Déjà, c’était une journée que je prévoyais assez difficile, puisqu’il s’agissait de maîtriser seule une meute de gremlins enragés invités pour le premier goûter d’anniversaire de la naine.

Mais finalement, arriver à rendre vivants des mouflets de 4 ans à leurs parents en fin de journée se résuma rapidement à une simple anecdote sans intérêt.

Tout commença par le tuyau de douche qui devait attendre depuis des temps immémoriaux que ce fut mon tour de me délasser pour rendre l’âme, m’aspergeant au-delà de toutes mes espérances et écourtant d’autant l’un des meilleurs moments de la journée. Ce genre d’incident mineur devrait toujours vous mettre la puce à l’oreille. Il s’agit là en général d’un prélude à une journée de merde.

Assez rapidement ensuite, le téléphone sonna. Il s’agissait de ma voisine et néanmoins propriétaire :

  • Bonjour madame Meyer[1]
  • Oui, bonjour madame Rivière. Comment allez-vous?
  • Je vais bien merci. Et la petite, ça va?
  • Oui, oui, aujourd’hui c’est sa première boum d’anniversaire…
  • Ha, oui, c’est bien! Je vous appelais pour vous souhaiter une bonne année…
  • Bonne année à vous aussi, ainsi qu’à monsieur Rivière
  • Merci… et pour vous dire que nous avons décidé de vendre la maison!
  • … arg … (borborygmes infâmes)
  • On vous prévient les premiers, pour vous proposer d’acheter, comme la loi l’exige. On vous la ferait à 110 000 €.
  • Oui, certes, mais bon, vous nous l’aviez proposée à 80 000€ il y a 4 ans.
  • Ha bon, vraiment?
  • Oui
  • Mais c’est que les prix montent.
  • Peut-être, mais la valeur réelle de la maison, à mon avis, non.
  • Enfin, vous avez un peu de temps pour réfléchir. Ce n’est pas pour demain, non plus.
  • Oui, je vais me renseigner pour les délais de résiliation de bail, mais je crois qu’il y en a pour 6 mois, environ.
  • Tant que ça? Non, je crois que c’est moins.
  • Écoutez, je vais vérifier de mon côté, et je vous tiens au courant.

Bien sûr, nous avions toujours su que notre havre de paix et de tranquillité était, selon l’expression chère à madame Parisot, aussi précaire que le reste de l’existence, mais il est toujours traumatisant de se faire éjecter de l’Éden à coups de pieds dans le derrière. Surtout que quelques clics rapides me confirment ce dont je me doutais largement : le locatif est devenu quasi inexistant sur notre secteur en 8 ans et les loyers ont doublé. En bref, nous n’avons plus les moyens de nous reloger.
La bonne nouvelle, c’est que nous avons presqu’une année devant nous avant de devoir investir un village Quechua, l’éjectage de locataire ne pouvant pas se réaliser avant le terme du bail, lequel se renouvelle pour nous tous les premier janvier. La super bonne, c’est que nous allons avoir pleins de nouveaux voisins dans la même situation que nous, comme me l’a si bien expliqué un collègue blogueur à l’avis très éclairé!

C’est ça le pire, c’est qu’on aurait pu croire que le marché immobilier qui s’inverse, c’était bon pour les locataires, mais non : la première réaction du propriétaire qui voit que ça commence à baisser (même la FNAIM l’admet dans ses chiffres de décembre), c’est de vendre. Normal : le seul moyen d’avoir une bonne rentabilité dans l’immobilier, c’est d’acheter en bas de cycle, louer pendant toute la phase de hausse, et vendre (genre à son locataire) à la fin de la hausse.

Mes voisins sont en train de faire ça : ils avaient un appartement à V., qu’ils louaient à la même personne depuis 9 ou 10 ans je crois, ils l’ont prévenue l’année dernière qu’ils allaient vendre, et c’est la locataire qui achète. Elle aura raqué deux fois, un loyer à perte pendant 10 ans pour ensuite acheter l’appart quasiment au plus haut… Et eux ils ont gagné deux fois.

Moi je sens que ça risque de me tomber dessus aussi, même si c’est moins grave pour moi because boulot et plein de trucs à louer ici, mais je sens que mon proprio va préférer vendre quand il va voir que ça baisse, même ici. En fait c’est ça le truc : on risque de virer des locataires pour mettre en vente des trucs avant que ça baisse, et qui resteront vides en attendant longtemps d’être vendus… L’allongement de la durée de vente, que tout le monde observe, ça veut dire aussi une plus forte proportion de logements vacants

Autrement dit, et je pense que mon estimé collègue blogueur a vu juste, la crise du logement est devant nous!
Il y a 7 ans, nous étions un jeune couple avec deux salaires. Aujourd’hui, nous sommes une famille de 3 personnes avec une seule fiche de paie et 50% de revenus en moins par rapport à alors. La fête du slip, quoi! Et nous sommes très très nombreux à nous être autant appauvris qu’agrandis.

