Pour une fois, je sors de mon trou perdu au milieu de nulle part pour faire assaut de mondanités.

République des blogs Toulouse

Toulouse, quatrième ville de France n’avait pas encore sa République des blogs. Depuis hier, cette erreur historique est réparée.

Deux bonnes heures de route depuis le fin fond de la cambrousse pour accéder à la ville rose et pas une très grosse envie de me socialiser. D’un autre côté, l’occasion de croiser des vrais gens, de coller une trombine sur un pseudo et la perspective de se refaire le monde autour d’une bonne bière bien fraîche. En plus, Monsieur Poireau et Fanette m’invitent gentiment à un graillou citoyen, bref, allons sniffer les hydrocarbures et les particules lourdes d’une agglo d’un million de personnes.

On the road

C’est à l’approche de l’aire d’habitation de l’agglo toulousaine que je me rends compte que tout est pareil, mais en pire. Léguevin et son goulet d’étranglement ne cessent de gonfler, toujours plus centrifuges, avec des lotissements en carton-pâte qui grignotent inexorablement la cambrousse. Toujours la même maison T4 moche de promoteur, polycopiée à 30 ou 50 exemplaires, sauf qu’aujourd’hui, cette petite plaisanterie coûte dans les 275 000 €! Quand on sait qu’il s’agit là de l’habitat de prédilection des petites classes moyennes laborieuses, on ne peut que se dire que la soi-disant crise des subprimes ne fait que commencer. Et que les élus pourront construire une triple rocade autour de la ville-pieuvre que ce sera toujours aussi bouché. Quand est-ce qu’ils comprendront qu’il faut cesser de loger les gens toujours plus loin de leur lieu de travail ou des espaces de vie?

Rocade Ouest, vers le sud, droit vers le fameux pont d’Empalot, là où AZF a déchiré le ciel, en plein dans les quartiers populaires de la ville. Sur ma gauche, je ne vois plus l’ancienne école Sup-Aéro, mais une sorte de gros gâteau marron rutilant. Faut se concentrer un moment pour imaginer du marron rutilant… mais ils l’ont fait. C’est gros, c’est passablement moche et en plus c’est un putain de casino… Attention, dessus, c’est écrit Casino Théâtre Barrière! Hummmm, on apprécie l’alibi culturel. Je ne savais pas que l’implantation des casinos avait été libéralisée… et hop dans les nids de RMIstes et de minimum vieillesse : les bandits manchots vont se gaver!

Petit tour de métro avec Fanette, jusque chez Monsieur Poireau. Je suis horriblement en retard, comme d’hab… mais c’est de la faute au brouillard. Ligne B toute fraîche, rapide, sans guichet. Juste des mangent-cartes qui crachent le titre de transport et des panneaux lumineux pleins de conseils judicieux destinés à l’édification des masses : prenez les enfants par la main avant de prendre les escaliers.
Je suis contente de rencontrer Monsieur Poireau et sa petite chatte de 6 mois. Le repas est sympa. Je mange avec des inconnus et on se parle comme si on était de vieux potes… magie du web. La bonne idée du jour : 1/4 d’huile d’argan dans la salade. Je ne sais pas si ça flingue les rides de l’intérieur et je m’en fous un peu, par contre, ça donne bon goût à la salade.

Comme on est vraiment à la bourre, on cavale mollement vers le métro, destination Jean-Jaures.

Metting!

Nous n’avons que 5 minutes de retard, mais le Buena Vista Social Club est déjà blindé. Je ne m’attendais pas à une telle affluence. La foule est à la fois compacte et disciplinée. Il y a un passeur de plat qui fait tourner les politicards qui sont venus rencontrer le petit peuple de la toile. Beaucoup d’orange dans la salle : j’ai l’impression qu’on est dans une annexe du MoDem, version bobos de l’hypercentre toulousain, celui qui gravitait de mon temps autour de la rue Croix-Baragnon.

