Il y a un mois se tenaient les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre, sympathique réunion de manchots venus de partout débattre, partager, apprendre, pratiquer, du côté lumineux du clavier.


Bienvenue aux RMLL 2008

Comme tout bon libriste, la journée commence par une petite séance de covoiturage vers le site de Mont-de-Marsan, un peu plus d’une demi-heure dans la 205 d’un membre de l’association culturelle du bled, ancien prof de math, formateur bureautique bénévole entièrement sous GNU/Linux et gauchiste à la truelle, lecteur occasionnel de ces pages. Je serais allée à l’intégralité des RMLL, mais le temps et le carburant me font cruellement défaut. Le 4 juillet est le jour de la conf’ de Stallman. C’est aussi celui de la réunion des Apriliens, dont je fais partie. Quelques jours auparavant, j’ai eu Satya au téléphone, ancienne d’Altermonde et sympathisante actuchomiste : on espère se croiser.

Nouveau Logo

L’arrivée sur le site principal est un peu déconcertante : passé le rond-point principal de Mont-de-Marsan, on s’enfonce dans une sorte de zone pavillonnaire, guidés par de petits panneaux, avec la vague sensation que nous sommes à la recherche d’un raccourci que nous ne trouverons jamais. Malgré l’heure matinale (et oui, le geek 2008 se lève tôt), il commence déjà à cogner sec et la journée s’annonce comme l’une des plus chaudes de la saison. Finalement, un peu au bout d’une impasse, on trouve l’IUT qui accueille les RMLL, un peu relégué au bout du bout des faubourgs. Le parking est déjà bien plein. L’endroit fourmille de petits groupes de chevelus qui trottinent à petits pas pressés sur des vecteurs bien dessinés dans leur esprit. Chacun a l’air de parfaitement savoir où il va. Je choisis au hasard un couple en translation rectiligne et nous leur emboîtons le pas. Pierre cherche l’atelier Gimp, je tente de localiser l’amphi où se tient la réunion April. Il y a des enfilades de salles vides dans un bâtiment dont les volumes et les espaces appartiennent fermement à cette décennie. Finalement, Pierre parvient à une salle dont le public déborde dans le couloir pendant que j’entre dans un amphi bien trop grand pour ses 25 spectateurs.

La matinée commence par un tour de table : les membres du CA, les membres inscrits depuis la première campagne d’adhésion d’il y a deux ans, dont je suis, les membres recrutés ces derniers jours aux RMLL, des sympathisants et même le troll officiel de l’association. J’ignorais totalement que l’on pouvait bichonner son troll personnel pendant de longues années, mais la formule a l’air avantageuse : le troll d’April a l’œil vif, le poil brillant et un vrai talent pour poser les questions qui couinent au moment où la discussion tend à retomber comme un soufflet. C’est bien sûr à ce moment-là que mon téléphone se met à s’agiter dans mon sac.
Dans le couloir, je me retrouve à me prendre la tête avec l’imprimeur : problème de couleurs dans le dernier print que j’ai envoyé. C’est aussi ça, les logiciels libres. Un changement de version de Scribus a introduit la gestion des couleurs et a détruit toutes les fines nuances de la maquette réalisée il y a plus d’un an. Bref, ça bataille autour des profils couleurs, mon WE est potentiellement foutu et j’ai raté la réunion April. Par contre, j’ai trouvé Satya.

Village associatif

On décide de rallier le village associatif, le cœur du dispositif. Il fait chaud sur la Gascogne. Il y a des geeks partout, mais je les trouve étrangement… familiers. En fait, cela me frappe lors de notre visite de la tente des associations : la moyenne d’âge des manchots présents dépasse joyeusement la trentaine. Je pensais faire vieille peau, je me retrouve au cœur de la classe d’âge dominante. Sous la tente, je retrouve Pierre Jarillon, ancien combattant du libre, mais toujours réserviste, toujours sur le pont. Depuis qu’il est à la retraite, il a l’air de consacrer tout son temps libre… au libre. Il y a aussi des tables Framasoft, Wikipédia, OpenOffice, Mozilla… et des agrégats de GUL, regroupés par AOC. J’ai perdu Satya dans l’absence de foule, je décide de finir la matinée avec les Apriliens.

