J’étais gosse quand j’ai découvert la réalité de la Shoah. C’est quelque chose qui m’a marqué au-delà de toute expression, qui a probablement guidé nombre de mes choix et a conditionné en partie mon regard sur le monde.
Deux choses en sont sorties immédiatement : l’incompréhension totale (comment mes semblables ont-ils pu commettre cela?) et le soulagement (heureusement, c’était il y a longtemps, ces horreurs sont révolues!).

Un quart de siècle plus tard, après des études en sociologie et beaucoup de recherches personnelles, je  comprends en partie les mécanismes qui aboutissent à la déflagration génocidaire, mais à ma grande consternation, je me rend compte que ces vieux démons sont loin d’être cantonnés dans les livres d’histoire et que très probablement, le pire est devant nous.

Juste devant.

Ceci est donc la toute nouvelle campagne de communication de l’UDC, un parti suisse qui se distingue probablement par son audace en merdouilles droit-de-l’hommistes.

Bien sûr, cette photo n’est pas l’affiche originale telle qu’elle a fleuri dans les campagnes où paissent les vaches violettes. L’attention de Luca Mascaro, le photographe, avait surtout été attirée par l’ajout des croix nazies en autocollant, en ce qu’elles détournaient le message d’origine. Le problème, et c’est le sujet de la note qu’il a ajouté par la suite sur son blog, c’est que loin de détourner le message d’origine, les autocollants ne font que le souligner.

Des moutons blancs qui chassent à coup de sabot un mouton noir avec ce slogan magnifique que je vous laisse découvrir en VF, ce n’est pas en 1933, mais bien dans l’Europe de 2007 :

Une iconographie très franchement xénophobe qui ne nécessite pas forcément le talent déployé par des universitaires respectables spécialisés dans la recherche visuelle pour être décryptée par tout un chacun. L’étranger comme classe dangereuse. L’étranger à expulser. L’étranger toujours trop nombreux :

Et comme nous sommes des gens raisonnables, ne pas oublier la caution scientifique des statistiques, lesquelles, nous le savons tous, ne sauraient mentir :

Brrr, ça fout les jetons, non? 85,5% des violeurs en Suisse sont des étrangers!
Ce qui signifie au choix :

  • que les Suisses ont un taux de pulsions sexuelles déviantes proche du néant
  • que tous les détraqués sexuels du monde se donnent rendez-vous en Suisse
  • que les femmes suisses sécrètent une hormone qui rend spécifiquement fous tous les mâles étrangers qui passent à côté
  • qu’il faut urgemment consulter les stats de l’Office fédéral de la Police pour trouver le loup!

J’ai scientifiquement opté pour la dernière solution.

Page 15, on apprend que la Police Suisse a recensé 646 viols et tentatives de viols en 2005 sur son territoire. Il ne s’agit bien sûr que des viols déclarés. Ce qui exclue souvent les viols entre conjoints et plus généralement ceux qui se déroulent dans la sphère familiale ou entre proches. Sur 646 viols recensés, 353 ont vu leur auteur identifié. Et sur ces 353 violeurs, 302 sont étrangers, dont 262 sont résidents helvétiques. Les étrangers représentent donc 46,74% des auteurs sur le total des viols répertoriés. Quant à la cible, l’étranger incrusté que l’on va pouvoir bouter hors de la confédération, il représente un peu plus de 40% des viols déclarés et non 85,5%.

Ceci dit, qui va se crever la couenne a chercher à comprendre ce qui se cache derrière les chiffres qu’on nous balance à la gueule comme autant de vérités incontournables?

Même si la société suisse commence à s’émouvoir de cette campagne de communication immonde, le mal est fait. Les images, les raccourcis douteux, les chiffres chocs resteront gravés dans les esprits et le vent mauvais de la haine de l’autre ne va aller qu’en s’amplifiant dans la vieille Europe.

On prend les mêmes méthodes et on recommence. Les peuples sans mémoire sont condamné à répéter les mêmes erreurs.