Alors que la course à l’échalote des municipales est sur le point d’être lancée à couilles rabattues, petit tour dans un des ces microbleds qui font le charme des paysages de France.

Ça s’excite dans les états-majors des partis : va falloir rafler un max des 36779 communes de France. Certains pour prendre leur revanche sur le gros bouillon des présidentielles. D’autres pour asseoir leur domination politique. La plupart par faim d’honneurs et de mandats rémunérateurs… enfin, rémunérateurs… ça dépend de l’endroit où tu habites!

Nous, ce que l’on va voir, c’est la bataille de rottweilers pour choper les bonnes places : Paris, bien sûr, mais aussi les grandes métropoles régionales où se font et se défont bien des carrières. Ça va se bouffer les jarrets dans les 36 villes de plus de 100 000 habitants, celles où la première place permet de bénéficier d’un modeste dédommagement de 5387,83€/mois. Du point de vue d’un princident, ce n’est même pas de l’argent de poche, mais pour près de 99% de nos concitoyens, espérer atteindre un jour un tel niveau de rémunération revient à vouloir escalader l’Everest en tongs.

Bien sûr, on me dira qu’un maire, c’est quand même pas n’importe qui. C’est quelqu’un qui va devoir gérer les affaires de sa commune avec son équipe, de préférence dans l’intérêt de tous.
C’est bien vrai.
Qu’être maire, c’est une sacrée responsabilité. Surtout depuis qu’elle s’exerce au pénal.
C’est sûr, ça ne rigole pas.
Alors, normal qu’un élu, même s’il est surtout au service de ses concitoyens, ait une petite compensation pour sa peine et ses responsabilités.

Ben oui.

Sauf qu’à responsabilité égale, la compensation n’est pas toujours la même.

Un boulot de chien!

Je n’ai pas d’avis particulier sur le découpage administratif de notre beau pays, mais j’avoue être toujours effarée par LE chiffre qui tue : 36 779!
Il y a 36 779 communes dans notre pays. Pour 64 millions d’habitants. Soit une commune tous les 1740 habitants!

Je comprends que l’on parle surtout des grosses villes qui débordent de population. Paraît même que l’entassement humain, c’est écologique. Mais bon, ça revient à ne pas parler de la réalité. Le fait que 57% des communes de France comptent moins de 500 habitants. Des microbleds, quoi. Le plus souvent avec une église, une salle des fêtes et un cimetière. Un troquet pour les plus dynamiques. Et dans mon département ruro-rural, c’est encore pire. 87% des bleds ont moins de 500 habitants. Mais tous ont un maire et une équipe municipale.

Un maire goulument payé 632,85€/mois. Et les conseillers émargent royalement à 245,69€ mensuels. À ce tarif-là, je le dis, faut pas être con : mieux vaut pointer au RMI! Parce qu’il ne faut pas croire que c’est parce que vous gouvernez aux destinées de trois pelés et deux tondus que vous ne foutez rien. Et pour ce qui est de la responsabilité pénale, Juppé à Bordeaux ou Pellefigue à Pétaouchnock, c’est exactement le même combat.

Moi, j’arrête. J’ai assez donné. Parce que c’est quoi, être maire, ici? C’est untel qui vous appelle à huit heures du soir chez vous pour vous dire qu’il a trouvé un chien dans son jardin. Et un autre qui vous sonne le dimanche matin parce qu’un mouton menace sa clôture. J’ai remarqué, la tombée du jour déclenche souvent les appels au maire. Et tout ça pourquoi? Le dernier cleb, il a passé la nuit dans mon garage. Manière, il y en a, des clebs qui ont passé la nuit dans ce foutu garage. Bon, ben, au matin, j’ai reçu un coup de fil de la voisine de celui qui m’avait appelé la veille. Elle avait perdu son chien. Son chien qui avait vu des gosses chez le voisin, qui avait passé la journée à jouer avec eux et qui était resté le soir venu. Vous croyez qu’ils auraient essayé de sonner chez le voisin pour savoir à qui était le chien? Ben non. On appelle le maire et c’est tout!

Là, c’est le maire sortant de Pétaouchnock qui me raconte ça ce matin. Je lui ai demandé pourquoi il ne rempile pas.

Et puis, il y a tout le côté flonflon qui ne m’a jamais plu. Se faire tous les apéros, les inaugurations. Être partout, se montrer tout le temps. Couper des rubans, ce genre de conneries.

Pas facile de garder la fibre citoyenne au fin fond d’un des 20 761 trous du cul de France et de Navarre. En plus, va falloir appliquer prochainement la loi sur l’eau… Là, ça va être la fête du slip. Tout ça pour un RMI et demi!

En fait, je lui demande comment ça se fait qu’il y a toujours des candidats. Je rigole en imaginant ce qui se passerait s’il n’y avait aucun candidat dans un bled. Rien, nada, bernique! Surtout qu’il n’y a pas d’obligation de déclarer la liste. Suffit de se pointer le matin du vote avec ses bulletins. Donc, s’il n’y avait personne pour reprendre le joug, ça ne se verrait qu’au dernier moment.

Bah, je n’ai jamais vu ça! Il y aura toujours des cons qui n’imaginent pas un instant la réalité de ce mandat…

C’est vrai que pour une miette de pouvoir, même toute pourrie, il y aura bien toujours 228 371 pigeons (20 761 bleds de moins de 500 habitants par 11 conseillers municipaux!)