Chambre landaiseQuand bien même je n'aurais pas aimé, j'en aurais parlé ici. De ce petit recueil de nouvelles très courtes, très denses. Qui m'a été envoyé par une petite maison d'édition sans doute lassée de faire le pied de grue à la porte des médias qui comptent et des critiques qui savent.

Je leur ai bien précisé : je ne suis pas critique littéraire. Et je dis ce que je veux. Ou je ne dis rien, dans un élan de charité. Surtout que je ne suis pas une lectrice naturellement portée sur le concis (en rédactrice non plus, on dirait!). Juste avant, j'ai torché les 1640 et quelques pages de la Trilogie martienne de Kim Stanley Robinson, soit 3 épais volumes, fruits de 17 ans de travail, compressés et écrits petit sur du papier bible dans un pavé Omnibus. Comme je lis vite, je cherche la durée, la saga et j'ai un appétit tout particulier pour la science fiction. Surtout celle qui construit et défait des civilisations, avec leurs systèmes politiques et sociaux, dans une grande fresque sociohistorique.

Bref, rien à voir avec le petit livre au touché satiné que j'ai reçu il y a quelques temps.

Et je me retrouve à lire du Altman, celui de Short cuts, le film-puzzle des années 90, chronique de la vie ordinaire où les destins s'entrecroisent comme une succession de petits récits au cœur d'une trame plus grande qu'eux. Sauf que le liant des Rencontres au bout du monde, leur point d'ancrage, c'est le lecteur. Le lecteur et ses propres souvenirs de petites rencontres, de petites histoires glanées çà et là au hasard de la vie. Une vocation ratée, un parquet qui grince, un petit garçon éconduit, un ermite provençal, une femme qui recentre sa vie comme on épluche un oignon, un Africain à Paris et un seul fil rouge, notre mémoire des instants perdus. Le tout converge finalement, comme une pièce de jacquard que l'on tisse de mille couleurs, de mille sensibilités en un motif unique, vers une petite librairie de Troyes, au bout du monde...

Butinez, picorez, il en restera forcément quelque chose, comme de ces rencontres impromptues que l'on fait parfois sur un banc, un jour de grève, dans un vieux wagon grinçant, au bout d'une ligne à tortillard, dans un bus qui fend l'aube dorée qui coule sur Paris, un matin d'automne. Ces petits moments magiques où deux inconnus, qu'importe leur âge, leur sexe, leur milieu social, se livrent l'un à l'autre, à cet étranger que l'on ne reverra jamais, mais dont on gardera à vie un bout de son étrange histoire en mémoire.