Je ne sais pas pourquoi, mais cette nuit j’ai rêvé d’Alain Juppé.

Il portait un bonnet de Père Noël et chevauchait, dans une sorte de rodéo, un caribou.

Ceci n’a pas beaucoup de sens, à moins que je continue à en vouloir aux Québécois ne n’avoir pas su garder le meilleur d’entre eux. Je ne suis pas sûre que le fait que Juppé le repris de justice soit ministre d’État rajoute une couche de plus à ma profonde affliction politique, mais il est fort probable que cela participe à cette sorte d’ambiance de fin de règne qui caractérise la nouvelle mandature.
Je n’aime guère tirer sur les lampistes. Et quel rôle a donc joué Juppé, si ce n’est celui de victime expiatoire des magouilles financières de tout un système, celui qui porte le chapeau pour qu’on foute la paix aux autres et que l’on laisse les petites affaires entres amis poursuivre tranquillement son cours?

De ce point de vue là, la nomination de Juppé n’est qu’un juste retour d’ascenseur de la famille reconnaissante. Faut dire qu’il a tenu bon, le petit : rien cafté, rien balancé, tout pris sur lui! Un fidèle, quoi! Un capitaine! Pas le genre à changer de conviction au gré des gamelles électorales. Le fusible idéal.

Et puis, il y a quelque chose de biblique dans le sacrifice de Juppé, un peu comme le jour où Abraham a collé son fils préféré sous le couteau du sacrifice, parce que Dieu le demandait. Quelle abnégation de la part de Chirac, aussi! Car en démocratie, Dieu, c’est le peuple, faudrait pas l’oublier…

Vox Populi, Vox Dei