Chapeau bas pour le film de Chantal Briet, Alimentation générale, un petit bijou qui réconcilie pour un bon moment avec le monde des humains.

Un peu comme Ozu, Chantal Briet pose sa caméra à la hauteur des gens et les regarde vivre.

Une bonne accroche pour vous parler d’un documentaire qui m’a scotché. Littéralement. Mais voilà, faut pas casser Le Monolecte quand il est en phase d’écriture et c’est exactement ce qui m’est arrivé. J’avais la tête pleine du film, de ses sons, de son rythme lancinant et réconfortant à la fois. Je voulais vraiment partager avec vous cette tranche de vie racontée du fin fond d’une de ces cités obscures et semblables à toutes les autres. Vous raconter le lever de rideau de la petite épicerie d’Ali, chaque matin, comme une présentation au drapeau. L’éveil de la cité. L’arrivée des habitués. La cafetière qui ne chôme jamais et cet endroit, aussi pouilleux que le reste, mais comme un sanctuaire au milieu du néant.

J’avais plein de mots pour vous raconter ces vies qui traversent l’écran ou s’y installent. Les chants d’Ali. Ses petits arrangements avec les plus démunis de ses clients. Les regards avides des enfants devant la vitrine de bonbons. Tous ces petits riens sans importance qui racontent comment un seul homme, juste en étant là, jour après jour, avec son cœur, avec ses tripes, arrive à tricoter du lien entre les relégués de la terre.

Il ne s’agissait pas de vous montrer combien je maîtrise l’écriture, mais juste tenter de vous faire ressentir, comme je pouvais, ce que ce film m’avait apporté, Ce petit concentré d’humanité. Vous donner envie d’aller le voir. De le partager à votre tour.

Mais voilà, il a fallu s’occuper de la bouffe du chat, de la douche de la naine, répondre au téléphone, faire à bouffer et ce billet est resté en vrac depuis le premier décembre dernier.
Dommage pour le film. Il n’est probablement plus à l’affiche nulle part. Et c’est bien dommage. Parce que comme tous les films importants, vous n’avez pas dû en entendre beaucoup parler. Parce qu’il a dû sortir à la sauvette sur 2 copies dans des salles art et essai des quartiers chics de la capitale…

Espérons qu’il aura une deuxième vie lors de sa sortie en DVD!