Envolée de poncifs sur une assemblée de scribouilleurs dévots. Je prends mon mal en patience, calée entre CSP et mc, deux autres bonnes rencontres de la journée. Je me dis que quand les politicards auront fini leur show électoral, on pourra passer aux choses sérieuses. Mais les minutes succèdent aux secondes et les vieux de la vieille ne lâchent pas le crachoir.

Si encore ça volait haut… mais non, on dirait que le principal souci des dragueurs de voix en terme de transports en commun, c’est de savoir comment se rendre le plus rapidement possible du centre de Toulouse au centre de Paris… c’était bien la peine de nous avoir fait chier pendant 30 ans avec leur putain de décentralisation postjacobine si c’était juste pour devenir des annexes consentantes de la capitale. Et en plus, combien de Toulousains ça intéresse réellement, la liaison Paris-Toulouse en avion ou en TGV? 10%? Plus facilement 2 ou 3 %, les CSP+, les bien-logés, bien-nés et bien-nantis de l’hypercentre de l’agglo, là où la ville est toujours plus belle et aménagée. Pour les autres, c’est surtout comment se déplacer entre l’immeuble enclavé dans un quartier périphérique et la ZA excentrée en sachant que quand on embauche à 4 heures du mat ou qu’on rentre à 22h00, pour les transports en commun, ce n’est pas monstrueusement plus efficace qu’au bled… D’ailleurs, je n’ai rien à dire ou à entendre sur les transports en commun de Toulouse. Chez nous, le concept de transports en commun n’existe pas et c’est tout!

Côté blogueurs, ça gratte consciencieusement du papier, comme si nous étions dans un pool de presse. Quelques questions bien polies et un contradicteur… comment dire… j’ai l’impression désagréable qu’il fait parti du staff des élus, histoire d’apporter une fausse contradiction et de réveiller les mecs du fond qui somnolent un peu. Comme une sorte de théâtre d’ombres.
Si c’est pour adopter les mêmes mécanismes, tics et attitudes que les journaleux encartés, pas la peine de se casser le tronc à essayer d’inventer d’autres formes d’expressions sur le Net. Autant aller piger comme tout le monde et faire le beau en attendant qu’une main flatteuse épingle le précieux sésame sur la croupe de l’aspirant journaliste.

Le jour décline légèrement moins vite que mon enthousiasme. Un vieux gars équipé d’un appareil photo qui ne peut qu’être du matériel de travail PQR vient flashouiller l’assistance transie et les élus investis qui remercient tout le monde de sa parfaite placidité. Grand mouvement de chaises : le bar se vide d’un coup. En fait de blogueurs, il y avait l’air d’y avoir un sacré tas de militants, venus faire la claque pour leur leader charismatique. On se retrouve une poignée, paumée au milieu du bar déserté. Pour la parlote citoyenne à bâtons rompus, c’est un peu rapé. Les élus ont réussi à détourner le machin à leur seul profit. Fait chier.

Monsieur Poireau, mc et Fannette veulent absolument me montrer la rue Alsace-Lorraine.
Ils ont raison : une large avenue plein centre, entièrement vouée aux piétons et aux cyclistes. Il y a des vélos qui fendent la foule en carillonnant doucement, des zonards qui jonglent ou jouent de la gratte, des enfants qui apprennent le patin en ligne avec leurs parents, un homme en vélo-pousse qui transporte sa famille, des flics à roulettes, toute une foule bruyante et bariolée qui déambule librement dans un vaste espace libre sans se soucier de se faire renverser. Il ne manque plus que la baraque à noodles et sushis, un peu de bruine et de brume pour se croire un instant transporté dans le Los Angeles de Blade Runner.

Rien que pour cette vision d’une ville qui pourrait enfin entrer dans le XXIe siècle (mais qui se contente de polir les quartiers riches comme des diamants et laisse pourrir les quartiers dits populaires), je ne regrette pas d’être venue.

Sinon, faudra vraiment que les potes de Toulouse comprennent que la politique doit être restituée au peuple (y compris au petit peuple du clavier) et non plus être confisquée par des soi-disant professionnels.

Et vive la République!