Léon a décidé de lancer une rubrique paroles de blogueurs sur son nouveau site, enfin, nouveau pour moi qui avait raté le lancement et était fidèle de l’ancien.

Vous avez un jour décidé de créer un blog. Pourquoi ?

Je suis sur Internet en tant qu’éditrice de contenu depuis 1996. J’ai créé mon premier site directement sous Composer, en apprenant les balises HTML au fil de l’eau. Et c’est grâce à ce site tout pourri que j’ai eu mon premier vrai boulot (avec presque un vrai salaire!)
Ensuite, j’ai suivi les évolutions techniques en ligne, comme le passage à SPIP pour éditer du contenu plus facilement.

Le besoin d’exprimer des choses personnelles est apparu suite à la naissance de ma fille, début 2003.
À ce moment, j’ai rejoint la communauté du Village.org et j’ai commencé à participer à l’Écho du Village en ligne, ainsi qu’aux forums. Je pense que c’est la première fois que j’exprimais publiquement ce qui se rapproche d’opinions politiques. Sur les forums, j’ai croisé Jean Dornac, fondateur d’Altermonde-levillage.com. On s’est tout de suite très bien entendus et je me retrouvais dans la ligne éditoriale de son SPIP. Pendant un temps, j’ai continué à être responsable de rubrique et secrétaire de rédaction à l’Écho du Village, tout en étant co-administratrice d’Altermonde avec Jean. Puis j’ai pris du champ par rapport au Village, tout en gardant une éternelle reconnaissance pour Sylgil et PeM, la première pour sa grande gentillesse et le second pour m’avoir forcée à travailler mon style : "trop de gras, faut que tu enlèves du gras!"

Je pense que j’aurais pu tranquillement continuer à écrire sur Altermonde, mais au fil du temps, des écrits et de la réflexion, ma vision du monde s’est affinée, transformée, et j’ai commencé à me trouver un peu à l’étroit dans la ligne éditoriale de Jean. Jean reste quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’amitié et d’estime et nous ne nous sommes jamais engueulés (ce qui n’est pas mal, quand on connaît nos caractères respectifs!).

Je voulais les coudées franches et la possibilité d’être ma propre directrice de publication. J’ai choisi le format blog pour me libérer du code et de la technique, le but étant d’écrire et non de pondre du code au kilomètre. J’ai choisi Dotclear pour la qualité du code (du bon standard W3C), la nationalité (à l’époque, le seul projet de blog libre en français) et pour l’équipe, entre Olivier Meunier et Kozlika la généreuse!

Le vôtre, comment le définissez-vous ? On trouve quoi, dedans ?

Je crois que chacun y trouvera ce qu’il y cherche fondamentalement. Au début, c’était un peu la Samaritaine du Net, avec un peu de tout : du cinéma, de la cuisine, de la télé, des chroniques, des coups de gueule. A partir de l’histoire du TCE qui a rendu mon blog plus exposé (c’est la faute du référencement dans Rezo), le contenu s’est tout de même plus resserré sur les questions politiques et économiques. Le fil rouge de tout cela, c’est peut-être les carnets de chômage
Là, je viens de demander à mes lecteurs de choisir des billets dans le tas pour monter une version papier, mais je regrette que les billets du début ne soient pas beaucoup lus ou choisis. Des fois, je me dis que la blogobulle est atteinte par le syndrome du poisson rouge…

Comment êtes-vous tombés dans la blogosphère ?

C’est ce que j’ai dit plus haut : Rezo m’a référencée lors de la compagne du TCE, et tout de suite, j’ai eu plein de monde, et plein de blogs m’ont citée.

Pourquoi avez-vous donné ce nom à ce blog ?

Tout est dit dans le tout premier billet

Votre objectif a-t-il évolué depuis que vous avez ce blog ? Est-ce qu’aujourd’hui, vous "tirez" dans le même sens que lorsque vous avez démarré ou est-ce qu’au contraire, pas mal de choses ont évolué ?

Oui, forcément : l’interaction avec les lecteurs veut ça. On n’écrit pas totalement de la même manière quand on est lu par deux égarés par jour ou par 2000 personnes. Des fois, je me sens plus contrainte d’écrire. Du coup, je met un peu de distance, pour ne pas devenir une pisseuse de lignes. Mais il est vrai que quand je n’écris rien de la semaine, je culpabilise… un temps.
Pourtant, globalement, rien n’a changé : j’œuvre pour la contamination des esprits. Contamination par des valeurs profondément différentes des non-valeurs que l’on nous sert chaque jour dans les médias officiels. Je crois qu’il faut plus que jamais apporter un autre point de vue sur notre société, notre civilisation, notre monde. Non pas un point de vue qui assène (encore que je sais y aller à la hache!), mais plutôt un point de vue qui titille, qui dérange, qui questionne, qui va à contre-courant des idées reçues.
La première leçon que j’ai reçu en commençant mes études en sociologie, c’est qu’il faut absolument se méfier des évidences. S’il ne faut retenir qu’une chose des 5 ans que j’ai passé en fac, c’est celle-là. Cela reste une grille d’analyse valable du monde. Et c’est sûrement pour cela que les gouvernements conservateurs détestent les sciences humaines en général et la socio en particulier.
Donc, même si je change et évolue au fil du temps, je reste dans cette ligne directrice : se méfier des évidences, tout soumettre au filtre du doute!