La force du nombre

Cantine de geeks

Le débat s’est engagé sur la question de la nécessité de faire encore grossir le nombre d’adhérents à April. C’est Frédéric Couchet qui défend cette orientation inflationniste. En substance, il explique qu’April n’est pas dans une stratégie de prestation de service, comme on peut le voir dans bien des associations. Les adhérents ne donnent pas leur argent en échange d’un abonnement à un magazine, un service de dépannage et un réveil-matin qui fait pouet made in Taïwan Roumania China Laos MadagascarSarkozystan ? Non, on adhère à April pour faire entendre notre voix, c’est un engagement de conviction pour les logiciels libres.
April fait du lobbying pour les Logiciels libres. J’ai trouvé intéressant qu’à aucun moment le mot lobbying ne soit sorti du chapeau, mais c’est bien de cela qu’il s’agit. C’est probablement qu’en France, le lobby est plus assimilé à une association de malfaiteurs qui a pour but de corrompre les politiques, mais dans les faits, il s’agit bien de groupe de pression politique.
Dans une démocratie représentative telle que la nôtre, les orientations minoritaires n’ont guère d’autres possibilités de faire entendre leurs revendications que de se constituer en association. Le problème, c’est que rencontrer des hommes politiques, ça prend du temps, beaucoup de temps, bien plus que ne peut en avoir un bénévole et que pour se faire écouter, mieux vaut avoir de la mitraille derrière soi : 50 péquins ? Le député est en rendez-vous, appelez demain ; 250 quidams ? Il va vous recevoir tout en pensant à sa liste de courses pendant que vous parlez ; 5000 adhérents : les politiques et les journalistes vous appellent pour avoir votre version du débat.

LibrenBerry

Alors, April grossit pour atteindre la masse critique et les adhésions servent à financer les permanents sans dépendre de la manne très volatile des subventions : un jour, une collectivité vous promet 20 000 € en échange d’une animation de terrain et une fois l’évènement passé, ne vous file que 10 000 € et vous laisse sur le carreau l’année suivante… pas très pérenne et indépendant comme financement… sans parler de la valse des contrats aidés… qui aident surtout à accélérer la rotation dans les files d’attente de l’ANPE.

Une façon intéressante de concevoir le rôle associatif à laquelle j’adhère totalement.

À midi, je mange avec Éva, permanente à April justement, grâce au ticket de cantine du président… ça le fait, non? La bouffe est niveau RU année 90 et ce n’est pas un compliment. D’ailleurs, les libristes râlent abondamment : ils ont passé l’âge de se nourrir de vieux morceaux de pizza froide sur un coin de clavier et ils veulent de vrais légumes dans leur assiette, pas des croquettes industrielles aux féculents. Dans un coin de la cantine, FreeNews TV émet en permanence.
Je voulais aller voir Stallman, mais faute de place, les stands entreprises et la conf’ de Stallman sont déportés à la CCI des Landes, de l’autre côté du bled. Certes, il y a une navette de bus qui permet d’aller d’un site à l’autre, mais j’ai déjà tellement peu de temps sur place que je ne vais pas le gâcher dans les transports. En plus, mes ennuis d’imprimeur m’incitent plutôt à crapahuter prestement vers l’atelier Scribus qui démarre sur la digestion. Sur la route, je tombe sur le stand de LibrenBerry, une boutique que ne fait que du libre, (livres et PC garantis sans OS propriétaires!). Ça soulage un peu les yeux quand on compare avec les rayonnages de la FNOUC ou de l’hyper du coin, qui ne font que du Windows. Je devise quelques minutes avec Cédric, qui tient le stand, sur le choc culturel de la disparition d’O’ Reilly France, l’éditeur cultissime de magnifiques bouquins d’informatiques consacrés au libre, je lui prends un lot de fiches mémo horriblement chères mais tellement bien fait et je pars à l’atelier Scribus ou je retrouve Pierre, mon covoitureur.

Atelier Scribus

L’atelier est une session d’initiation tenue par un impressionnant orateur à l’accent délicieux de nos cousins d’outre-Atlantique. Louis Desjardins dirige une agence de communication au Québec et il est aussi un fervent promoteur de Scribus, le logiciel de PAO totalement libre qui m’a permi réellement de démarrer mon activité actuelle. Il a une très bonne maîtrise de la bête et je parviens même à apprendre quelques trucs d’utilisation qui vont s’avérer forts utiles pour la suite. Je profite des travaux pratiques pour lui parler de mon problème de compatibilité de fichiers avec mon imprimeur et c’est lui qui m’apprend que Quark Xpress n’est pas non plus le modèle de stabilité que l’on veut nous faire croire. Les utilisateurs de Quark font au moins autant de débuggage que ceux de Scribus, mais eux, ils paient en plus pour cela… Je crève de chaud mais je suis ravie de la rencontre. Je finis ma journée à tenter de tutorer comme je peux un apprenti sur Scribus et je rentre au bled avec Pierre.

Je reviens chez moi, partagée entre l’enthousiasme des rencontres, le fourmillement des idées et la déception de n’avoir qu’entr’aperçu qu’une petite partie de cette énergie débordante. Les RMLL 2009 auront lieu à Nantes : il me reste un an pour trouver le moyen de financer le voyage et le séjour…