’était pas tout simplement oublié au fin fond du réseau de termites que l’on appelle Métro. La nuit, l’éclairage public surabondant occultait presque totalement la voûte étoilée, ne laissant percer, ça et là, que quelques pauvres loupiotes clignotantes, les étoiles les plus brillantes du ciel. Je crois que ce monde sans horizon a été l’une des choses les plus difficiles à supporter lors de mon long séjour dans la capitale. Nous avons juste besoin de nous confronter chaque jour à l’immensité du monde, de suivre la course des nuages au-dessus de la nature changeante. Les yeux au ciel pour mesurer le temps qui passe, celui qui vient, notre insignifiance, mais aussi la grandeur et la joie d’être vivant, capable de le voir et de jouir de son intense beauté.

La photo

Le saut du béret

Non pas les photos, mais La photo, celle qui te fait trembler d’excitation pendant que tes doigts dansent fébrilement sur les derniers réglages. Il y a peut-être là quelque chose d’atavique, comme la fièvre du chasseur juste avant l’instant où il va capturer son dîner et celui de sa tribu. Il y a donc cette photo parfaite que tu sais que tu vas peut-être réussir : tu es au bon endroit, au bon moment, avec le bon sujet, le bon cadre, la bonne lumière et surtout, l’appareil à portée de la main. C’est l’heure magique qui teint d’ocre le paysage tiède d’une fin de journée d’été, c’est ta fille qui part dans ce grand éclat de rire, c’est ce ciel, encore et toujours lui, ce ciel de carte postale avec ces petits nuages moutonnants et réguliers que te donnent l’impression de voir jusqu’au bord de la Terre, ce ciel d’orage dont les flancs sombres palpitent de la menace d’une pluie battante, c’est une vieille bâtisse dont l’heure du jour souligne les charmes cachés, c’est la vie, tout simplement, qui ne cesse de se jouer sous tes yeux et dont tu va pouvoir capturer un instant précieux, un petit éclat de beauté, de grâce ou même de tristesse.

Vous

Mine de rien, on finit par être accro de ces petits messages qui s’égrennent derrière chaque billet publié. Ce n’est pas une question de reconnaissance, c’est une question de partage, de communauté d’esprit. Même les critiques acides sont les bienvenues : coups de gueule, interrogations, précisions, dérision, petits signes d’amitié, débats, témoignages, c’est un concentré d’humanité auquel je me branche avidement chaque jour. Avoir des nouvelles des uns, des autres, découvrir d’autres mondes, d’autres pensées, d’autres espaces d’expression, discuter, tartailler sans fin, s’empoigner, s’enflammer.
Et écrire, forcément écrire. Non pas dans une introspection narcissique et vaine, mais écrire pour partager, écrire pour lire et être lu, tisser des liens au-delà des distances, sociales ou géographique, mentales ou politiques. Et parfois, rencontrer réellement les gens, se confronter à la barrière de chair. À chaque fois que je rencontre des internautes dans le monde réel, j’ai l’impression de décevoir, de ramener le verbe qui me nourrit à cette petite créature pataude et banale que je suis réellement. La confrontation avec le réel est souvent cruelle… et nécessaire. Mais dès que je surmonte mes propres limites, c’est toujours une joie immense que d’appartenir au magma humain, de se mêler à la foule qui vibre, s’interpelle, qui se cogne, se bouscule, s’embrasse, se retrouve et se déchire, qui vit, tout simplement.

Powered by ScribeFire.