Quand j’étais petite, je piaffais d’impatience à l’idée d’arriver à l’an 2000.

Il était pour moi totalement évident que nous allions basculer sur le champ dans le Futur avec un grand "F" et que nous pourrions au moins nous déplacer avec des voitures volantes, même si j’espérais au tréfond que nous saurions maîtriser la téléportation dans le même temps. Peut-être parce que je suis mordue de longue date de science-fiction, j’ai toujours cru en un avenir radieux pour l’humanité, à la possibilité que nous avions de sortir de l’enfance et de développer une civilisation mature. À moins que ce ne soit l’inverse. Que je ne suis tombée dans la SF que parce que j’étais profondément optimiste et convaincue que le seul cheminement possible était vers le meilleur.
De toute manière, quand on grandit dans un monde où les gens portent des pantalons pattes d’eph et des sous-pulls qui grattent, on ne peut que croire au progrès. Férocement.

Pendant un temps, ça a eu l’air d’être cela. Une grande marche vers des lendemains qui chantent. La technologie au service du mieux-être. Quand j’ai vu la pub pour le premier Macintosh sur la télé pourrave en noir et blanc de mes grands-parents, j’y ai vraiment cru, j’ai vraiment pensé qu’on allait y arriver. Aux voitures qui volent. Au voyage instantané. Et à la révolution de l’humanité qui en découlerait tout naturellement. 1984 : l’une des visions les plus noires de la SF détournée pour le lancement du premier ordinateur grand public. Nous avions 16 ans pour y arriver. Les années 80 y croyaient, comme moi, comme tout le monde.

Puis rien. En dehors du PC, pas de révolution technologique majeure. Juste la flambe du gadget teckos. Nous sommes tous interconnectés[1], on a des téléphones qui prennent des photos dans la poche, des univers virtuels, des tas de petits trucs rutilants très mignons et très coûteux, mais globalement, ça a changé quoi? En quoi cela a-t-il bouleversé nos vies? Sommes-nous définitivement plus avancés, heureux et matures que nos parents qui partaient traire les chèvres sur le Larzac, des fleurs dans les cheveux et des rêves de monde meilleur dans la tête?

Les bagnoles sont toujours des bagnoles. Sauf que tu ne pédales plus comme un veau pour ouvrir la vitre. Whouaaaahhhh! Putain! Ça valait bien la peine d’attendre trente ans pour voir ça.
Un monde meilleur? Plus sûr? Plus juste? Plus grand? Plus beau?
Le meilleur de l’homme?
Bof.

Je suis déçue par le futur, maintenant que j’y suis, vraiment.
Un peu comme si nous avions perdu nos rêves en route, pour nous torcher le cul avec. Au nom du principe de réalité.
Allez, zhou, tout le monde descend! Le futur, c’est maintenant. Et c’est plus cyberpunk que lyrique. Je me demande même si nous ne sommes pas en train de parvenir à réaliser le pire de l’anticipation.

Les voitures ne volent pas. Elles nous envahissent. Nous tuent. Nous asphyxient. Et tuent notre monde.
Nous ne nous envolons pas vers d’autres planètes. Nous pourrissons la nôtre au point de la rendre bientôt invivable.
Nous n’avons pas créé de civilisation plus grande que nous. Nous jouons juste à faire de grands bonds en arrière. Aujourd’hui la jeunesse ne croit plus aux voitures qui volent, aux horizons qui reculent, au progrès qui ne vaut que s’il est partagé par tous. Elle se résigne. Malgré elle. À avoir une vie plus pourrie que celle de ses parents. Et probablement moins pire que celle de leurs mômes.
Élan coupé. Plus que le repli, la peur, le fatalisme. La révolte? La colère? L’envie de changer, malgré tout? Des lendemains meilleurs?

Pas envie d’être zappée, quand même.
Bref, bonne année à ceux que ça amuse encore.

Moi, je veux toujours mes voitures qui volent!

Notes

[1] enfin, surtout les plus riches d’entre nous, parce qu’à, l’échelle de la planète, y en a beaucoup pour qui notre niveau de vie des années 50, c’est de la science-fiction, justement!