Sans compter qu’il va falloir payer un foutu déménagement que nous n’avons pas choisi. Et trouver une casbah décente avant le 1er juillet 2007.
Pourquoi avant le premier juillet, alors que nous avons un an pour trouver?

Parce qu’un bonheur n’arrive jamais seul. En effet, le premier juillet, c’est l’ouverture à la concurrence du marché de l’électricité, y compris pour les particuliers. La règle a l’air assez simple. Au premier juillet, ceux qui sont en tarif régulé peuvent y rester ou passer en tarif concurrentiel s’ils le désirent. Mais ceux qui s’abonnent après le premier juillet seront obligés d’acheter au tarif concurrentiel. Sachant que partout où l’énergie a été livrée au marché, ceci s’est très rapidement traduit par une augmentation de l’ordre de 60% du prix de l’énergie, sans contrepartie réelle pour le consommateur, faut vraiment qu’on arrive à se brancher avant le premier juillet. Ensuite, ce sera moins bien et ce sera plus cher!

Bon, là, déjà, ça fait un peu journée de merde. Puis arrive le soir et le retour de Monsieur du garage où il faisait réviser sa bagnole suite à un contrôle technique négatif pour cause de pollution.

  • Ben, pour passer le contrôle, il nous faudra 700€ de mieux, qu’il me lance, l’air sinistre
  • Hein!!!!! Mais pourquoi?
  • Il faut changer le pot catalytique. Il est mort. D’après Laffargue, il était déjà mort quand l’autre garagiste nous avait vendu la bagnole. En fait, c’est une pratique courante. Le mec se rend compte que le pot catalytique est mort et qu’il va prendre pour cher à le remplacer. Il va voir un garagiste accommodant qui perce des trous dans le pot pour réduire l’émission de gaz polluants et fait passer le contrôle technique par un pote. La bagnole passe et on la vend à un pigeon, en l’occurrence, nous!
  • C’est pour ça qu’il a traîné des pieds pendant la garantie quand on lui parlait des problèmes de bruits dans l’échappement.
  • Oui, il ne voulait pas se retrouver obligé de remplacer le pot à ses frais pendant la garantie. Ensuite, il se passe 2 ans avant le contrôle suivant et là, c’est trop tard pour nous : ou on paye, ou on marche!
  • Tu vois ce que je te disais l’autre jour sur le fait que j’avais gagné enfin un peu de fric avec ma boite. Effectivement, tout est reparti directement dans les factures. Mais d’un autre côté, sans ce fric, on aurait eu les mêmes factures et on n’aurait pas pu les honorer. Bref, heureusement que j’arrive à bosser assez pour les factures. Mais faudrait que ça s’arrête un peu. Juste un peu…

La bonne nouvelle, c’est qu’après une journée bien merdique comme cela, ça peut difficilement aller plus mal.
Enfin, j’espère…


Update 15:27

Comme quoi, faut jamais jurer de rien. Juste au moment où je finissais de valider ce billet, le nouveau voisin d’en face est venu frapper à la porte.

  • Je suppose que vous savez pourquoi je viens vous voir.
  • Oui, mais j’espérais que vous n’en feriez rien!

Et c’est ainsi que je me retrouve à dévoiler à mon voisin l’endroit dans notre jardin où sa jeune chatte avait trouvé refuge pour mettre bas.
Nous avions trouvé la portée il y a une semaine, en suivant les couinements. Juste à côté de son nid, elle avait déposé le cadavre d’un premier chaton qui n’avait pas survécu à son arrivée dans un monde cruel.

  • Vous savez que nous n’avons pas le choix.
  • Oui, mais on est plutôt du genre à laisse faire la nature. Elle en a déjà perdu un, que nous avons évacué.
  • Et un autre encore, dit-il en soulevant une petite boule inerte de poils collés.
  • Vous comptez vous y prendre comment?
  • Ma grand-mère les met dans un sac plastique et les balance à l’eau
  • Arf, étouffés et noyés! Si vous voulez vraiment faire au mieux, brisez-leur la nuque. C’est dégueulasse comme sensation, mais c’est propre et sans douleur.
  • Je crois que je ne pourrais pas. La dernière fois, je les ai laissés devant chez le véto. J’ai sonné et je suis parti. Il les a pris.
  • Je pense qu’il a dû leur briser la nuque. C’est ce que je ferais, si je le pouvais.

Il prend les deux survivants qui piaillent à fendre l’âme, leur mère tentant de les saisir pour les emporter ailleurs.

  • Je suis vraiment désolé pour tout cela. J’étais en vacances. J’aurais déjà dû la faire stériliser, mais le véto en demande 120€.
  • Brisez-leur la nuque! Ensuite, vous aurez envie de payer. Sur ce, je vais rentrer chez moi pleurer!
  • Désolé…

Comme dirait l’autre, quand il se met à pleuvoir de la merde, ça tombe toujours à verse!

Notes

[1] Je n’ai jamais compris pourquoi elle s’obstine depuis 7 ans que nous nous connaissons à maltraiter de la sorte mon patronyme