Ils sont beaux, ils sont beaux, mes socialos! Pour un d’acheté, quatre offerts… jusqu’à liquidation du stock!

Le Parti Socialiste n’en peut plus de crever de son inconsistance. Disons que jusqu’aux élections, ils faisaient vaguement illusion. Mais depuis que le supertanker a pris un coup au but, les rats n’en peuvent plus de quitter le navire, de se grimper sur les épaules. Le PS fait naufrage avec l’aide efficace et bienveillante de Sarko et le petit peuple de gauche se retrouve cocu, coincé entre revanche radicale et abandon désabusé.

la politique du strapontin

Il est fascinant de voir avec quelle célérité les pachydermes du défunt parti se précipitent vers la gamelle que leurs soi-disant adversaires leur laissent à terre. Ils retournent leur veste avec une telle aisance qu’on se dit que la trahison idéologique devait être consommée depuis bien longtemps.
L’embourgeoisement de la classe politique n’est pas le problème. Jaurès était un bourgeois, il s’est pourtant battu pour l’émancipation du monde ouvrier. Maintenant, on se lit la lettre de Guy Moquet, parce que c’est du dernier chic, mais on se torche chaque matin avec l’œuvre des Résistants à la Libération : cet État social, solidaire, qui n’avait pas tant la prétention d’empêcher les riches d’être encore et toujours plus riches au nom d’un égalitarisme dont ne veulent surtout pas nos gouvernants, que de ne laisser personne au bord du chemin.

Bien sûr, il reste les vrais, les durs, les purs, ceux qui y croient encore, ceux qui ont les convictions chevillées au corps, comme Mélenchon qui se souvient de la vie rêvée du PS et ne voit pas qu’il est temps de partir, de jeter l’éponge, de laisser la carcasse fumante finir de se décomposer sous le poids de ses propres turpitudes. Mélenchon voit fuir ses petits copains de bac à sable et reste fidèle au souvenir de son parti. Dommage, il ferait mieux d’aller chercher la vraie gauche et de préparer enfin la contre-attaque. Car en face, c’est la débandade.

Un ministère-croupion, un portefeuille épais comme une feuille d’OCB, et les voilà qui tournent le dos à des décennies d’engagement politique. Les socialos signent la mort des idéologies et ceux qui restent sur le carreau n’ont plus que la soumission à la toute-puissance du Marché aux lèvres. C’est plus qu’une démission. C’est une trahison des classes populaires : tu es dans la merde et tu en bouffes à chaque repas? Résigne-toi : ceci est la loi du Marché, Omniscient, Omnipotent, Omniprésent, Universel et Éternel!
Et hop, voilà comment un petit renoncement de rien, peut-être fait depuis le berceau, ouvre les portes des affaires. Les trajectoires personnelles prennent le pas sur toute idée d’intérêt général. D’ailleurs, l’intérêt général se doit de coller aux ambitions particulières.

D’un autre côté, quand on voit avec quelle facilité, pour ne pas dire délectation, certains se coulent dans le rôle que leur a taillé sur mesure le princident, on se dit que plus qu’une succession de trahisons, tout cela n’est plus rien qu’un ample mouvement de retour aux sources, que Kouchner n’a trahi rien ni personne, il est juste le fils prodigue qui rentre au bercail après des années d’égarement… ou de faux-cultisme magnifique.

Au début, on pouvait penser que cette stratégie du strapontin avait pour objectif de vider le PS de sa substance, de faire s’éteindre la voix de l’opposition, faute de combattant. Mais on se rend compte que la liquidation de l’héritage de Jaurès a commencé il y a bien des années, des décennies voire, quand l’accession au pouvoir tant convoité a nécessité de transiger avec les convictions idéologiques. Sarko n’a rien détruit, il n’a fait que cureter une coquille vide. Il n’a débauché personne : celui qui a trahi ses chefs, ses mentors et qui pratique la politique de la terre brûlée dans son propre parti, a juste reconnu les siens et les a appelés en garde rapprochée.

La revanche des cloportes

Finalement, Sarko rend un fier service au petit peuple de gauche en réinitialisant le programme socialiste. Exit, les baltringues assoiffés de fric, d’honneurs et de médias. Terminés les faux semblants et les discours creux à destination d’un prolétariat qu’ils méprisaient cordialement, mais dont ils avaient besoin des voix. Bien sûr il faudra encore un peu de temps pour que l’oraison funèbre d’une fausse gauche hypocrite qui ne faisait que du marketing de classes sociales, s’ancre dans les esprits. Les faux félons étaient à gauche tant qu’il y avait des scrutins à ratisser, des sièges à s’octroyer. D’ailleurs, on ne quitte pas un parti d’élus, on laisse tomber un groupe politique qui ne permet plus d’avoir son mandat rémunérateur. Reste plus qu’un petit peuple sonné qui tente de se raccrocher à des slogans creux pour surmonter le désastre : travailler plus pour gagner plus!

Quelque part, ça me rappelle la vanne d’un certain grand homme politique, très inspiré aussi dans l’art de se foutre de la gueule des foules, quand il proposait que tous les Français perçoivent un salaire supérieur à la moyenne (si, si, je m’en souviens, j’étais gosse, mais j’ai beaucoup rigolé!) ou que la meilleure façon de lutter contre le chômage, c’est de travailler!

Le petit peuple de gauche est orphelin et il ne lui reste plus que la course à l’échalote pour remplir son vide idéologique : devenez plus riche que riche!

Bien sûr, on évite juste de dire à la multitude que la richesse monétaire n’est pas un fait absolu, mais un état relatif. Le fondement de la richesse, c’est l’inégalité. Quand tout le monde vit dans des cabanes, la richesse, c’est d’avoir une maison. Quand tout le monde marche à pied, la richesse, c’est d’avoir un cheval. Pour être très riche, il faut nécessairement vivre au milieu de très pauvres. Mais tant que les branquignols du petit peuple continueront à croire à la fable du rendre les riches plus riches, c’est enrichir tout le monde, tant que les cocus de la gauche se recycleront dans le culte du veau d’or, les baltringues de la classe politique pourront continuer à jouer tranquillement au jeu des strapontins musicaux entre eux, dans l’abrutissement général.

Le PS est mort! Vive le Socialisme!