Nous partîmes 2, nous arrivâmes aux urnes 483 076!

Passé le goût amer de la déception de n’avoir pas réussi le grand raout électoral, il convient de revenir brièvement sur la genèse de la candidature Bové. Se souvenir qu’en décembre dernier, les collectifs citoyens avaient mis la clé sous la porte devant l’éclatement de la gauche unitaire, que nous nous étions résignés à ne point faire entendre notre voix, à ne pas présenter notre projet de société au reste de la population.

Puis, voilà que courant janvier, une poignée d’hurluberlus même pas chevelus et moustachus refusent de jeter l’éponge et parviennent, avec juste un petit site bricolé à la va-vite sous SPIP, à mobiliser plus de 10 000 personnes en une semaine autour de la candidature de José Bové. Une goutte d’eau dans l’océan des votants, une bulle d’espoir pour tous ceux qui pensent sincèrement qu’un autre monde est possible.

Et c’est ainsi que nous nous sommes lancés dans la grande course à l’échalote, partis bien après tout le monde, avec une logistique digne des Pieds Nickelés, juste armés de notre conviction et d’un immense espoir.

Merde, c’est beau, quand même. C’est déjà une petite victoire en soi!

Sans argent, sans parti, sans exposition médiatique, sans avoir le fleuron des éditorialistes à notre botte, sans organisation derrière nous, sans lobby influent, sans pubistes forcenés à notre service, sans copains patron de multinationales et de conglomérat de la presse et de la télévision, sans copine aux manettes des faiseurs d’opinions, et malgré les consignes de blocages particulièrement efficaces des partis dominants, nous parvenons à décrocher, au finish, un ticket pour le premier tour.
Et toujours armés de notre seule bonne volonté, malgré une campagne outrageusement déséquilibrée en faveur des chouchous de l’élite bien-pensante parisienne, malgré le refrain lancinant du vote utile qui a fini d’éroder l’électorat traditionnel de la gauche non travestie, sommé de se rallier urgemment au réalisme libéral-socialiste pour faire barrage à l’épouvantail Le Pen (lui-même siphonné par plus extrémiste que lui), nous parvenons tout de même à réunir 483 076 votants.
Ce n’est pas rien.

Sans le coup de Trafalgar du vote utile, qui a convaincu tant d’entre nous de remiser au rang des rêves d’enfants nos désirs de solidarité, imaginez le nombre que nous aurions pu être.
Sans le refus de l’union qui a fait imploser de l’intérieur notre gauche et qui a poussé un grand nombre de nos sympathisants à nous infliger un vote sanction en se résignant à la gauche libérale, imaginez le nombre que nous aurions pu être.
Avec le talent d’orateur de Besancenot au service de notre projet de société, avec l’expertise politique au long court et la culture d’appareil de Buffet, avec le réseau des Verts de Voynet, avec les militants chevronnés et si proches de nous d’Arlette, imaginez le nombre, la masse que nous aurions pu être.
Nous aurions pu peser durablement dans l’échiquier politique de la France, et à travers elle, d’une bonne partie du monde qui avait les yeux rivés sur nous tous hier soir.

Nous sommes de toute manière condamnés à l’Union des Gauches antilibérales sous peine de laisser notre société se faire bouffer par un modèle fondé sur la négation de l’humain!

Ce que nous avons réussi à faire avec rien, sans une longue préparation, seuls, sans nos alliés naturels, nous pouvons le poursuivre maintenant patiemment sur le terrain. Car voilà ce par quoi nous devons commencer, alors que la grande braderie libérale est désormais assurée de tourner à plein régime pendant les 5 prochaines années. Il va bien falloir que nous soyons là pour recueillir les nouvelles fournées d’éclopés du système.
Il va donc falloir investir chaque recoin de notre pyramide politique. S’incruster dans les conseils municipaux, les mairies, les associations de quartiers. Occuper chaque pouce de ce terrain qui n’intéresse les grands partis politiques qu’à l’approche des élections. Placer un député chaque fois que ce sera possible. Sinon, un conseiller parlementaire ou même un portier, on s’en fout. Il va falloir être là. Être partout. Particulièrement là où il n’y a plus qu’un grand reflux républicain, une relégation de fait.
Se rappeler que les prolos, les précaires, les pauvres, les chômeurs, les travailleurs au sifflet, les galériens du précariat, toute cette France qui rame et ne parvient plus à surnager, toute cette masse de gens qui ont cru sincèrement œuvrer pour le meilleur à travers le vote utile va cruellement déchanter dès que le dernier bulletin de vote sera dépouillé dans 15 jours. Et être là pour les ramasser.
En leur épargnant le bien inutile : on vous l’avait bien dit!

Nul ne peut prédire devant quel chantier 5 nouvelles années de réalisme politique entre bushisme et blairisme (hum, le putain de choix que voilà!) vont nous laisser. Il y a juste fort à parier que les rangs des rejetés et exploités du système vont bien avoir le temps de gonfler et que la France d’en bas sera encore plus massive et plus enfoncée qu’aujourd’hui.

Mais à ce moment, nous pourrons être prêts. Car nous partons 479 125!

Ce n’est pas rien!