Il y a des microcosmes où le retour d’ascenseur est un art qui ferait pâlir d’envie les héritiers de monsieur Otis.
Il y en a d’autres où on se renvoie le monte-charge, non pas qu’il y a quoi que ce soit à y gagner, mais juste parce qu’on en a envie, parce qu’on veut partager une petite joie discrète et flamboyante.

Je suis une privilégiée!

Qu’on se le dise.

J’ai effectivement l’immense privilège de cybercôtoyer le plus sympathique des poils à gratter de la blogobulle, le pire ronchon du cercle très étroit des énervés de service, l’inénarrable Sébastien Fontenelle!
Le fait qu’il soit un peu croulant et décati (40 ans, quand même!) ne change rien à l’affaire : un gars capable d’enfoncer le même clou de la haine et de la connerie ordinaire des plus gerbeux de nos contemporains avec une telle régularité et aussi une telle abnégation, ne peut que forcer mon respect. Le furoncle des bien-pensants a beau se faire pied-au-culter de tous les bastions où se manipule fabrique fait l’opinion, se faire éjecter, étriller, éreinter, ignorer, balancer, il revient toujours par la fenêtre, avec toujours le même fond de pantalon coincé entre ses crocs puissants et rancuniers.

Bref, c’est avec une joie dont je ne saurais rendre ici toute la puissance évocatrice que j’apprends que Sébastien a décidé de m’envoyer un exemplaire de son dernier Opus anti bas du front. Une réédition améliorée. Une nouvelle couche contre ceux qui en tiennent une bonne!

Je passe sur le fait que pour la première fois de ma vie un colis qui m’était adressé a totalement disparu dans la nature postale pour m’intéresser au deuxième exemplaire dédicacé que j’ai finalement reçu.

Dès le départ, on comprend bien que le Fontenelle n’aime pas, mais alors pas du tout Alain Finkelkraut, dont la diatribe creuse est à la pensée philosophique ce qu’est un colis de la Banque Alimentaire à un repas à la carte au Fouquet’s. Bien sûr, il est fort utile de rappeler, de marteler, les petites saillies nourries de haine ordinaire que ce bon monsieur sème dans les médias complaisants. Il ne s’agit là que d’une très saine piqûre de rappel permanente pour tous ceux qui se contentent d’une mémoire de poisson rouge, bien suffisante pour suivre les agitations du bocal médiatique.
Mais il serait vain de penser qu’il ne s’agirait là que d’une sorte de règlement de compte à OK Corail, où Sébastien se fait Alain, juste parce qu’Alain est un grelot autosatisfait et raciste.

Car à travers le cas Finkelkraut, La position du penseur couché infiltre le mal-fonctionnement intime des médias de notre pays. Il dissèque les pratiques de serrage de coudes d’une petite nomenklatura de l’info et de la pensée qui verrouille à son profit tout le système médiatique français et le met au service de la rhétorique réactionnaire la plus brutale. Il démonte tranquillement et sûrement le véritable terrorisme intellectuel qui sévit sur notre pays et qui musèle toute velléité d’opposition à la politique du pire et de l’abject.

C’est purement réjouissant, pour ne pas dire salvateur, comme lecture. Cela dynamite soigneusement la chape de plomb sous laquelle toute la diversité de la pensée de notre pays étouffe. Et en plus, ce n’est même pas cher.

Bref, du bon boulot de journalisme, comme on aimerait en voir plus souvent.

Et qui ne me donne pas honte du tout de m’adonner ainsi au copinage le plus éhonté!