Sous le pavé d’Attali, la plage truffée aux mines antipersonnelles.

Sur le côté tout, tout de suite du rapport, je n’ai même pas relevé, tant c’est une vieille tactique libérale. Il s’agit de se dédouaner par avance d’un éventuel échec de la potion amer, alors qu’en fait elle aurait parfaitement rempli son objectif : enrichir quelques uns sur le dos de tous! Le seul truc, c’est de faire croire aux baltringues du sous-sol que si la situation continue de se dégrader pour eux, c’est à cause d’un manque d’intégrité dans l’application de la réforme, afin qu’ils continuent toujours à ignorer que cette dégradation fait non seulement partie du plan, mais qu’elle est indispensable et nécessaire à sa réussite.
En gros, on met en branle la grosse machine à creuser les inégalités au profit des copains sous couvert de bonheur et de prospérité pour tous et quand il s’avère, au bout de chemin, qu’il s’agissait essentiellement de plumer la grosse masse des péquins pour gonfler les fouilles du petit club des copains, c’est toujours la même réponse : Mais c’est parce que vous n’êtes pas allés assez loin dans la réforme.
Ainsi, plus on applique les antiennes libérales, plus elles montrent leur hideux visage inique et plus on nous dit que c’est parce que nous ne sommes pas allés assez loin dans cette mascarade. Et cela fait 30 ans que ça dure! La tromperie fondamentale consiste à faire croire que chacun, individuellement, peut profiter de ce système et que les perdants sont responsables de leur échec, alors qu’ils sont la source de la richesse des "gagnants". Ainsi, on glorifie les pilleurs et on cloue au pilori les victimes.

Le culte de l’individu prôné par le libéralisme, c’est la manière très fine qu’a ce système de casser la conscience de classe qui dévoilerait tout de suite le sombre modèle de société que l’on nous vend sous papier de soie, alors que c’est cette même conscience de classe qui anime ceux qui envisagent froidement de tous nous déshabiller pour se payer une fourrure pour l’hiver.
Je me souviens du slogan : nos emplettes sont nos emplois. En fait, on se retrouve avec votre chômage, c’est nos dividendes.

Si tu veux résumer l’esprit du capitalisme libéral qui suinte de tous les pores du trucmuche d’Attali, il faut se souvenir (même imparfaitement) d’une anecdote qui date de l’époque où l’on parlait encore des Tigres d’Asie. L’ultralibéralisme appliqué à la poire à lavement sur les pays asiatiques à forte croissance économique avait dopé les profits des grosses boites qui y étaient. Je me souviens (partiellement, hélas) de l’histoire d’une très grosse boîte, peut-être coréenne, qui avait fait d’énormes bénéfices, même après le passage des actionnaires. Le reliquat, encore confortable, était allé directement dans la fouille du grand patron, au grand dam des dizaines de milliers d’employés de la boîte dont le travail acharné et sans doute les gros sacrifices avaient directement produit ce beau résultat. Et là, le mec, assis sur sa montagne de dollar, s’étonnait de la colère des salariés et s’est justifié ainsi, en substance : s’il avait fallu partager ce bénéfice entre tous les salariés de l’entreprise, cela aurait à peine représenté 10$ par personne, ce qui n’aurait pas été significatif pour chacun d’entre eux, alors que cette somme ramenée aux principaux dirigeants, produit une différence significative du niveau de vie!

C’est ainsi que le bouclier fiscal de 15 milliard d’euros (une paille, hein, la SG?) permet de redistribuer jusqu’à 270 000€ aux 1000 contribuables les plus aisés (ça fait une jolie petite bicoque pour un larbin standard, non?), ce qui est une somme significative pour chacun d’entre eux, alors que réparti sur 64 millions d’égoïstes, cela n’aurait fait que 234,375€ par personne et par an, un gros demi-RMI, à peine trois pleins d’essence…