Au sujet des incidents à la gare du Nord

… quelqu’un a écrit sur Actuchômage : Avec un demi citron, ils ont fait un tonneau de limonade.

Bien vu, non?

Surtout que ça le fait avec plein de choses : les mariages forcés (70 000 d’après de Villiers, sans qu’aucun journaliste ne demande d’où il sort ce chiffre!), les emplois vacants (500 000 d’après les UMPistes : là aussi, on aimerait bien les sources!), la baisse du chômage, la délinquance des jeunes, la non-chute de l’immobillier, la non-montée de la misère ou de la précarité…

Des magiciens, je vous dis, des magiciens!

Des chiffres, des chiffres! Balancez des chiffres. Qu’importe qu’ils soient vrais ou faux : il en restera toujours quelque chose!
Cela marque les esprits faibles ou affaiblis par un manque de pratique du doute et de la critique, cela met fin à toute vélléité de débat encombrant, et si vous vous répétez avec conviction et insistance, n’importe quel chiffre, même sorti du tréfond de votre slip, finira par avoir force de vérité!

Si vous n’avez pas de chiffres à balancer (panne d’inspiration, sans doute!), vous pouvez toujours vous rabattre sur les images. Ça parle les images. Mieux qu’un discours. Surtout quand on n’a pas de discours ou d’argument. Une bonne meute de sauvageons, ça impressionne plus les esprits qu’un débat contradictoire sur les (dé)mérites comparés de la dérégulation financière.
Au début, on présente ça comme des émeutes, des bandes de voyous surgis de nulle part pour prêter main forte à un dangereux clandestin multirécidiviste (de quoi, on n’en saura rien, mais multirécidiviste, ça, c’est un mot qui parle!) qui a éclaté la tête à un gentil policier. C’est fou comme ça tombe bien, juste en contrepoint des images de rafles devant les écoles maternelles. Juste une piqûre de cheval de rappel : où sont les méchants!
Puis, les témoignages affluent, de simples quidams qui rentraient chez eux après une bonne journée de boulot.
Un autre son de cloche, forcément. Un incident un peu démesuré et l’attente, assez longue, des vrais sauvages, pile poil comme on les aime : violents, pilleurs, casseurs, bêtes et méchants. une caricature d’eux-mêmes. Presque de bons petits soldats. Fidèles au poste, même s’ils sont un peu longs au démarrage, cette fois. Ils ont manqué raté la fête : on ne peut vraiment plus compter sur personne!

Mais finalement, avec un peu de patience, on les tient, les images de l’ennemi, celui qui aide le bon petit citoyen à bien voter comme il faut. Le sweet à capuche va être à la mode ces prochaines semaines dans les éditos journalistiques.

Et si ça ne vous rappelle pas le printemps 2002, c’est que vous êtes définitivement des poissons rouges.

Et le dangereux clando multirécidiviste casseur de tête de flic? Que devient-il dans tout ça? Maintenant que le distributeur automatique de limonade est amorcé, qu’en a-t-on fait? Qui est-ce? Le Ben Laden du pauvre?

On a toujours besoin d’un Ben Laden chez soi… surtout pour gagner une fucking élection présidentielle
Mémoires apocryphes de G. W. Bush

En attendant, ce sera limonade à volonté! Viendez nombreux!