Qu’il est bon, parfois, de se délecter de quelques grammes de finesse dans un monde de brutes.

Mercredi dernier, parce qu’elle a été bien sage, j’accompagne la naine au cinéma.

Le plan, c’est de tenir toute la séance sans hurlements intempestifs ou bougeotte irrepressible, comme ce fut le cas pendant le très sympatique, mais très long Cars. Dont je n’ai pas vu la fin, obligée de battre précipitamment retraite avec une sorte de sirène des pompiers fermement coincée sous le bras. Je n’aime pas rater la fin de quelque chose que j’ai commencé. D’ailleurs, je ne m’endors toujours pas devant la télé. Malgré l’âge.
Bref, j’y vais un peu à reculons, redoutant le filmus interruptus.

Absolument fabuleux

Sachant que la gosse est complètement fan de Kirikou, on s’était dit qu’on avait une bonne chance qu’elle apprécie le nouveau Michel Ocelot.
Elle n’a pas moufté de toute la séance. Personne, en fait. Une salle entière sous le charme. C’est divin.

Déjà, le dessin est magnifique, quelque chose de très coloré, très harmonieux, chatoyant, comme dirait l’autre. Poétique. Totalement. Mais le meilleur, c’est l’histoire. L’habituel voyage initiatique, mais à contre-pied des clichés habituels.

Azur et Asmar

Azur et Asmar, c’est donc l’histoire de deux petits garçons élevés ensembles. L’un, blanc, fils du maître dans une France médiéval, probablement post-croisade. L’autre, sarrazin, c’est à dire arabe en langage d’aujourd’hui, fils de la nourrice du premier.
Le récit s’articule en deux temps : l’enfance, où les deux gamins sont élevés comme des frères en France, jusqu’au moment où le père d’Azur décide de prendre son éducation en main, marquant assez salement la différence de statut entre les deux enfants. Puis vient l’âge adulte, où Azur part à la recherche des légendes arabes de son enfance, traverse la méditerranée et devient à son tour l’étranger, celui qui est en bas de l’échelle sociale.
Bien sûr, les deux frères se retrouvent, s’affrontent et se réconcilient, mais toute la partie marocaine du récit est absolument sublime. C’est une plongée somptueuse dans la richesse culturelle marocaine, et le choc de la rencontre se joue sur la magnificence de l’art et de la science, pas sur la force et la compétition. Un message de tolérance qui tranche avec bonheur sur les aboiements va-t-en guerre dont notre époque civilisée est coutumière ces derniers temps, sur l’air du choc des civilisations.
Cela fait du bien en ces temps de Busheries.