Amis trekkies, bonsoir, mais malgré son titre évocateur, ce billet n’est vraiment pas pour vous.

Car ce dont il est question ici, c’est de papier. Ou plutôt du début de la fin du papier. Des papiers, en fait.

Les papiers, c’est le truc qui me rend malade. Plus tu ranges, plus t’en reçois : c’est la marabunta du courrier, le tsumani de la paperasse inutile dont le flot ne se tarit jamais. Quand on est quelqu’un de fondamentalement bordélique et inorganisé comme moi, c’est un peu le septième cercle de l’enfer, le mythe de Sysiphe puissance quatre. Chaque fois que je jette un oeil à la corbeille nommée A classer d’urgence et que j’en mesure l’entropie galopante, je me dis que c’est la la juste punition d’une société qui a fait disparaître les secrétaires en comptant sur les ordinateurs pour les remplacer. Sauf qu’un ordinateur, c’est une merde en classement de papiers.

Et chaque jour ouvrable, la gueule béante de ma boîte aux lettres dégueule son lot de résidus d’arbres morts. Jusqu’à plus soif. Et chaque semaine, une poubelle pleine de paperasses repart vers le tri sélectif. J’ai donc décidé d’agir.

Colmater la brêche à la source

Faire en sorte que réduire le flux en amont. J’ai donc équipé ma boîte au lettre en conséquence :

No pub

Tout de suite, ça a été assez miraculeux, puisque les prospectus ont immédiatement cessé leur nuisance. L’autre jour, j’ai même vu de ma fenêtre une colporteuse de pubs à l’oeuvre. Elle s’approche de l’objet du délit, plonge sa main dans sa sacoche pour en ramener une pleine poignée de dépliants criards et suspend son geste auguste de la semeuse, fixant l’étrange étiquette. Une seconde de réflexion. Elle rengaine et poursuit son chemin!
Merci à elle.

Ceci dit, il reste encore les pub nominales, les factures, et les machins de notre très chère administration.

C’est alors qu’intervient la dématérialisation des échanges en tant que telle.

J’ai commencé par faire la tournée des sociétés de vente par correspondance qui sont grandement responsables de la déforestation galopante rien que pour alimenter la noria des jeux concours à la con où tu es toujours sûr d’avoir gagné… le lot tout pourri, écrit en tout petit, en bas de la page. Les prévenir par mail que l’on préfère recevoir la propagande par mail justement, et que notre religion nous interdit les concours à la con. Ça marche un peu. Ça réduit le flux sans toutefois l’assécher totalement. Et puis y a les chieurs qui ne veulent rien comprendre. Ils envoient moins de courrier, certes, mais mailbombent au quotidien, embrayent avec des SMS et même, font appeler des putains de robots! Certes, c’est dématérialisé. Mais ça fait chier quand même.

Côté facture, c’est le grand soulagement : on a viré FT pour un FAI qui propose l’ADSL nu[1] : donc plus de facture bimestrielle pour nous rappeler le prix de l’abonnement et mon nouvel opérateur de téléphonie mobile gère lui aussi les factures sur le net en PDF. Je les récupère une fois par mois sur mon disque dur et les range tranquillement dans le répertoire "factures" prévu à cet effet.
La mensualisation chez EDF permet de faire tomber la fréquence de l’envoi papier à deux par an. Quant au loyer, il est entièrement géré par virement de compte à compte.

On ne peut que saluer le travail des impôts qui permet aussi de gérer son dossier fiscal en ligne et donc, d’avoir accès à des duplicatas des différents avis en PDF. Ils se sentent encore obligés d’envoyer un machin en papier pour demander la thune, laquelle est envoyée via télépaiement, mais je sens que ça pourrait bientôt s’arranger.

Mais le top du top revient à ma banque, la Société Géniale, qui propose aux nerds qui gèrent tous leurs sous en ligne d’en finir avec le relevé papier. Un envoi par mois, certes. Mais toujours avec le double de son poids en pub pourrite pour des produits financiers pour vieux riches égoïstes. Avec obligation de ranger tout ce bordel pendant X années, au cas où on aurait besoin de retrouver une écriture. Sauf que des relevés de comptes, j’en ai partout, je ne sais même pas où et à chaque déménagement, l’affaire s’aggrave. Ça ne me sert à rien et ça me pourrit la vie.
Maintenant, mon relevé n’existera qu’en PDF et sera stocké 10 ans sur le serveur de la banque. Là où je suis absolument sûre de le retrouver en cas de besoin.

Pour finir, j’ai scanné les papiers importants et dès que j’ai besoin de justifier que quelque chose, hop, un tour dans le répertoire des trucs importants scannés et je génère un PDF dans l’élan que je peux coller en pièce jointe à celui qui le demande. Dans le pire des cas, j’imprime. Mais c’est vraiment à la dernière limite, pour les administrations qui aiment autant brasser l’air que le papier, beaucoup de papier, surtout si ça peut nous prendre la tête pendant un moment, comme la CAF, l’ANPE ou les ASSEDIC[2].
Reste encore la CPAM à convaincre de se dématérialiser, encore que les libéraux bossent à fond vers cette solution, version totale annihilation. Chaque fois que je tousse, la CPAM se sent obligée de m’envoyer une liasse de papiers divers et variés pour l’expliquer ce que je sais déjà, à savoir que j’ai vu le médecin il y a un mois et qu’il m’a prescrit du paracétamol que je suis allée acheter à la pharmacie du coin. Plus de la propagande pour l’expliquer à quel point la Sécu, c’est bien, en abuser, ça craint! Bref, une hécatombes dans les Landes de Gascogne voisines pour du papier qu’il faudra encore stocker au petit bonheur la chance et pour laquelle il me faudra probablement une nouvelle armoire à dossiers.

Ceci dit, le fleuve de papiers est devenu un petit ruisseau intermittent. Et c’est toujours ça de gagné pour les forêts.

Notes

[1] Enfin, des fois, c’est tellement nu qu’on n’a plus rien qui marche… mais bon, c’est à pas cher!

[2] Autrement dit, toutes celles qui sont sensées aider les citoyens en détresse!