Ce matin, Éric Mainville raconte l’histoire d’une lettre qu’il a reçu de l’Élysée. En le lisant, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à une autre histoire de missives, un des hauts faits de ma deuxième période de chômage, l’une des plus noires de ma vie.

C’était en 98 et j’étais donc dans une période plutôt sombre où je cherchais du taff sans rien trouver. J’avais dû retourner vivre chez ma grand-mère dans un trou paumé au fin fond de la cambrousse, sans bagnole ni rien, et j’avais un demi-RMI pour vivoter (en gros, payer le garde-meuble de mes maigres possessions et ma connexion internet).
Voilà que les emplois jeunes sont annoncés avec fanfare et trompettes, mais comme d’hab’, impossible d’avoir les détails, que ce soit en appelant l’ANPE ou la DDTEFP. Or, je me dis que c’est peut-être une issue de secours pour moi. Il me faut donc en savoir plus.
Je cherche sur le net et je finis par tomber sur le site du premier ministre[1] qui invite à poser ses questions directement au maître de séant.

J’envoie donc un mail demandant les modalités d’application des emplois jeunes et la manière de les utiliser quand on a de 26 à 30 ans, ce qui était mon cas.
Puis rien.

Une semaine plus tard, arrive une lettre à entête de Matignon, genre qui se la pète bien[2] avec une bafouille du directeur du cabinet : nous avons bien reçu votre demande, blablabla, nous nous roulons de bonheur d’avoir eu de vos nouvelles, on transmet à qui de droit…

15 jours plus tard, arrive une lettre à entête de la préfecture de mon département, légèrement plus pète-sec : le cabinet du premier ministre nous a transmis votre requête (merci pour le travail supplémentaire, crevure!), on transmet à qui de droit.

3 semaines plus tard, je reçois une convoc’ ANPE bien typique : vous avez 10 minutes pour parcourir les 60 km qui vous séparent de notre agence, faute de quoi nous nous ferons une joie de vous radier, sale feignasse qui ferait mieux de chercher du taff au lieu de se la péter avec le haut de pyramide, même qu’ensuite, c’est sur notre gueule que ça retombe!.

J’ai eu le droit à un sale entretien de flics, et bien sûr, personne de foutu de répondre à ma question de départ.
Ce qui m’a sauvé les miches de ce bien mauvais pas, l’ANPE m’ayant à l’oeil pour le coup, c’est d’avoir trouvé un boulot par le plus grand des hasards[3] dans le mois qui a suivi l’épilogue de cette triste histoire, boulot que j’ai manqué ne pas avoir, car au moment où mon stylo de crevarde effleurait le bas de la page de mon mirifique contrat pour un CDD de 2 mois, le comptable débarqua en trombe en gueulant : non, faut pas qu’elle signe, elle n’est pas éligible à un contrat emploi jeune!!!!

Notes

[1] Jospin, donc, à l’époque, vous savez le gars de l’île de Ré aux cheveux blancs qui est sorti par la grande porte et qui tente de se réincruster par la fenêtre!

[2] quand tu es au RMI, même un grouillot de la CAF, ça impressionne!

[3] comme chaque fois, d’ailleurs : qu’on m’explique comment on fait pour trouver un boulot de manière préméditée