À 5 jours du scrutin et après des mois de marathon politique épuisant et stérile, il est temps de prendre un peu de recul en se dépêchant de remettre ses neurones en bon ordre de marche. De toute manière, il n’y a plus grand chose à attendre de ce qui nous a tenu lieu de campagne présidentielle, comme une serviette en papier peut faire office de pot de chambre.

Au cœur d’une grosse dépression, il y a souvent une zone de calme qui perce le couvercle de nuages noirs. Ce phénomène se produit de temps à autre,  surtout quand le temps est particulièrement dégueulasse. La dernière fois, ce devait être le mois dernier, alors que je devais partir en interview à une quinzaine de kilomètres du bled, sous un ciel chaotique. Du ciel anthracite dégueulaient littéralement des trombes d’eau compactes et glacées, typiquement le genre de temps que je déteste, particulièrement quand je suis forcée de me déplacer. Mais je n’avais pas parcouru 2 kilomètres, que je me suis retrouvée brusquement le soleil en pleine face, sous un immense ciel bleu. Le temps de le dire, il m’a fallu ouvrir la vitre de ma portière, tant la chaleur grimpait dans l’habitacle. Heureusement pour mes yeux, j’ai toujours mes cluques solaires sur moi.

C’était ahurissant : une poche de printemps au milieu de la tempête! L’air était totalement limpide, la moindre petite particule de poussière ayant été sauvagement plaquée au sol par les précipitations diluviennes qui me cernaient. L’eau ruisselait encore des toitures et des arbres dépouillés par le long hiver qui touchait à sa fin. Je me suis retrouvée à rouler, un bras sorti benoîtement par la portière, un sourire béat collé aux lèvres.

Puis j’ai vu que droit devant moi, il y avait une barrière de nuages noirs qui cernaient l’horizon. Partout autour, les éléments s’abattaient avec rage sur la campagne pré-printanière, mais là où j’étais, il faisait merveilleusement beau et chaud. Je savais que c’était une question de minutes et que j’arriverai finalement sous une pluie battante qui me flinguerait mon impertinence capillaire, mais putain, qu’est-ce que j’étais bien, juste là, à ce moment, à me faire rôtir la couenne dans l’œil du cyclone!

Anticyclone littéraire

Donc, en attendant de connaître dimanche la grande tendance de la météo politique hexagonale, je pense que le plus sage, c’est de se munir que quelques bouquins et d’éteindre télé et radio, de cesser de jouer au PMU avec les soit-disant commentateurs politiques, reprendre contact avec la réalité.

L’Économie politique n°34, la gauche face à la mondialisation

Le supplément pas donné d’Alternatives Économiques tombe pile-poil en cette période pour éplucher et décortiquer quelques bons articles de fond sur les rapports entre la gauche (toute la gauche, même celle qui ne me botte plus depuis longtemps) et la mondialisation. Avec, notamment, un bon papier de Strauss-Khan qui me laisse penser que les hommes politiques auraient peut-être intérêt à laisser tomber la télé et son format décérébrant pour se concentrer sur l’écrit au long cours, celui qui laisse le lecteur maître de sa réflexion. Même si le papier de Strauss-Kahn finit en eau de boudin sur des trémolos assez libéraux, le corps du texte contient de belles pépites de socialisme vrai, tel qu’on aurait souhaité en voir et entendre plus souvent dans cette campagne. Quel gâchis, tout de même!
Derrière, on embraye en fanfare sur un très bon article de fond de Lipietz sur l’écologie politique, un texte qui confirme ce que j’ai toujours pensé : quel dommage que les Français n’aiment pas les vrais penseurs (les nouveaux philosophes ultra-médiatiques que l’on nous sert à longueur de temps et à toutes les sauces ne sont que de piètres ersatz pathétiques de soap philos à l’usage des incultes et des mal-comprenants!), car Lipietz est l’un des meilleurs éléments des Verts dans cette catégorie!

Bref, 10€ bien investis, avec 10 bon auteurs intéressants (1€ l’auteur, c’est pas cher!), loin des petites phrases à l’emporte-pièce, juste de la matière première à matière grise!

Chômeurs, qu’attendez-vous pour disparaître?

Un ouvrage collectif pour continuer les lectures qui nourrissent l’esprit critique et non l’instinct de meute.
Le chômage, c’est comme les frites Mac Cain : soit on le vit, soit en on parle, mais en général, quand on est dedans jusqu’au cou, on a surtout le droit de la boucler et de revêtir sagement le costard de bouc émissaire moderne. Pour une fois, la parole est donnée aux chômeurs et à l’ensemble des acteurs qui gravitent autour. Un regard sans concession sur une entreprise de démolition de l’Homme collective, d’atomisation des consciences et des solidarités. Il faut entrer dans la chair de ces témoignages pour comprendre qu’en fait de lutte contre le chômage, les politiques des dernières années ont surtout été construites sur la lutte contre les chômeurs, leur anéantissement psychique et social afin d’en faire une armée de l’ombre docile, capable de partir à l’assaut des derniers bastions du droit du travail. À travers ces écrits, on comprend mieux l’instrumentalisation du chômage par les politiques et le patronat, on sort des clichés et des stéréotypes, on échappe à la rhétorique de la haine et de la stigmatisation. Une lecture saine dans un contexte qui ne l’est pas du tout.
Au final, on imagine bien un jour l’érection d’une sorte de monument aux morts où serait gravé : à nos chômeurs, le MEDEF reconnaissant!

Les diables blancs

Pour me distraire, je lis de la science fiction comme d’autres s’enfilent des polards. Dans ce riant roman de Paul McAuley, le lecteur est propulsé dans l’avenir proche, dans une Afrique ravagée par les expérimentations biotechnologiques. Un monde bien sombre et angoissant, où les grandes transnationales se paient des États entiers pour pouvoir y trafiquer tranquillement leurs sordides petites affaires, selon les lois qu’elles peuvent ainsi édicter elles-mêmes, pour leur seul et unique profit.
Distraction, certes, mais la SF a cela de bien intéressant qu’elle creuse le plus souvent le sillon des tendances actuelles pour tenter de voir le bout du chemin si l’on continue dans la même direction…

$pace O.P.A.

Enfin, je garde sous le coude ce bouquin au titre bien alléchant, vous en conviendrez, et au sujet purement jubilatoire : en poussant la logique du Marché jusqu’à ses retranchements, les capitalistes globuleux de la galaxie décident de lancer une O.P.A. pour se payer… la Terre!

Bref, que du bon, en attendant d’aller voter dimanche!