Les commentaires, les statistiques : c’est important pour vous ?

La pire connerie que j’ai lu sur la blogobulle ( et pourtant c’est particulièrement riche en connerie, comme milieu!), c’est qu’il s’agissait de journaux intimes.
N’importe quoi : quiconque ouvre un blog a envie d’être lu. Sinon, il s’achèterait un carnet ou, s’il est trop geek pour cela, il se rédige son fichier .txt au jour le jour. Y a bien M. LeChieur qui joue à filtrer les entrées sur son blog, mais au final, il a des abonnés : il a donc ouvert un salon privé, dans le style de l’ancien régime, mais il continue à être lu. Et c’est cela l’essentiel.
Évidemment que je suis contente quand un billet déclenche 120 réactions et 4000 lectures dans la journée. Aujourd’hui, un bouquin d’essai bien vendu peut espérer 1000 lecteurs en fin de carrière quand j’en fait autant en moins de 12 heures!
Oui, j’aime quand ce que je ponds déclenche un coup de tamtam dans la volière. Ce n’est pas une question d’orgueil personnel, mais cela apporte une grande satisfaction intellectuelle. Tout comme les commentaires argumentés, même (et surtout?!?) s’ils ne vont pas dans le même sens que moi.
Le système de commentaire permet de rencontrer quelques belles âmes, de découvrir d’autres pépites en ligne.
Dans ce sens, les blogs créent du lien social de manière extrêmement efficace : nous nous retrouvons par communauté de pensée, de vision du monde, et non par simple proximité géographique. La pensée défie les barrières naturelles du temps et de l’espace. C’est presque de la pensée magique.
Maintenant, la limite, c’est justement la communauté d’esprit :  on a tendance à parfois trop rester dans l’entre-soi, et du coup, nous n’avons plus qu’une vision partielle et partiale de la réalité. Je ne vais pas sur l’Internet libéral (fait trop mal aux yeux) et l’Internet libéral vient rarement à moi. C’est une forme d’amputation idéologique dont il faut se méfier, sinon, on se réveille un beau matin en Sarkoland sans trop avoir compris comment!

Quels arguments donneriez-vous à quelqu’un pour qu’il ouvre un blog ?

C’est son problème. S’il a envie, il tente, sinon, il fait autre chose. J’ai des potes qui ne sont pas du tout tentés par le déballage, d’autres qui se sont ennuyés et ont laissé tomber, d’autres enfin qui ont découvert que la vrai vie est ailleurs.

Quels conseils avez-vous envie de donner à quelqu’un qui s’y met ?

Aucun. Chacun son ressenti, ses envies, ses motivations. Je ne vois pas au nom de quoi je pourrai m’ériger en conseillère es bloug!

Quels sont les dix blogs que vous "fréquentez le plus" ?

C’est plus compliqué que cela. Aujourd’hui j’utilise Google Reader pour lire les fils de news. En ce moment, je suis 192 sources différentes : blogs, sites d’infos, d’opinion, de cuisine, de ciné, de sciences… etc. Google m’indique que ces 30 derniers jours, j’ai lu 2642 billets, et j’en ai partagé 404 sur Le Monolecte. La sélection du Monolecte, c’est ce que je partage avec mes lecteurs de mes propres lectures en ligne. Voilà ce que je fréquente.

Si votre blog était une chanson, quelle serait-elle ?

Avec le temps, va, tout s’en va! (Léo Ferré)

Si votre blog était un film, lequel serait-ce ?

Dumb and dumber (des frères Farrelly)

Si votre blog était un livre, ce serait quoi ?

La politique pour les Nuls (Je ne sais pas si ça existe, mais y a des chances que oui!)

Si votre blog était une citation, vous diriez quoi ?

Celle-là, je la pique à Jean et Altermonde :
Dès que quelqu’un comprend qu’il est contraire à sa dignité d’homme d’obéir à des lois injustes, aucune tyrannie ne peut l’asservir. (Gandhi)

Avez-vous envie d’ajouter quelque chose que n’aurait pas permis d’évoquer cette interview ?

Si c’est le cas, je pondrais un billet!