Un pas en avant, cinq pas en arrière : telle est la vie du chômeur et du travailleur précaire, deux faces d’une même pièce qui tombe toujours du côté poisse.

Cela va faire un an qu’on nous le rabâche sur tous les tons : le chômage baisse, le chômage baisse! Du coup, cela sonne un peu comme une victoire pour le gouvernement sortant, puis pour l’arrivée du princident, lequel, faut-il le rappeler, est aux manettes depuis bien plus de 6 mois.
Le chômage baisse tellement bien qu’il a fallut reporter de 6 mois les résultats de l’enquête emploi de l’Insee, le temps que tout le monde soit bien convaincu de la baisse et surtout, qu’un énième nouveau mode de calcul soit mis en place.

Voilà, nous faisons baisser le chômage, nous disent-ils. On ferme le ban. Circulez, il n’y a rien à voir.

Donc, rien sur les variations des taux d’emploi, ni sur la qualité des emplois. Donc, en fait, des chiffres pour rien, qui ne veulent rien dire.

L’armée des ombres

Dans les faits, les chiffres indiquent que le chômage baisse surtout parce que les sanctions-radiations augmentent (voir PDF-joint). Ce qui signifie qu’un chômeur de moins n’est pas forcément un travailleur-cotiseur de plus. Il disparaît, juste. Parce que le taux de chômage, c’est juste cela : des chiffres, des nombres, des quantités, qui s’additionnent ou se soustraient. Se multiplient, aussi parfois. Mais que l’on utilise surtout pour mieux diviser.

Une masse. Un poids statistique. Qui dit qu’il faut serrer les fesses ou qu’il est l’heure de consommer. Des politiques de l’emploi : et hop, on ouvre les vannes de l’emploi aidé par ci, on durcit les sanctions par là et hop, on a un beau chiffre à présenter au 20h00. Une minute d’exposition tous les mois. Et on passe à autre chose.

Mais derrière ce chiffre, il y a des gens. Des personnes comme vous et moi. Des hommes, des femmes, des vies, des rêves, des espoirs et des gouffres de désespérance. Un coup je te radie à cause d’une convocation que tu n’as pas reçu (et oui, on avait oublié de te l’envoyer!). Un autre je te case dans un contrat aidé, précaire et contraint, le temps que passent les élections. Juste pour le chiffre. Comme une grenouille dans son bocal.

En 2006, il y a eu 358 000 emplois aidés de signés… voilà qui a dû faire joli dans les stats, puisque les stats du chômage ne sont guère regardantes sur la qualité de l’emploi. Autant d’hommes et de femmes à qui on a promis de sortir du trou noir du chômage et de l’opprobre sociale. Autant d’occasions de se remettre en selle et de se remettre à rêver d’un avenir meilleur.

J’ai déjà dit tout le mal que je pense des contrats aidés, de ces sous-contrats qui ne servent qu’à gérer la place des uns et des autres dans la file d’attente vers un véritable emploi, celui qui permet de se loger décemment, de bouffer, de ne pas crever de froid l’hiver, de ne pas s’habiller au Secours populaire, de ne pas bouffer aux Restos du cœur. Celui qui permet de ne pas être comme un oiseau sur la branche. Des miettes d’espoir que se disputent les gueux.
Mais je pense aussi que bien utilisés, pour soutenir une démarche de qualification, d’insertion vers un véritable contrat, les contrats aidés pourraient aussi bien être utiles.

Un accompagnement sur la durée.

Le temps de se mettre en selle.

Pas juste un cache-misère, qui sert à améliorer les sacro-saints chiffres, le temps d’une élection.

C’est pour cela que j’ai rencontré une précaire qui est sur un siège éjectable, comme des milliers d’autres en cet automne de rigueur budgétaire qui ne dit pas son nom. Parce que les élections sont passées, qu’il faut trouver quelque part le blé qu’on a filé aux plus riches d’entre nous cet été. Et qu’il a donc été décidé dans la plus grande discrétion de couper les vivres aux emplois aidés, comme ça, à la hache. Renvoyant les plus fragiles vers encore plus de précarité.

Parce qu’il faut sortir de l’anesthésie intellectuelle provoquée par l’accumulation des chiffres et s’intéresser aux gens, aux personnes, à leur vie et à ce qu’ils ressentent quand ils subissent le poids du nombre.

L’entretien avec Aurore est raconté sur Équilibre précaire. Vous pouvez aussi l’écouter en intégralité dans le fichier ogg joint à cet article.